QUESTION DU COSTUME DES FRERES
pensée du Saint sur la question de l'habit, ce document nous révèle l'organisation de son Institut en 1690, ses idées sur l'esprit de son Institut, son ferme bon sens, sa profonde humilité, et, avec son style, toute son âme. Nous reproduisons cet écrit dans son entier, persuadé que le lecteur y trouvera, plus vivante que dans toute élude psychologique, la noble physionomie de Jean -Baptiste de la Salle1.
« S'il est à propos de changer ou de conserver l'habit que portent présentement les Frères de la communauté des Écoles chrétiennes.
a Quelle est cette communauté et quels sont ceux qui la composent ?
<(. Cette communauté se nomme ordinairement la communauté des écoles chrétiennes . et n'est présentement établie ni fondée que sur la Providence. On y vit avec règle, avecdépendance pour touttes choses, sans aucune propriété et dans une entière uniformité.
a On s'y employé, dans cette communauté, à tenir les écoles gratuitement dans les villes seulement, et à faire le catéchisme tous les jours, mesme les dimanches et festes.
« On s'y applique aussy à former des maistres décolle pour la campagne, dans une maison séparée de la communauté , qu'on nomme séminaire 2. Ceux qui y sont formez n'y demeurent que quelques années, jusqu'à ce qu'ils soient entièrement formez tant à la piété qu'à ce qui est de leur employ; ils y sont instruits à chanter, à lire et écrire parfaitement, logez, nourris et blanchis gratuitement; et ensuite on les place dans quelque bourg ou village pour y faire l'office de clercs; et lorsqu'ils sont placez, ils n'ont aucun rapport à la communauté, sinon de bienséance : ils y sont
1 Nous citons sans aucun changement, même d'orthographe, la ; originale; nous nous sommes seulemenl permis de mettre la ponctuation La plus capable de faire saisir le texte du premier coup. — - Il s'agii ici de l'école normale de Reims; elle n'étail pas encore dissoute au connu, m emenl de 1690.
cependant receus pour y faire retraitte. Ils n'ont point d'autre habit que celui qu'on porte ordinairement dans le monde , hors qu'il est noir ou au moins fort brun, et ne sont distinguez des autres laïques que par un rabas et des cheveux plus courts.
« On élève aussi dans cette communauté de jeunes enfants qui ont de l'esprit et de la disposition à la piété, lorsqu'on les juge propres, et que d'eux mesmes ils se portent à entrer ensuitte dans la communauté. On les y reçoit dès l'aage de quatorze ans et au dessus. On les forme à l'oraison et aux autres exercices de piété; on les instruit dans toutes les matières du catéchisme, et on leur apprend à lire et à écrire parfaitement.
« Ces sortes de personnes qui sont formez et élevez dans cette communauté ont maison, oratoire, exercices, table et récréation séparez; et leurs exercices sont différents et proportionnez à la portée présente de leur esprit et à ce qu'ils doivent faire dans la suitte.
« La Providence a voulu que quelques uns qui s'y estoient présentez ou ayant la tonsure ou ayant étudié n'y soient point restez; on n'y refuseroit pas cependant des personnes qui auroienl étudié. Mais on ne les y recevroit qu'à la condition de ne plus étudier jamais ' : 1" parce que l'étude ne leur est pas nécessaire ; 2° parce qu'elle leur seroit dans la suitte une occasion de quitter leur estât; 3° parée que les exercices de la communauté et l'employ des écoles demandent un homme tout entier.
« Quelle est la forme de l'habit qu'on porte en celle communauté?
<> L habit de cette communauté est une espèce de soutannelle qui descend jusqu'à demi-jambe*; elle est sans bou-
' Il ue s'agit ici que «les études classiques, langues anciennes el hu-
manités; il scrail injuste d'entendre autrement celle parole du Saint, car nous verrons qu'il a toujours l'ail étudier aux Frères les choses qui pouvaienl les bien préparera l'enseignemenl dont ils étaient chargés. — - Aujourd'hui, la soutane cl la capote descendent jusqu'au talon: a pari edie modification imposée par les changements de temps, L'habit «■si resté le même,