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LES ECOLES DE CALAIS. LEURS PROTECTEURS

L'établissement des écoles de Calais suivit de près la fondation des écoles de Chartres. Ce fut le bon ordre des écoles de Saint- Sulpice qui inspira l'idée de cette nouvelle création.

Vers la fin de l'année 1699, un jeune ecclésiastique de Calais, étudiant de théologie au séminaire des Bons- Enfants, M. Ponthon, traversait le faubourg Saint-Germain, lorsqu'il aperçut les écoliers de Saint- Sulpice, silencieux et bien rangés, sous la conduite des Frères. Il les suivit à l'église et les observa avec soin durant le saint sacrifice de la messe. Il fut tellement frappé de la discipline et de la piété de ces enfants, qu'il en écrivil à son oncle, vieillard vénérable, curé doyen de Calais. Il lui suggéra la pensée d'appeler dans sa paroisse ces éducateurs habiles, qui avaient le talent de transformer

de la sorte une jeunesse si turbulente. Au reste, le jeune théologien, déjà désigné pour succéder à son oncle, avait tout intérêt à provoquer une fondation dont il devait luimême profiter.

Le vieux curé de Calais, séduit par le tableau flatteur que son neveu lui avait tracé, s'éprit d'un vif désir d'avoir des Frères dans sa paroisse, et, mettant au service de cette affaire toute l'ardeur fébrile des vieillards qui se sentent près de finir, il écrivit lettres sur lettres à son neveu pour le presser de voir M. de la Salle; les circonstances étaient d'autant plus favorables que, par le décès de l'instituteur, l'école était vacante. Le jeune Ponthon vil. en effet, le fondateur des Frères et en reçut le meilleur accueil. Mais le Saint, qui ne voulait rien précipiter. ne se hâtait pas de céder à ses instances réitérées; il promettait seulement de lui donner satisfaction, dès que rétablissement présenterait des chances de vitalité1.

Le curé de Calais jugea, par cette réponse, qu'il serait avantageux d'intéresser à l'œuvre les magistrats civils. A la prière de leur pasteur, les échevins de la ville écrivirent au due de Béthune, gouverneur du Boulonais. pour avoir son consentement. Le duc, aussi grand par sa piété que par sa noblesse, prit à cœur la demande de la ville: animé du plus pur zèle de la gloire de Dieu, il usa de tout son crédit pour faire aboutir le projet. Il vit k' supérieur des Frères et joignit ses prières à celles du curé et des échevins de Calais pour obtenir les maîtres si désirés.

M. de la Salle' reçut cette demande comme un ordre de la Providence, ei il désigna deux 1 pères pour ouvrir l'école de Calais. Le due de Béthune vil les deux Frères avant leur dépari de Paris; il les recommanda aux habitants de Calais par une lettre signée de sa main et scellée

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de ses armes. M. Bignon, alors intendant d'Artois et de Picardie, les prit sous sa protection. L'évêqùe de Boulogne. Pierre de L'Angle, qui avait Calais sous sa juridiction, permit de commencer les classes, bénit les Frères et les recommanda par un mandement au peuple de Calais.

Grâce à la prudente lenteur de M. de la Salle, l'école de Calais s'ouvrit donc sous les meilleurs auspices ; le pouvoir civil et l'autorité religieuse rivalisaient de bienveillance et de zèle envers les Frères. A leur arrivée, ces humbles instituteurs furent l'objet d'un accueil enthousiaste; entrés en exercice le 19 juillet 1700, ils virent promptement leurs classes remplies des enfants qu'amenait la confiance des familles. Mais personne ne se montra plus heureux que le vénérable doyen, M. Ponthon.

Dans son empressement, le vieux curé n'avait qu'imparfaitement assuré la subsistance des Frères. La ville avait logé les maîtres au collège et leur payait une modique rétribution. Mais cette pension était insignifiante. M. Ponthon écrivit au marquis de la Vrillière pour obtenir, par son entremise, une subvention du roi. Ce fut le dernier service qu'il rendit aux Frères, car il mourut peu de jours après; et son neveu, à qui il avait résigné sa cure, le suivit de près dans la tombe, victime de sa passion pour l'étude. Mais, en perdant ces deux protecteurs, les Frères ne furent pas privés de tout secours humain.

En effet, le marquis de la Vrillière répondit de Versailles, le 12 juin 1701, à la lettre de M. Ponthon : « Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite le .') de ce mois touchant les maîtres d'école de Calais: j'en rendrai compte à Sa Majesté au premier conseil où il sera parlé des affaires concernant les nouveaux convertis, et je manderai à M. Bignon ce que Sa Majesté aura résolu. Vous leur marquerez d'avoir patience jusque-là, et de continuer à bien remplir leurs devoirs. » Celte

démarche valut à la communauté des Frères une subvention de £50 livres. La même somme leur fut allouée en 1702, à la prière du duc de Béthune1. D'après Maillefer, les magistrats de la ville adressèrent au roi une requête, sans doute en vue d'obtenir une allocation fixe. Louis XIV accorda une pension annuelle de 300 livres . et le reste de l'entretien fut supporté par la municipalité i.

