‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 15 sur 320 · XWI LES ÉCOLES PRIMAIRES · texte numérisé non relu

XWI LES ÉCOLES PRIMAIRES

Jésus de Reims, les Ursulines d'Anne de Xainetonge en Bourgogne et en Franche -Comté, et bien d'autres, assurent aux petites tilles une éducation intelligente et profondément religieuse1.

Là où ne pénétraient pas les religieuses , elles envoyaient leurs élèves; car leurs maisons principales se transformaient tu écoles normales de jeunes institutrices. En 1672, quand Félix de Vialart, évéque de Châlons- sur- Marne, fonda la Communauté des Dames régentes, il les établit non seulement, pour instruire les jeunes filles, mais aussi <r pour former des maîtresses d'école capables de servir dans la campagne2 ». Au XYine siècle, les Sœurs de Saint- Charles tenaient à Nantes un pensionnat qui était « comme une école normale d'institutrices3 ».

Si les congrégations enseignantes de femmes étaient nombreuses en 1679, il n'en était pas de même des congrégations d'hommes. Les bons instituteurs se trouvaient difficilement, et nulle part on ne s'inquiétait d'en former. Les régents capables prenaient volontiers les écoles payantes ; mais les écoles charitables de garçons étaient fort délaissées.

Les essais tentés n'avaient pas été heureux4. Les Jésuites et les Oratoriens bornaient leurs efforts à l'enseignement secondaire. Au xive siècle, Gérard Groot, chanoine d'Utrecht. puis d'Aix-la-Chapelle, avait fondé pour les écoles élémentaires une communauté de clercs, sous le nom de « Frères de la vie commune » ; mais cet institut n'avait point pénétré en France. Saint Joseph Calazanz avait fondé à Rome, en 151)7, les « écoles pies », et avait formé une association de prêtres pour l'instruction des pauvres ; mais les « clercs régu-

1 Voir dans Ali.ain, l'Instruction primaire* p. -~0 et suiv., et clans Raveikt, Vie 'lu bienheureux J.-B. de la Salle, « les Précurseurs, » lo tableau des établissements do ce genre. — 2 Allain, Revue des (juest. Instar., t. XXXIII, p. 529. - :1 Ilud. - ' Voir Ravelet , loc. cit.

liers », connus sous le nom de « Pères Scolopii », se répandirent peu, et unirent bientôt l'enseignement secondaire aux petites écoles. La Congrégation de la Doctrine chrétienne, fondée à Cavaillon en 1592, par le vénérable César de Bus, dévia de même en versant dans l'enseignement secondaire. En Lorraine, Pierre Fourier avait conçu le projet d'une congrégation d'hommes, en faveur des pauvres des villes et des campagnes ; mais son plan ne fut pas approuvé à Rome, et ses disciples se séparèrent. A Rouen , le Père Barré reprit l'idée du saint de Mattaincourt et essaya d'établir à Paris, en 1678, des séminaires de maîtres d'école; mais l'esprit de discipline et d'abnégation manqua aux jeunes gens qu'il avait réunis.

L'ardent M. Démia parut un moment avoir du succès à Lyon. Il ouvrit, en 1672, un séminaire de jeunes maîtres d!école , tous ecclésiastiques ; malgré les encouragements et les approbations qu'elle reçut de tous côtés, son œuvre mourut avec lui en 1689.

Cependant, quand l'heure providentielle d'une œuvre a sonné, Dieu suscite un homme pour l'accomplir. L'homme marqué pour l'entreprise des écoles populaires était Jean- Baptiste de la Salle. En 1679, il était à peu près inconnu en France ; il s'ignorait encore plus lui-même. Mais la main de Dieu le tira du calme dont il jouissait dans son canonicat pour le jeter, sans qu'il le soupçonnât lui-même, dans les labeurs d'une fondation glorieuse et dans les traverses qui en furent la conséquence.

Jean- Baptiste de la Salle n'a pas créé les petites écoles ; il n'a pas créé non plus les écoles charitables ; mais aux unes et aux autres il a donné des maîtres et des méthodes.

Page 1