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ECOLE DE LA RUE DU BAC

parurent « plus dociles, plus attentifs, plus religieux ». Cette merveilleuse transformation frappait tous les regards. De nouveaux élèves venaient en foule solliciter l'entrée d'une école si chrétiennement conduite , et les classes de la rue Princesse étaient trop étroites pour les recevoir.

M. Baudrand voulut constater par lui-même le bon ordre de cette maison. A la vue de ces enfants silencieux, bien rangés, obéissants, déjà fort instruits de leur religion, « il ne put contenir sa joie, et il sentit son zèle s'animer pour soutenir et multiplier » les écoles. Déjà M. de la Barmondière avait conçu le dessein d'ouvrir une seconde école charitable à l'extrémité de la rue du Bac, près du Pont- Royal, pour les enfants pauvres de ce quartier. M. Baudrand reprit son projet, et, après avoir traité de la pension des maîtres avec les marguilliers de la paroisse l, il pria M. de la Salle d'appeler de nouveaux Frères. L'école s'ouvrit au mois de janvier 1(590-.

Elle fut promptement peuplée d'élèves. Les Frères s'y rendaient deux fois le jour. Ils y appliquaient les mêmes règlements et les mêmes méthodes que dans la première. Aussi devint- elle si florissante, qu'elle excita la jalousie des maîtres des petites écoles.

Mais il entrait dans les vues de la Providence que M. de la Salle achetât par de rudes épreuves cette prospérité de ses écoles. La croix paraît avoir pesé lourdement sur ses épaules durant cette année 1690.

La première épreuve lui vint du côté où il s'y attendait le moins. M. Baudrand, son directeur et son curé, entreprit de changer l'habit des Frères. A Paris comme à Reims , ce costume avait paru étrange ; les gens du monde l'avaient critiqué; les paroissiens de Saint-Sulpice avaient dû faire des observations à M. Baudrand. Les allées et venues quotidiennes de la rue Princesse à la rue du Bac

1 Maillefer, p. 97. — - Cette école étail sans doute située au coin de la rue du Bac ei de la rue Bourbon (aujourd'hui rue de Lille), car les auteurs la placent clans l'une ou dans l'autre rue.

révélèrent sans doute l'existence des Frères à des personnes influentes du faubourg, à qui la singularité du costume lit une impression désagréable. Soit que l'idée lui en fût venue spontanément, soit qu'elle lui eût été suggérée par les paroissiens, M. Baudrand résolut de faire prendre aux Frères l'habit ecclésiastique, la soutane et le manteau long à la place de la robe courte et de la capote.. Il croyait avoir le droit d'exiger ce changement. Il voyait dans les Frères, non une congrégation définitivement constituée et relevant d'un supérieur, mais une association d'hommes pieux et dévoués, qui travaillaient sous les ordres du curé aux œuvres de la paroisse; à ses yeux, les maîtres ne dépendaient que de lui seul. D'ailleurs, étant le directeur de M. de la Salle, il se flattait que son humble pénitent se rendrait volontiers à ses désirs.

Quelque déférence qu'il eût pour M. Baudrand, M. de la Salle s'alarma de ce dessein; il vit du premier coup tous les inconvénients qui résulteraient d'un tel changement : aucune stabilité dans les règles ne serait plus possible, s'il permettait qu'une atteinte si grave fût portée à l'Institut. Il consulta des hommes sages, MM. Tronson et Baùhin surtout, et, sur leur conseil, il opposa respectueusement à la demande du curé de Saint-Sulpice le plus énergique refus.

Pour motiver son refus, il rédigea un Mémoire dont l'original a été conservé. Cette pièce est pour nous d'un prix inestimable. JDe tous les écrits de M. de la Salle, c'est le seul morceau un peu développé qui nous soit parvenu dans un état de parfaite intégrité '. Avec la

1 On possède en outre un certain nombre de lettres «lu Saint ; les originaux «le cinquante-deux de <cs lettres sont conservés aux archives de la maison mère; des autres on n'a que la copie. Pour les autres écrits de .l.-l>. di- la Salle, ils ne nous sont pas parvenus sans altération; des modifications, au moins dans le style, y <>nl été introduites à diverses époques; c'est pourquoi, dans le procès de canonisation, ces éerits n 'ont pas été admis comme authentiques.

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