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ECOLE DOMINICALE

dans l'atelier. Il n'hésita pas à prendre à sa charge une œuvre de si grande portée que la Providence elle-même venait lui offrir.

« En 1699, un jour de dimanche, à midi, dans la maison du noviciat, une Académie chrétienne [fut ouverte| à tous les garçons qui ne dépassaient pas l'âge de vingt ans1. » C'était l'école dominicale. Elle fut bientôt remplie. On y compta jusqu'à deux cents écoliers, distribués par classes suivant leur âge et leur portée. Les moins avancés apprenaient la lecture et l'écriture, l'orthographe et le calcul, comme dans les petites écoles; aux plus capables on enseignait la géométrie, l'architecture et le dessin. Ce fut un grand souci, pour M. de la Salle, de former des maîtres capables de donner cet enseignement primaire supérieur. Xe reculant devant aucune dépense pour procurer la gloire de Dieu, il fit prendre des leçons particulières , près des hommes compétents , aux Frères qu il jugea plus propres à ces nouveaux emplois'2.

Tous les dimanches et fêtes, on consacrait deux heures à cet enseignement. Cet exercice était suivi d'une leçon de catéchisme; un Frère adre-ssait ensuite aux assistants une « exhortation spirituelle 3 ». Les divertissements profanes n'étaient donc pas le but de ces réunions dominicales; l'étude et la piété en étaient le principal attrait.

« On ne peut croire, dit Simon de Doncourt, le bien que produisit cette nouvelle institution, et le changement qu'elle opéra dans les mœurs d'un grand nombre de jeunes gens4. » Au lieu que, jusque-là, le désœuvrement des dimanches et des fêles les avait livrés aux occasions de désordre et à tous les dangers des mauvaises compagnies, ces jeunes gens, à l'école dominicale, développaient leur goût pour les arts et leur amour du travail, se mettaient en état de se créer dans le monde une meilleure

1 Bi.ain, p. 389. Voir surtout Simon de Doncourt, t. I. p. G2-64. — 2 Gosselin, Curés de Saint-Sulpice, ms., p. l2o-:126. — 3 Blain, p. 389. — i Remarques historiques, t. I, p. <>2.

situation sociale, et surtout apprenaient à vivre dans les saintes pratiques de la vertu chrétienne '.

Après avoir été florissante pendant plusieurs années, 1'éeole dominicale tomba, comme le séminaire des maîtres de campagne, — nous le dirons plus loin, — par l'infidélité de ceux qui eu avaient la direction -.

§ iv

FOM' \ I I — I > -II VRTR] 5. —

DEMANDE DES CURES DE l \ VILLE ET MANDEMENT DE LÉVLQUL:. QUESTION DU FRANÇAIS DANS 11-- ÉCOLES

Depuis son arrivée à Paris en 1688, M. de la Salle n'avait fondé aucune école en dehors de la capitale. Mais le temps des bénédictions divines était venu. Tandis qu'à Paris l'institul s'enracinait plus avant par la multiplication des œuvres, il commençait d'étendre au loin ses branches par la création d'écoles en province. La première fut celle de Chartres.

L'évêque de Chartres, Godel des Marais, faisait de vives instances, depuis 1694, pour avoir des Frères dans sa ville épiscopale. Personne n'appréciait mieux que lui le nouvel Institut. A Samt-Sulpice . il s'était lié d'amitié

1 Ui u\. p. 389 39Q. - Nous en ferons le récit au chapitre suivant. Les classes d'adultes 61 les conférences populaires, don! <>u l'ail aujourd'hui laul de cas, se rattachent ;'i l'école dominicale de M. de la Salle. <>n peu! v rattacher aussi les écoles d'arts ci métiers ei les écoles commerciales. Ce qu'il importe 'le remarquer, c'est le souci qu'avait M. de ialle île former les jeunes ^cib à leur position sociale aussi bien qu à la vie chrétienne. — < >n a cité quelques écoles dominicales établies avant le kvii6 siècle, l'une ii Bologne par sainl Charles Borromée, alors légal 'lu pape, <t L'autre à Valenciennes en 1684. Mais ces écoles avaienl pour but presque unique d'apprendre le catéchisme aux enfants; tout au plus enseignait-on la Lecture <-i l'écriture. Cf. Bi un, i. I . p. 390. ' i i w;i> . i . I . p. M ' , cite Les archives municipales de Valenciennes.

