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XXIV LES ÉCOLES PRIMAIRES

le diocèse de Rouen, sur 855 écoles de garçons, 368 ont pour maîtres des curés, des vicaires ou des diacres1. Les documents présentent souvent à ce sujet des remarques pleines d'intérêt : « Le maistre d'école étant décédé, le curé enseigne les enfants, en attendant que les habitans aient fait la rencontre d'un maistre d'escole... Le curé et ses vicaires forment charitablement aux bonnes mœurs les enfants des particuliers, qui viennent tous les jours pour cet effet au logis dudit curé2... » L'usage était même à tel point dans les mœurs, qu'en 169"), les statuts d'Albi demandent « qu'autant que faire se pourra, les maîtres d'écoles soient prêtres, ou du moins constitués dans les ordres sacrés 3 » .

Cette pratique tenait à deux raisons : l'enseignement était considéré , là où les maîtres manquaient , comme un devoir sacerdotal ; les laïques capables et zélés étaient assez rares. Non pas, comme nous l'avons dit, que la place de régent ne fût assez convoitée d'ordinaire , mais , parmi les nombreux concurrents , il était malaisé de faire un choix heureux. Aucune école normale n'était destinée à la formation des maîtres ; les tentatives faites dans ce but avaient toujours échoué. Aussi n'est-il pas étonnant que, dans un factum rédigé contre Claude Joly, on ait accusé le chantre de Notre-Dame d'accepter pour ses petites écoles « des sergents , des fripiers , des gargotiers , des cabaretiers , des maçons, des rubaniers, des férandiniers , des violons, des joueurs de marionnettes, et même de ses propres laquais4 » Une telle énumération, évidemment fantaisiste, ne peut être prise au pied de la lettre; elle révèle néanmoins la difficulté qu'éprouvait l'écolâtre à recruter, pour ses écoles, des maîtres dignes.

La difficulté n'était pas moindre pour le recrutement des maîtresses. A la campagne, dans les petites paroisses, il n'y avait souvint qu'une école, où filles et garçons étaient reçus et instruits par un même instituteur. Mais, dans les gros bourgs et dans les villes , on avait grand soin de séparer les enfants de différent sexe. On confiait à des veuves, à de

1 Allain, p. 265. — - Ibid., p. 265. — :t Statuts synodaux du diocèse d'Alby, 1695, p. 40. — ' Cité dans André, Nos maîtres hier, p. 282,

pieuses filles , à des femmes honnêtes , les écoles fondées pour les petites fdles. Malgré le zèle qu'on y mettait, on avait peine à trouver des maîtresses ; des écoles normales eussent été nécessaires pour les former, et elles n'existaient pas.

Ce besoin, profondément senti, fut pour une part importante dans la fondation des congrégations enseignantes. Jusque-là, les communautés religieuses de femmes avaient été cloîtrées , et s'étaient livrées presque uniquement à la prière et à la pénitence. A partir de la fin du xvie siècle, on voit surgir, comme par enchantement, des congrégations séculières, sans cloître et sans vœux solennels, vouées à l'éducation des enfants. En France seulement, plus de cinquante communautés enseignantes et charitables se fondent en moins de cent cinquante ans.

Les Ursulines, fondées en Italie par sainte Angèle de Mérici en 1537, furent introduites en France en 1596, pour vaquer gratuitement à l'éducation des jeunes fdles , leur enseigner les vérités de la religion et les former à la pratique des vertus chrétiennes. En 1597, le saint curé de Mattaincourt, Pierre Fourier, établissait les Filles de la Congrégation de Notre-Dame, et les obligeait à recevoir « en leurs escoles les petites filles externes de la ville qui se présenteront , sans en demander aucun sallaire » ; à la fin du xvne siècle, la Congrégation avait quatre-vingts maisons. En 1607, la Mère de Lestonnac. nièce de Montaigne, fondait à Bordeaux les Filles de Notre-Dame ; dès les premiers jours, les classes se remplirent d'une nombreuse jeunesse. L'élan une fois donné, les congrégations pullulent : la Visitation, les Filles de la Charité, les Filles de la Croix, la communauté de Sainte -Geneviève, les Filles de l'Union chrétienne, les Demoiselles de l'Instruction, les Sœurs de la Providence et les Dames de Saint-Maur, les Sœurs de l'Enfant-

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