DISCIPLINE DE L'ECOLE
vue de la présence de Dieu: étant au milieu, ils feront une profonde inclination au Crucifix et salueront le maistre, s il y est : et ensuite ils se mettront à genoux pour adorer Dieu et faire une courte prière à la 1res sainte Vierge. Après l'avoir faite, ils se lèveront, feront encore de même inclination au Crucifix, salueront le maistre, et puis iront, posément et sans bruit, à leur place ordinaire1. » La sortie s'opère avec le même ordre; les écoliers quittent leur banc deux par deux . saluent le Crucifix, puis le maître, et ils partent modestement, les bras croisés et le chapeau bas. Pendant la sortie, on chante un cantique et on récite des prières-, de sorte que la dissipation ne trouve aucune place dans ces jeunes âmes ainsi occupées.
Durant la classe, le silence est la condition de l'ordre. Mais, en homme très pénétrant, M. de la Salle a compris que les écoliers ne se tairont que si le maître lui-même se fait. De là les sages recommandations qu'il fait au maître : « Il veillera, dit-il, particulièrement sur luimême, pour ne parler que très rarement et fort bas... Quand il donnera quelque avis, il le fera toujours d'un ton médiocre... Il ne parlera ny à aucun écolier en particulier, ny à tous en général, qu'il n'ait examiné ce qu'il aura à dire et qu'il ne l'ait jugé nécessaire. Lorsqu'il parlera, il le fera fort gravement et toujours en peu de mots3... Il serait peu utile que le maistre s'appliquât à faire garder le silence aux écoliers, s'il ne le gardait luy-même... Son silence produira, plus que toute autre chose, un très grand ordre dans les écoles ;... »
Persuadé que le silence du maître est tout-puissant dans une classe, M. de la Salle créa le signal pour remplacer la parole5. Le signal ménageait à la fois la santé cl l'autorité du maître; des signes convenus suppléaient
1 Conduite des rcoles, p. :}.— - Ibid., p. 109-114. — :î Ibid., |>. 122. — 1 Ibid., p. 124. — '• Ibid., p. 124-132. Le signal élail un petit instrument de fer. p. 12:;.
toutes les paroles de pure discipline. Le maître ne devait parler que pour enseigner et exhorter.
L'autorité morale la mieux établie ne peut prévenir toutes les fautes. Pour venger Tordre lorsqu'il est atteint, les sanctions disciplinaires s'imposent. M. de la Salle le comprit, et il rédigea avec grand soin un code de correelions. Il veut que « la fermeté ne dégénère point en dureté » ; mais il n'accepte pas que, « sous prétexte d'avoir de la compassion pour les enfants, on leur laisse faire tout ce qu'ils veulent; il arrivera de là, ajoute-t-il, qu'on aura des écoliers méchants, libertins et déréglez1. » Si les ;i\ is paternels et les pénitences morales sont impuissantes à dompter un enfant, qu'on ait recours à la férule, à la verge ou au fouet2. Ces corrections corporelles n'avaient rien d'extraordinaire dans un siècle où le fouet étail d'un usage courant dans les écoles et les collèges, où \c> rois eux-mêmes avaient été fouettés dans leur éducation3. Ce qui distingue la discipline de M. de la Salle, c'est la modération et l'humanité qu'il conseille dans les
1 Conduite des écoles, p. 141. — '-' ■ On ne doit donner qu'un coup dans la main; il ne faul jamais surpasser le nombre de deux. Il faut frapper sur la main gauche, surtout à ceux qui écrivent, pour ne pas appesantir la main droite... Il n'en faut pas donner à ceux <|ui ont du mal dans Les mains. Conduite, p. 246.) Pour les verges, on ne devait donner que trois coups. 11 est question du martinet dans l'exemplaire manuscrit de la Conduite Ms. Bibl. nat., IV. 1 1 759. .Mais il est complètement supprimé dans l'édition de 1720. Les termes dans Lesquels M. Compayré, Histoire de la Pédagogie, p. 227, parle de ce chapitre des corrections laissent supposer que l'auteur ne sVsi pas bien mis au point. — ; In jour que Louis XIII avait été condamné au Court . il dit à son gouverneur :
Ne frappez guère fort . au moins. » l'on après . ayant reçu de la régente sa mère un témoignage de respect , il dit : « .l'aimerais mieux qu'on ne me fîl point tant de révérences et tant d'honneur, et qu'on ne me fît point fouetter. • Mémoires du comte de Brienne , l. I. p. 391. « 11 survint entre le mi Louis XIV et Monsieur, son frère, un petit démêlé
d'enfants qui se disputent quelque chose; le roi voulut prendre un
poêlon de bouillie, Monsieur en tenait le manche; et avant que les gouverneurs eussent fait finir ce tiraillement . Monsieur fit mine d'en vouloir frapper le roi. La reine avertie vint faire fouetter Monsieur. » (D'après les Mémoires de l'abbé de Choisy. Sur l'usage des punitions corporelles, voir (iiii.Min , Education secondaire.