avec le fondateur; abbé d'Igny, au diocèse de Reims, il avait assisté aux premiers essais des écoles de Champagne; à Paris et à Vaugirard, il avait été un visiteur assidu du noviciat; à plusieurs reprises, il avait recommandé la cause de son ami aux autorités civiles et religieuses. Egalement zélés pour la saine doctrine et pour les œuvres de charité, ils n'avaient tous deux qu'un cœur et qu'une âme.

Il y avait cinq ans que M. de la Salle priait son ami d'attendre qu'il eût des sujets formés, lorsqu'il se décida enfin à le satisfaire. Toutefois, avant de donner une réponse définitive, il assembla les Frères et les consul la. Très honorés de la demande faite par un évèque si vertueux et si influent1, les Frères s'offrirent à l'envi pour cette fondation.

De leur côté, les curés de Chartres, informés du projet de leur évêque , ne se contentèrent pas d'y applaudir. Ils rédigèrent, d'un commun accord, une requête où, ils le pressaient de réaliser au plus tôt son dessein. Le langage élevé dans lequel ils s'exprimaient mérite d'être conservé dans l'histoire.

« Après avoir plusieurs fois conféré ensemble, disentils, nous sommes convenus qu'une des grandes causes de l'indocilité, de l'immodestie, de l'ignorance même, et du dérèglement visible de la plupart des enfants de la ville, de l'un et de l'autre sexe, venait, ou de ce qu'il n'y avait point d'écoles gratuites pour les pauvres, ou parce que les maîtres et les maîtresses qui ont fait jusqu'à présent eette fonction, presque sans aucun aveu et sans la connaissance des supérieurs, ne se proposant dans cet employ d autre lin que celle (Vy gagner leur vie, ne s'en acquittent point comme il le faut pour le bien des enfants, soit manque de capacité, soit faute de zèle et d'applica-

1 Paul Godet des Marais étail directeur de Mm*-' de Mainlenon , et il

en éluil 1res écouté.

tJ()M, — et qu'il fallait travailler tout de bon à remédier à un aussi grand mal, en faisant en sorte qu'il y eût dans la ville quelques maîtres et maîtresses d'écoles établis de Votre Grandeur, de la capacité, de la piété et du zèle desquels on fût parfaitement informé, pour leur commettre la jeunesse; et surtout qu'il y eût quelques écoles gratuites en faveur des enfants pauvres, lesquels, faute de pouvoir payer les maîtres et les maîtresses, n'étant ni instruits ni retenus dans les écoles, mais errans et vagabons, se corrompent facilement et deviennent incorrigibles.

« Dans cette pensée, ayant appris qu'il y avait à Paris un prêtre de grande piété, qui prend soin d'élever et de dresser à cet exercice des jeunes gens, qui ont toutes les qualitez nécessaires pour s'en acquitter dignement, et qu'il en fournit dans tous les lieux pour lesquels on les lui demande, pourvu qu'on assure leur subsistance et entretien, dont la dépense ne se monte qu'à une somme assez modique, ils se sont crus obligez, Monseigneur, d'avoir recours à Votre Grandeur, pour la supplier très humblement d'employer son crédit et même ses aumônes, pour procurer à cette ville un secours si puissant pour aider à la réformation des mœurs de son peuple1. »

Ce document révèle la situation des écoles primaires à Chartres. Là, comme dans les autres villes, les écoles payantes ne manquaient pas; mais les pauvres, quoiqu'en principe ils dussent y trouver place, de fait ny étaient pas reçus, et restaient à vagabonder dans les rues. Ils allaient enfin recevoir des maîtres dévoués dans les écoles gratuites.

Le 8 juillet 1699, sept Frères partirent de Paris : six d'entre eux devaient tenir les classes; le septième s'occuperait du temporel2.

