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NOTRE-DAME DES DIX VERTUS

vacances, ce père prévoyant avait cherché une maison plus vaste. Il en avait trouvé une près du couvent des Carmes. C'était un enclos profond, entouré de murs. avec des cours spacieuse- et de grands jardins. Il ouvrait sur la roule de Yaugirard et se trouvait complètement isolé entre le jardin du Luxembourg et la campagne1. Aux portes de Paris, le fondateur des Frères trouvait le double avantage de l'air pur des champs et du voisinage de ses écoles. D'ailleurs les bâtiments, larges et bien aérés , dépassaient ses besoins actuels et lui permettraient bientôt de développer ses œuvres.

Cette grande maison avait été habitée autrefois par des Religieuses Annonciades de Saint-Nicolas de Lorraine2, et les enfants de France y avaient été élevés : on l'appelait Notre-Dame des Dix-Vertus. Elle était abandonnée depuis de longues années ; car des bruits étranges qui circulaient parmi le peuple . et qui la disaient hantée, en éloignaient les locataires. Aussi le propriétaire de l'immeuble se montra-t-il peu exigeant; il ne demanda que seize cents livres pour le loyer de cet immense enclos.

Quelque faible que fût ce prix, il dépassait notablement les ressources de l'Institut. Jean-l>aptiste , qui ne vivait que de charité, craignit de tenter Dieu en s'engageant dans une telle dépense 4. Il fallut que le curé de Saint- Sulpice lui promît son assistance pour triompher de ses hésitations. M. de la Chétardye, en effet, augmenta de cinquante livres la pension annuelle de chaque Frère dv^ écoles5, et intéressa aux oeuvres de L'Institut certaines personnes de sa paroisse. Le nom de Mmc des Voisins, veuve-douairière d'un ex-chancelier d'Etat', de-

1 La rue Notre -Dame -des- Champs marquait le commencement de la campagne.— - Maillefer, p. 14'.i. — :; Blain, p. 360. — '' Ibid., p. — '• Blain, p. 360. Comme il y avait alors environ douze Frères d'écoie (cinq rue Princesse, trois rue «lu Bac. quatre rue Saint-Placide . la pension totale croissait d'environ 600 livres. — e Maillefer, p. I4!>.

meure inscrit parmi les insignes bienfaiteurs de la Communauté. (-elle noble dame assura aux Frères une somme annuelle de quatre cents livres1.

Le premier don de M' des Voisins servit à transporter les meubles de Vaugirard à Notre-Dame des Dix-Vertus. Mais quel ne fut pas l'étonnement de M. de la Chétardve. à la vue d'un mobilier si pauvre et si insuffisant ! Dans l'étroite maison de Vaugirard, ce mobilier ne lui avait paru que misérable; dans les vastes appartements de la Grand'Maison , il put constater que les Frères manquaient du stricl nécessaire2. Il en fit part à Mme des Voisins, qui s'empressa de donner sept mille livres pour secourir une telle indigence. Ce don généreux n'amena point le luxe dans la communauté; il suffit à peine aux premières exigences d'un aménagement3.

D'ailleurs, M. de la Salle veillait avec anxiété sur ses fervents religieux, pour que les commodités de leur nouvelle demeure ne devinssent point une occasion de relâchement. « Si l'habitation des novices devint plus commode, nous dit un biographe4, leur vie n'en devint pas plus douce. M. de la Salle, en les transplantant dans un lieu plus vaste, n'avait prétendu que de les loger tous, et non pas de mettre leur corps plus au large. » En effet, rien ne fui changé au règlement de Vaugirard. A Notre- Dame des Dix-Vertus on observa le même silence, on se livra aux mêmes exercices de piété et de pénitence, et la table ne fut pas moins frugale. Ce régime austère maintint la ferveur dans l'Institut et mérita le succès de ses œuvres v

Dès son entrée à la (irand'Maison , M. de la Salle s'occupa de la chapelle. L'ancienne chapelle des Annoneiades était fort petite : il l'agrandit en y taisant construire un chœur. Sitôt qu'elle fut achevée, il voulut

Blain, p. 360. Ibid., p. 360. Maillefer, p. 145 - là .un .

■ [bid., p. 360. — '• lltii!.. p. 361.

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