‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 158 sur 320 · DIFFICULTES SOULEVEES A CHARTRES · texte numérisé non relu

DIFFICULTES SOULEVEES A CHARTRES

pénitent, il donnait lui-même de grands exemples d'austérité. Mais il croyait parler au nom de la sagesse humaine, et il se faisait l'écho de plaintes formulées contre les récries de L'Institut. A ce moment même, fin de J 702, cette sévérité des règles devenait la cause du différend si grave que nous aurons à raconter entre M. de la Salle et M. de la Chétardye. Le saint instituteur baissa la tête sous les critiques dont il était l'objet; devant sa conscience et devant Dieu , il ne crut pas devoir changer le régime de l'Institut. On pourrait le blâmer de cette fermeté, si l'histoire ne nous apprenait pas que les règles austères font durer et prospérer les Ordres religieux qui les professent. Serait-il téméraire d'affirmer que l'Institut des Frères doit à la sévérité même de sa règle la stabilité qui l'honore et la merveilleuse fécondité qui est sa gloire?

Impuissants sur la règle, les hôtes de M. de la Salle s'attaquèrent à sa personne. Sa mise leur parut trop simple et trop grossière; on critiqua la singularite.de son habit, l'épaisseur de ses souliers, la largeur de son chapeau. Son manteau surtout, vieux et usé, était misérable. L'évêque le lui enleva et lui en donna un autre d'assez grosse étoffe pour qu'il fût de son goût ; l'humble prêtre l'accepta de bonne grâce et avec reconnaissance, comme une aumône faite à un pauvre. Il porta ce manteau trois ou quatre ans, jusqu'à ce qu'une nuit, sur le chemin de Paris à Vaugirard, il fut obligé de le céder à des voleurs f.

L'évêque de Chartres profita de sa présence pour lui faire une demande relative à l'assistance aux offices. Il avail remarqué que les enfants des Frères, transformés par les leçons et plus encore par les exemples de leurs maîtres, avaient à l'église une tenue parfaite. La modestie de ces enfants et de ces humbles religieux avail frappé le peuple, de sorte que dans les deux églises fréquentées

1 Blain , p. 374. Maillefer, p. 136.

par les Frères, une véritable transformation s'était opérée. Le pieux prélat espérait que les autres églises de la ville se réformeraienl de même, si des Frères y allaient, chaque dimanche, donner l'exemple de la retenue, de la piété el du respect. Ce dessein, assurément, était fort louable; mais il était toul à fait contraire à la fin de l'Institut, el il pouvait nuire au bien spirituel des Frères. La place des Frères, à l'église, est près de leurs enfants, pour les édifier et les surveiller. Aussi, malgré tout son désir de satisfaire un prélat si recommandable, il n'acquiesça point à sa demande1. Ce refus témoignait à la fois d'une noble indépendance de caractère et d'un grand zèle pour son Institut. Que serait devenue son œuvre, s'il avait dû la rendre conforme aux idées contradictoires de gens qui n'avaient point mission de la diriger?

Il ne fut pas moins ferme sur la question du latin. Sur ce point, nous l'avons dit plus haut, sou bon sens avait fait de lui un hardi novateur. Tandis que, dans toutes les petites écoles, les enfants devaient apprendre à lire parfaitement le latin avant de commencer le français, il avait osé rompre avec la tradition commune el donner comme premier livre, à de jeunes Français, une méthode écrite en leur langue maternelle. L'évêque de (martres n'approuvait poinl ce changement de procédé scolaire; il demanda que les Frères revinssent à l'ancien système de la lecture du latin. M. de la Salle, avant de rien changer, exposa les avantages de la nouvelle méthode dans un Mémoire dont Blain nous a conservé la substance .

« I La lecture du français esl d'une utilité beaucoup

1 Blain, p. 37b. — - Quoique nous n'ayons pas l'original de ce M<moire, nous croyons que eel extrait . donné par Blain, p. 375, doi< être 1res Qdèle. Nous n'y trouvons pas le style diffus el pompeux de Bj un, mais le raisonnemenl serré el le lang ige concis du Mémoire sur l'habit des Frères.

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