Le succès de cette première école inspira à un prêtre zélé le désir d'en fonder une seconde. M. Le Prince, chapelain des matelots , résolut de procurer à leurs enfants le bienfait de l'instruction chrétienne. Ces enfants, livrés à la pêche dans leur jeune âge, grandissaient sans instruction, dans une ignorance déplorable des mystères de la religion et de leurs obligations. Mais il fallait une maison, des Frères, des ressources pour les faire vivre. La Providence pourvut à tout.

M. Le Prince s'ouvrit de son projet à M. de Thosse, président de la ville. Celui-ci, de concert avec les échevins, pria le curé de Calais d'en écrire au chancelier de Pontchartrain, pour lui représenter la nécessité d'avoir encore dans la ville de Calais deux nouveaux Frères pour instruire les enfants des matelots, et pour le supplier d'obtenir de Louis XIV, sur la place du Courtgain, un ancien corps de garde qui n'était pas occupé3.

La réponse du chancelier, en date du i mai 1703, fut favorable : « J'ai reçu la voire du 2i avril. J'ai expliqué à M. Bignon, intendant de Picardie et d'Artois, les intentions de Sa Majesté au sujet des Frères des écoles chrétiennes pour l'instruction des enfants de matelots du Court-gain. Vous n'avez qu'à vous adresser à lui, et il pourvoira à leur subsistance. » En même temps, il ordonnait a M. Bignon de céder remplacement du Court-gain

1 Blain, p. 383. — •' M mi 1 1 : . it. p. 152. — 3 H i vin. p. 383, et Mail-

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et d'imposer les habitants du quartier pour les frais du bâtiment nécessaire aux Frères et aux écoles.

La Douvelle école ne fut ouverte qu'en 1705. Tant que

vécut Louis XIV, il voulul concourir à la pension des deux Frères par une subvention de cent cinquante livres. Voici en quels termes fut expédiée l'ordonnance : <■ Gardes de mon trésor royal, payez et délivre/ comptant aux Frère- des école- chrétiennes de Calais la somme de cent cinquante livres que je leur ai accordée par gratification, en considération des peines et des soins qu'ils prennent pour l'instruction des matelots qui servent sur mes vaisseaux l. »

Supprimée en ITlo par le régent, cette allocation fut' rétablie dès le 19 juillet 1716, par le jeune Louis XV, à sa majorité. Une autre subvention de cent cinquante livres, qui. avant l'arrivée des Frères, avait été servie à un vieillard dévoué aux matelots, fut aussi attribuée aux écoles chrétiennes. A ces ressources venues de la cour, la ville de Calais joignit plus tard une somme de neuf cents livres prise sur les octrois. Ainsi se trouva assurée la subsistance des maîtres de Calais.

M. de la Salle avait suivi avec intérêt toutes ces néeodations. Dans les commencements, il écrivait souvent aux Frères pour les maintenir dans leur première ferveur. Cependant il ne les visita qu'en I 716. Il y fut alors reçu avec les plus grands honneurs : les magistrats de la ville vinrent lui présenter leurs respects ; le cure de Calais le lit officier solennellement et prêcher le jour de l'Assomption, afin de contenter le peuple, qui voulul voir et entendre le Saint. Mais personne ne montra plus d'empressement à le recevoir qu'un vertueux laïque, M. Gense. Il était à la table de M. Censé, lorsqu'il s'aperçut qu'un peintre caché derrière la tapisserie

1 Blain , p. 384.

prenail son portrait. C'en fut assez pour effrayer son humilité et lui l'aire hâter sou départ de Calais.

Le nom de M. Gense reste gravé, dans les fastes de l'Institut, au rang des meilleurs amis et des protecteurs les plus dévoués des Frères. Cet homme, cpie son humilité seule tint éloigné du sacerdoce, se faisait remarquer par sa haute piélé et par l'ardeur de son zèle : il s'était rendu terrible aux huguenots, qu'il poursuivait jusque dans leurs assemblées. Après ses courses apostolique-. sa plus grande joie était de se reposer chez les Frères, de participer à leurs exercices, de s'édifier à leurs récréations. Sa parole, chaude et entraînante, valait pour les Frères les plus salutaires exhortations.

« Vous êtes, leur disait-il, comme ces glaneurs qui courent, sur les pas des moissonneurs, ramasser çà et là les épis négligez et louiez aux pieds. Votre consolation est que le nombre en est si grand que vous pouvez les recueillir à pleine main, et en remplir les greniers du Père céleste. Si vous ne montez ni à l'autel ni en chaire, si vous n'entrez ni dans le tribunal de la pénitence ni dans le baptistère, si vos fonctions ne vous mettent pas l'encensoir à la main, pour offrir dans le temple de l'encens au Très-Haut, au moins avez-vous l'honneur de lui préparer des temples vivants et de travailler à la sanctification de la jeunesse la plus délaissée. Si votre ministère est le moins brillant , il csl aussi le moins exposé. S il y en a dans l'Eglise de plus honorables, il n'y en a guère de plus utiles. On v voit assez de moines et de religieux, mais on n'y voit pas assez de catéchistes destinez par état à instruire la jeunesse1. »

1 Blain, p. 387.

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