1 Extrait emprunté « Hlain, p. 370. — - D'après les archives départementales d'Eure-et-Loir, il n'y avait que cinq Frères; en mettant le

Ils reçurent de l'évêque de Chartres le plus sympathique accueil. Le prélat , déjà simple par caractère et accessible aux petits, se plut à traiter les Frères avec la même bienveillance que si c'eût été M. de la Salle en personne. Il leur promit sa protection, s'engagea à payer sur son revenu toutes leurs dépenses, et les installa dans une maison convenable1. Il les logea rue de Muret, en face du collège, dans un immeuble qu'occupaient auparavant les sœurs de la Providence 2, et d'autres bienfaiteurs, entre autres le chanoine Blangy, eurent à cœur de participer à cet établissement3.

Par un mandement daté du 4 octobre 1699, l'évêque annonça l'ouverture des écoles gratuites pour le lundi 12 octobre, et pressa les parents de confier aux nouveaux maîtres l'éducation de leurs enfants.

Le pieux évêque y déclare à son peuple que, depuis son élévation à l'épiscopat, il n'a rien eu plus à cœur que d'établir des écoles de charité4 : « Rien, ajoute-t-il, ne nous a paru plus utile au peuple qui nous est confié que les maximes évangéliques qui doivent lui servir de règle.

« Une expérience très funeste nous fait connaître que le dérèglement des mœurs, répandu dans toutes sortes de conditions, ne vient que du peu de soin qu'on a eu de procurer aux fidèles, pendant leur jeunesse, une éducation digne de cette qualité si honorable d'enfans de Dieu qu'ils ont acquise dans leur baptême. Nous avons cru, en cela, contribuer beaucoup à la décharge des pères et des mères , lesquels sont indispensablement obligez à élever chrétiennement leurs enfans, et qui néanmoins souvent ne peuvent le faire avec succez, en étant détournez par leurs occupations et leurs emplois.

nombre sept, nous avons suivi VHistoire de la communauté de Chartres, Blain, p. :s7l . H Maiixefer, p. 134.

1 Blain, p. 371. — 2 Lucard, Annales, p. 115, d'après les archives d'Eure-et-Loir. — '• Ibid., p. 115. — 4 Extrait emprunté à Blain, p. 371-372.

ou manquant eux-mêmes des qualitez nécessaires pour v réussir. Qu'ils pensent néanmoins avec tremblement à ces paroles si redoutables de sainl Paul, que « les mères. — on doit dire à plus forte raison la même chose des pères, — ne se sauveront que par la bonne éducation qu'ils donneront à leurs enfans »; faisant en sorte qu'ils demeurent dans la foi, dans la charité, dans la sainteté, et dans une vie réglée.

« L'expérience du gouvernement nous a fait connaître, plus que jamais, la vérité de ces paroles d'un des plus grands docteurs de l'Eglise de ces derniers siècles1, qui, malgré réminence de son sçavoir, voulut bien, sur la fin de ses jours, se rabaisser jusqu'à faire l'école : « Je ne

sçai s il v a rien de plus grand et de plus agréable à (( Dieu que de cultiver ces jeunes plantes du jardin du • Seigneur, et de les arroser des eaux salutaires de la « doctrine céleste. »

« Nous avons reconnu, avec beaucoup de consolation. que Dieu commençait à verser une abondante bénédiction sur les écoles de charité que nous avons établies pour les tilles dans quelques paroisses de celle ville; cela nous a confirmez dans le désir où nous étions d'étendre cel avantage en leur laveur, et d'en procurer un semblable pour les garçons.

Nous v avons encore été Fortement excitez, en voyant que le Roi, toujours grand en tout ce qu'il entreprend. mais qui n'est jamais si grand qu'en ce qui concerne la religion, étendait «es soins à l'établissement et à la multiplication des croies, cl voulait bien réveiller en ce point, par un effet de sa piété, le zèle et la vigilance des pasteurs

Pour seconder ses intentions, nous avons fait venir îles maîtres très bien formez à un si sainl exercice, et

1 Gerson , chancelier de l'Université de Paris: De pueris ad Christum (rahcndis.— s Edi1 du mois d'avril 1 69b, portant règlemenl sur la jurim ecclésiastique, art, 29, cité d'après Lucard, Annales, p. 1 i o .

capables d'édifier par leur exemple, en même tems qu'ils donneront aux enfants les enseignements nécessaires. »

La voix de l'évêque fut entendue du peuple chartrain. De nombreux enfants remplirent les deux écoles qui furent ouvertes le 1 1 octobre. L'une de ces écoles était rue de Muret, à la résidence des Frères, pour la paroisse Saint -Hilaire1 ; l'autre était située rue au Lin. pour la paroisse Saint- Michel2.

