‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 161 sur 320 · S VI · texte numérisé non relu

S VI

LE FRÈRE GABRIEL A ROME i 1700). — II. V COMMENCE UNE ÉCOLE (1705' CORRESPONDANCE ACTIVE QUE M. DE LA SALLE ENTRETIENT AVEC LUI

Ce fut dans la période de progrès où nous sommes arrivés, que l'Institut envoya pour la première fois des Frères au centre de la catholicité. Ils avaient pour mission principale d'obtenir du pape Innocent XII des bulles d'éreclion pour leur communauté. Dès l'année 1694, les Frères avaient exprimé le désir d'être approuvés de Rome ; leur sage supérieur, toujours fidèle à observer les moments marqués par la Providence, n'avait pas jugé que les circonstances fussent alors favorables. Après le pillage de l'école Saint-Placide, en 1699, les Frères, pour mieux se protéger contre leurs ennemis, firent de nouvelles instances ; lorsque le roi Jacques II visita les jeunes Irlandais en compagnie du cardinal de Noailles, ils supplièrent Sa Majesté de leur servir de médiateur auprès du pape pour obtenir les bulles1.

Jean-Baptiste se décida alors à députer vers Rome deux de ses Frères. Certes, aucune démarche ne pouvait mieux convenir à son cœur de prêtre catholique. Il était heureux « de planter l'arbre de sa société et de lui faire prendre racine au centre de l'unité, à l'ombre, sous les yeux et sous les auspices du Saint-Siège; — de la fonder sur la pierre solide, sur cette pierre contre laquelle les portes de l'enfer ne peuvent prévaloir, et de l'attacher à cette Église qui ne peut ni périr ni faillir ; — de se faire une voie pour aller, aux pieds du vicaire de Jésus- Christ, demander l'approbation de ses règles et de ses constitutions, et la grâce, pour ses frères, de faire les

1 Maillefer . p. I '),j- 1 56.

trois vœux de religion1. » D'ailleurs, la présence de ses Frères à Home garantirait la pureté de sa foi, sa fidélité au Siège apostolique sa soumission aux décisions pontificales, dans un temps où les enseignements du pape étaient si vivement contestés en France par le jansénisme.

Sun choix tomba sur le frère Gabriel et sur le frère Gérard. Gabriel Drolin, homme pieux, instruit, de bonne éducation, qui ne manquait ni de tact ni de prudence, était l'un des plus anciens membres de l'Institut. En 1691, il avait fait vœu, avec Nicolas Vuyart et M. de la Salle, de ne jamais abandonner l'œuvre des écoles. Il avait toujours occupé des postes importants; après avoir longtemps dirigé 'école de Laon, il avait été placé, en 1698, à la tête de l'école très florissante de Rethel. Quant au frère Gérard, ancien trappiste, c'était un homme inconstant, que M. de la Salle jugeait sans doute plus propre à servir de compagnon de voyage qu'à tenir une situation régulière -.

M. Guiart, chanoine de Laon. et M. de la Salle munirent 1er- deux Frères de lettres de recommandation près du cardinal César d'Estrées, ancien évêque de Laon. alors chargé des affaires de France à Rome. Puis, le frère Gabriel el le frère Gérard ayant pris à genoux la bénédiction de leur bien-aimé père . ils se mirent en route vevs le mois de juin 1700 3. Ils avaient reçu de leur supérieur cent francs pour le voyage, sans doute tout l'argenl de la communauté4.

1 B) vin, p. 392. — - Nous ae faisons que reproduire ici l'opinion même du Sain! sur le frère Gérard, exprimée dans une lettre du 23 décembre 1702, h" 72. — :: Nous adoptons cette date, parce qu'après mur examen nous la croyons la plus probable. Bi un, p. '■'<:*■' et 394, rapporte 1 .' le dépari du frère Gabriel; mais ce doil être une erreur, car la lettre <ln 23 décembre 1702 suppose que le frère Gabriel esl <lrjà à Rome depuis assez longtemps. Maillefer, p. 156 el p. 247, donne des versions contradictoires: p. 156, le dépari esl en 1700; p. 247, il y a une première tentative en 1694; p. 156, les Frères arrivent après la morl d'Innocent XII; p. 247, ils sont présentés à Innocent XII. — * Maillefer, p. I 56.

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