MALADIF. DE JEAN-BAPTISTE
à la virile, répondit le serviteur de Dieu, d'inconvénient que vous veniez me voir malade dans mon lit. Mais c'est donner un grand exemple, que de ne pas permettre à vous et à moi celte liberté. Nul Frère à l'avenir ne trouvera mauvais que la porte de sa chambre soit seellée à l'égard dc< femmes, et que l'entrée en soit même défendue à ses propres parentes, d'abord qu'il sçaura que ma grand'mère n'a pas eu le privilège de me voir malade, ailleurs que dans le parloir1. »
Malgré l'avis des médecins, il reprit la route de Paris aussitôt qu'il se crut en état d'affronter les fatigues d'un voyage. « L'envie qu'il avait de se dérober aux attentions, de ses parents l'emporta, dans son esprit, sur les raisons de prudence qui auraient dû le retenir2. » Les prévisions des médecins ne se réalisèrent que trop exactement. À peine rentré à Paris, le saint malade dut reprendre le lit pour six semaines. Il se croyait hors de danger, lorsqu'un mal nouveau se déclara et mit ses jours en péril 3. Averti par ses propres souffrances du peu il'espoir qui lui restait, il se résigna à la volonté de Dieu avec les sentiments de parfaite confiance qui l'avaient toujours animé, et il se disposa à mourir.
Dans l'émoi où les jeta la nouvelle d'une mort imminente, les Frères eurent recours à tous les moyens divins et humains pour conjurer cet irréparable malheur. On vil bien alors Tardent amour que tous les entants de cette humble famille avaient pour leur père. Ils firent assaut au Ciel par leur- instantes prières. Ils appelèrent près du cher malade le médecin hollandais Helvélius, alors en très grand renom de savoir dans tout Paris. Ilelvelius avait un remède en effet contre le mal, mais an remède dangereux, qui pouvait entraîner la perte du malade aussi bien que sa guérison radicale. Avant d'administrer
1 Bdain, p. 305. Maillefer, p. 105. - 2 Ibid., p. 106. — 3 II s'agissail d'une maladie que les médecins ne pouvaieni combattre alors que par des potions très dangereuses , dont l'effet était mal assuré.
le remède , Helvétius voulut que le malade reçût les sacrements. M. Baudrand, curé de Saint- Su lpice, qui veillait avec une sollicitude paternelle sur son cher pénilent, lui apporta le saint Viatique très solennellement. Le saint Sacrement était précédé de plusieurs ecclésiastiques de la paroisse el du séminaire, en surplis et le cierge à la main; de nombreux fidèles de tout rang faisaient escorte. Chacun prenait conscience alors de la grande affection qu'il avait pour les Frères et pour leur supérieur; tons craignaient de perdre ce vertueux maître des pauvres et versaient déjà des larmes de regret sur le Saint dont ils avaient trop tard reconnu le mérite. Helvétius lui-même suivait le cortège et priait pour son malade.
Les Frères éplorés se pressaient contre le lit de leur père bien -aimé. Profondément touché du spectacle navrant de cette famille en pleurs, M. Baudrand prit la parole. Il exhorta le père à la résignation, il promit aux fils de ne point les laisser orphelins et d'en prendre soin comme de ses propres enfants. Puis il pria le saint malade de bénir les Frères. Toujours soumis à son directeur, M. de la Salle, dune main défaillante qu'il fallut soutenir, bénit tendrement ses fils en disant : « Je vous recommande nue grande union et une grande obéissance. » Citait tout le testament de ce pauvre de Jésus-Christ.
Le Ciel exauça les prières des Frères, du clergé et du peuple. Le remède d'Helvétius produisit un heureux effet. Le fondateur de l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes était conservé à son œuvre.
Durant la convalescence . son humilité lui inspira un nouveau trait de vertu. Il craignit d être à charge dans sa propre maison. Pour épargner a ses Frères la peine de lui donner des soins, il les supplia de le conduire à l'hôpital . a cet asile commun de tous les pauvres1. Les Frères, on le pense bien, n'v voulurent point consentir :
1 M mi 1 1 fer, p. 104- 107. Bi \i\ . p. 305-307.