‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 120 sur 320 · MORT DU FRÈRE HENRI L'HEUREUX · texte numérisé non relu

MORT DU FRÈRE HENRI L'HEUREUX

ils ne pouvaient confier à des mains étrangères un malade qui leur était si cher. De leur pauvreté, ils subvinrent à tous ses besoins, et ils procurèrent en effet sou rétablissement.

Sitôt qu'il fui en état de voyager, il partit pour Reims, où l'appelaient les affaires de la communauté. Mais. ayant appris que les Frères de Laon étaient éprouvés par la maladie, il résolut de se rendre d'abord auprès d'eux. Il arriva à temps pour administrer les sacrements à l'un de ses disciples, et il eut la douleur de le voir mourir entre ses bras. Comme le médecin lui faisait observer que les deux autres Frères étaient épuisés, qu'ils avaient besoin de repos et qu'il devrait les envoyer respirer l'air natal : « L'air natal des Frères des Ecoles chrétiennes, répondit le Saint, c!est le paradis. » Il fît cependant fermer l'école pour deux mois1.

Le saint instituteur était à peine rendu à Reims, qu'il fut mandé à Paris par des lettres pressantes. Le frère L'Heureux était tombé gravement malade, et sa vit- était en danger-. Persuadé que le péril n'était pas si imminent et que les Frères de Paris s'exagéraient le mal, M. de la Salle différa son départ, pour avoir le loisir d'achever ses affaires. Ayant laissé le Frère en très bonne santé à la tête de sa communauté, il ne pouvait croire que -a vie fût vraiment menacée. Une dernière lettre lui annonça que le frère L'Heureux était mourant. Il partit aussitôt, mais trop tard. Après trois jours de marche, il arriva rue Princesse et se trouva en face d'une cruelle réalité : le frère L'Heureux était mort. Dieu l'avait épargné luimême, mais il le frappait au cœur dans le plus cher de

1 Lucard, Vie, t. I, p. 08. Le frère Lucard n'indique pas la source <>ù il ;i puisé ce fait. — - Maillefer, p. 108, 'lil que M. de la Salir avait fait venir le frère L'Heureux à Paris un mois auparavant. Ce détail ne nous paraît pas exael : car, m le frère I. 'Heureux fût resté ;'* Reims jusqu'à la lin de L690, la communauté de Reims n'eût pas été confiée au frère Jean-Henry. Du reste, Maillefer a souvent des dates fautives.

ses fils. Lui, toujours si maître de son émotion, il ne put retenir ses larmes, et il s'abandonna plusieurs jours à l'amertume de sa douleur1.

Grande , en effel . était la perte qu'il venait de subir : il étail privé de reniant le plus cher à son cœur de père; Ions ses projets étaient renversés.

Le frère Henri L'Heureux méritait toute l'affection et toute la confiance dont il avait été l'objet2. C'était une âme droite, douce el ferme. Entièrement livré à la grâce de Dieu, il allait sans détour à tout son devoir. Son humilité était si sincère, qu'il acceptait sans discuter tout ce que l'obéissance lui proposait. On le fait supérieur en 1686, il accepte avec simplicité de commander même à son chef. On le dépose après quelques semaines, il se réjouit de revenir à son rang. Il sait qu'on le destine à gouverner l'Institut, cl on lui commande de se préparer au sacerdoce : il s'applique aux études, suit les cours d'humanités et de théologie, sans jamais s'en prévaloir ni s'élever au-dessus de ses Frères. Dans l'exercice du gouvernement, il se montre modéré -ans faiblesse, il compatit aux infirmités des autres sans condescendre à leurs défauts : à part les deux frères de Paris, les autres le voient sans ombrage monter au-dessus d'eux. Sa vertu est à l'épreuve : il a partage sans se plaindre les humiliations et les privations de son père. Doué d'un esprit solide, mais un peu lent, il passe des nuits à l'étude des sciences sacrées; ses professeurs rendent de lui ce témoignage qu'une fois maître d'une question, il la traite avec justesse et avec une grande aisance de parole.

Il ('lait sur le point d'avancer aux Ordres, lorsque la main de Dieu l'arrêta. Digne et pure victime (pic Dieu VOulllI prendre dan- ee troupeau choisi, sa vie paya la leçon (pie Dieu voulail donner au fondateur. 11 n'était pas expédient qu'il y eût des prêtres parmi les membres

1 Mm. ! EFEB, p. 109. B] ain. p. :t(lT. — ■ Cl'. BLA1N, p. 310.

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