ARCHEVEQUE DE PARIS
Paris, le 9 mai 1000.
Cher monsieur le Supérieur,
Vous avez voulu qu'au moment où Sa Sainteté Léon XIII décernait les honneurs de la canonisation au fondateur de l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes, une Histoire du nouveau Saint parût à Paris pour le faire connaître plus parfaitement en France.
Pouvons-nous oublier les liens étroits qui unissent à Paris saint Jean- Baptiste de la Salle?
Élève du séminaire de Saint-Sulpice, sous la direction de M. Tronson, il garda de cet homme de Dieu et des prêtres qu'il connut auprès de lui un souvenir vivant; c'est à leurs lumières qu'il recourut dans toutes ses difficultés.
La première école qu'il ouvrit, en 1688, était située rue Princesse, sur la paroisse de Saint-Sulpice. D'autres furent successivement fondées à la rue de Charonne, au faubourg Saint-Marcel, à Saint- Roch et près des Invalides.
C'est encore au faubourg Saint-Marcel, puis à Saint-Denis, qu'il établit des « séminaires » de maîtres laïques pour la campagne, véritables écoles normales d'instituteurs. Il traçait également la voie à nos patronages modernes, en créant l'Ecole dominicale, où plus de trois cents jeunes ouvriers venaient, chaque dimanche, s'instruire des vérités religieuses et recevoir un supplément de formation professionnelle.
Aussi je ne m'étonne pas que les deux archevêques qui occupèrent alors le siège de Paris l'aient tenu en particulière estime. Reims fut son berceau, Rouen garde sa tombe; mais Paris le posséda surtout, pendant sa vie, et demeure le centre de la nombreuse postérité qu'il a laissée après lui.
Vous avez su allier dans votre Histoire, cher monsieur le Supérieur, les exigences de l'esprit scientifique avec les ambitions légitimes de l'esprit chrétien; et, tout en décrivant les œuvres extérieures de votre héros, vous nous avez révélé son âme. L'on pourra ainsi se rendre compte que la vraie charité n'est jamais en retard sur les institutions sociales, et qu'en un temps où il n'était pas question de démocratie, un homme, un saint, s'occupait d'instruire les enfants du peuple.
Je vous félicite donc de votre œuvre, et, par vous, la Compagnie de Saint-Sulpice, qui, non contente de former des Saints, s'emploie maintenant à raconter leurs vertus.
Je vous accorde enfin de grand cœur la bénédiction que vous sollicitez pour votre Histoire de saint Jean- Baptiste de la Salle.
Agréez . cher monsieur le Supérieur, l'assurance de mon affectueux dévouement en Noire-Seigneur.
f François, cardinal RICHARD, Archevêque de Paris
LETTRE DE S. ÊM. LE CARDINAL LANGENIEUX