IV AVANT-PROPOS
tctc, Ijjnace, enlevé sans retour .iu monde et à ses maximes, poursuit sans défaillance l'idcal de la plus haute perfection.
Il prend résolument le contre-pied de l'esprit mondain, cl, dans sa chevaleresque ardeur, immolant une à une toutes les vanités, le gentilhomme de Loyola devient bientôt le mendiant hué par des enfants à Manrcse, le catéchiste traité d'illuminé ou d'hérétique à Alcala et à Salamanque, l'étudiant injustement condamné au fouet à l'Université de Taris.
Directeur émincnt, il concentre en ses Exercices, — vrai livre d'or, — les f^randes lumières qu'à Manrèse Dieu versa par torrents dans son âme. Durant sa vie, il met et remet dans ce moule transformateur toutes les âmes qui viennent à lui ou qu'il peut atteindre, mais surtout les Ames d'élite qui ambitionnent de travailler, sous sa conduite, au but devenu la pensée de toute sa vie, la plus grande gloire de Dieu.
Fondateur, il nous apparaît, dans l'histoire du P. Bartoli, le regard sans cesse tourné vers cette gloire divine dont il poursuit la réalisation dans ses Constitutions, dans ses règles, dans les œuvres de sa Compa- «rnie naissante. Il conçoit, il constitue, il perfectionne, avec l'aide de la grâce, son Institut qui sera, aux yeux même des ennemis de l'Église, la conception la plus large, la plus haute, la plus solide, qui soit sortie de la tête et du cœur d'un grand homme et d'un grand Saint. Non content d'exposer son plan à grands traits et dans ses parties essentielles, il descend, par les règles, aux prescriptions de détail, aux pratiques de la vie ordinaire ; il donne une direction précise à ses religieux pour tous leurs ministères, de sorte que dans la suite des âges on pourra confirmer et expliquer sa pensée, mais on n'aura jamais à la corriger ou à la modifier. Sa Compagnie toujours à l'abri d'une réforme pourra bien disparaître un instant, mais pour revivre toujours animée de la même vie, toujours féconde, portant toujours l'ineffaçable empreinte dont l'a marquée son glorieux Fondateur.
L'action de saint Ignace comme administrateur n'est pas moins fortement accusée dans le récit du P. Bartoli. Huit volumes de lettres dont six déjà publiés, — et combien ont encore échappé aux recherches ! — attestent la vigilante activité du Saint, sa prudence, son infatigable zèle à faire observer les sages lois qui assuraient la marche régulière et la prospérité croissante de son œuvre. Il choisit avec discernement les hommes que la divine Providence lui amène comme auxiliaires, et il dispose d'eux selon leurs aptitudes ; il forme et dirige les supérieurs ; il veille avec le même soin jaloux sur les points essentiels des Constitutions, sur l'engagement de renoncer aux dignités ecclésiastiques, comme sur les moindres détails prescrits par les règles de modestie. Enfin, sa paternelle sollicitude embrasse également les glorieux travaux d'un François Xavier aux Indes et les aspirations plus modestes des scolastiques de Coïmbre.