Les écoles une fois fondées, le pieux prélat ne s'en désintéressa point. Pour soutenir les Frères (huis leur tâche austère, surtout dans les commencements, il les visitait souvent. Il y venait avec une noble familiarité, sans se faire annoncer, « II montrait aux enfants, nous dit le biographe3, un visage de père, il leur parlait avec une tendresse de mère : on ne peut dire lesquels demeuraient plus charmés et sentaient plus vivement la douceur de sa visite, les Frères ou les enfants. Il exhortait les uns et consolait les autres, et les animait tous à. la persévérance. L'onction de ses paroles laissait, partout où il passait, la bonne odeur de Jésus-Christ et des semences de vertu. »

Sa paternelle affection fut particulièrement sensible, lorsque l'épreuve de la maladie vint affliger les Frères : « Leur ferveur était si grande, que plusieurs d'entre eux succombèrent d'épuisement. L'évêque, taché de perdre des sujets qu'il chérissait comme ses enfants, voulut leur persuader de relâcher quelque chose de l'austérité de leur règle*. » Il les visitait dan- leurs pauvres cellules, cherchait leurs livres spirituels et leurs instruments de pénitence, enlevait ceux dont leur ferveur pouvait fane un usage indiscret . Mais, dit Maillefer. leur fidélité à remplir leurs obligation- l'emporta sur ses remon-

1 La paroisse Saint - Hilaire a été placée depuis sous le vocable de saint Pierre. — - D'après VHistoire des Frères de Chartres, que nous n'avons pu nous procurer. Cité dans Lucard, Annales, p. HT. — 3 Bi.ain, p. M-2. — ' Maillefer, p. 135. — '' Blain, p. 337.

trances, et toul ce qu'il put faire fui de leur fournir abondamment les secours dont ils avaient besoin dans leurs infirmités1. »

Tant d'attention de sa part venait, non seulement du fond de bonté qui le caractérisait, mais surtout de la vénération singulière qu'il avait pour la vertu de leur saint fondateur.

M. de la Salle, de son côté, ne manquait aucune occasion de lui en témoigner sa reconnaissance. Il en donnait principalement des marques évidentes, lorsque la visite de ses écoles l'amenait à Chartres.

Vers la fin de 1702, la visite qu'il fit à Chartres donna lieu à des incidents qui ont une importance considérable dans l'histoire de l'Institut.

Il fut reçu par l'évêque avec cette courtoisie et cette vénération que le prélat lui témoignait toujours. Lorsqu'il voulut se relire)', il trouva toutes les portes fermées2. Son généreux ami avait dû le faire prisonnier dans son palais , pour le contraindre de s'asseoir à sa table ; jusque-là, le saint avait allégué les règles et la nécessité de donner le bon exemple, pour décliner toutes les invitations. M. de la Salle dut se résigner et manger à la table de l'évêque. Il y rencontra, pour la première fois peut-être. M. d'Aubigné, alors vicaire général de Chartres, futur archevêque de Rouen, sous l'autorité duquel il devait un jour travailler et être humilié3.

Paul Godet de Marais aimait sincèrement l'Institut, mais il n'en goûtait pas tous les règlements; il les trouvait trop sévères. Dans la conversation, il lit observera M. de La Salle que les Frères, pour être en mesure de porter le rude labeur i\c> écoles, devraient mener une vie moins dure et moins mortifiée. Certes, c'était un trop vertueux évêque pour prêcher le relâchement; pieux, régulier,

1 Maillefer, p. 135. - Cf, Blain, p. 'M'A; Maillefer, p. 136. — 1 Blain, p. :i~3. Maillefer, p. 336.

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