LES LA SALLE DE REIMS XXXIII
d'Ogny, nous ne saurions le dire. D'après un livre d'Heures conservé à la bibliothèque de Reims. Menault de la Salle, homme d'armes du roi Charles VIII, aurait combattu, en 1487, à côté du maréchal de Rohan dans une expédition de Bretagne et, en 1495, à côté de Bavard dans l'expédition de Naples. Mais l'authenticité de l'inscription qui relate ces faits a été contestée par M. Léopold Delisle . en 1888 '.
Il est du moins certain que Menault de la Salle , né à Reims, s'établit à Soissons vers i486. Il y épousa Elisabeth Tonnart. riche héritière de commerçants"2; car Menault, s'il porte un nom illustre . partage le sort de nombreux cadets de cette époque : il est peu fortuné. Intelligents et actifs, les La Salle de Reims vont relever leur fortune et leur situation par de brillantes affaires.
Le fils de Menault, Lancelot Ier, contracta une très honorable alliance par son mariage avec Marie Rivelart de Vailly. Deux fils de Lancelot Ier, Menault et Lancelot II. s'établissent à Reims, où des pièces authentiques, publiées par M. Jadart 3, nous les montrent tenant, dès 1556, une position considérable. Leur père s'y établit lui-même peu après, en 1561.
Lancelot surtout, le trisaïeul de Jean- Baptiste, attire l'attention. Dès 1556, il assiste au conseil de la ville de Reims4. En 1575, aux débuts de la Ligue, sa fidélité à la cause royaliste le fait accuser de protestantisme et jeter en prison. Dans une minutieuse enquête où comparurent trente témoins , la pureté de sa foi fut vengée et ses vertus furent mises en lumière ; nous y relevons le glorieux témoignage de Jacques Moët , un aïeul maternel de Jean - Baptiste , d'après lequel « le dict de la Salle est hospitallyer et aulmosnier et pitoyable aux pauvres dont il voit souvent; entretient de povres petits enffans aux escolles, et après les
1 Jadart, Revue de (Champagne et de Brie, octobre 1888. Demaison, Revue..., mars 1889. Nous renvoyons aux articles publiés eu 1888, 1889, 1892, 1896, dans la Revue de Champagne et de Brie, par MM. Jadart, Demaison, Bonvalet , ainsi qu'aux Origines de la famille de la Salle, publiées par M. l'abbé Dubarat , dans le Bulletin catholique de Bayonne, en 1887. — 2 La généalogie de M. de la Salle de Lélang dit expressément que Menault « se lit mareband à Soissons ». — 3 Jadart, Revue de Champagne et de Brie, 1892. — 4 Ibid.
mect à apprendre mestiers à ses despens, est aymé des gens de bien ' » .
Lancelot II avait épousé Jeanne Josseteau, lille d'Eustache Josseteau . riche marchand de Reims , dont une autre fdle épousa Je lieutenant -général Jean Colbert2. Il en eut neuf enfants, parmi lesquels quatre fils devinrent si opulents, qu'on l»s trouve, en 1592, sur la liste des riches particuliers qui prêtèrent de l'argent au roi pour le siège d'Epernay3.
L'un d'entre eux, François, huitième enfant de Lancelot, devait être Le bisaïeul de Jean- Baptiste. Il épousa Jeanne Lespagnol de Mordam, qui lui donna huit enfants. Ce fut en 1609 qu'il acheta l'hôtel de la Cloche, situé rue de la Chanvrerie, aujourd'hui rue de l'Arbalète; il s'y lixa avec sa famille ;.
Son lils Lancelot, dont la situation était assez florissante pour prendre, comme la plupart de ses cousins, une charge de robe on d'épée, trouva plus avantageux de poursuivre les importa ides affaires de son père5. Il eut six enfants de Barbe Coquebert de Monbret. Laine, Simon, devint seigneur de Létang; le second, Louis, fut le père du fondateur de l'Institut de Écoles chrétiennes B.
Louis de la Salle, né à Reims le 19 septembre 1625, entra dans la magistrature et acquit une charge de conseiller au présidial de Reims. S'il ne (it pas ses preuves à Reims devant Caumartin, et s'il n'est pas inscrit au Nobiliaire de Champagne, c'est qu'il s'était fait inscrire à Paris avec son frère Simon, par d'Hozier, dont le registre porte : «, Louis de la Salle, écuyer, conseiller secrétaire du roi, porte d'azur à trois
1 Jadart, Revue de Champagne et de Brie, Une enquête..., 1896. — 1 Les ColbeH étaienl déjà considérables, à Reims. — 3 Jadart, art. de 1892, dans la Revue de Champagne et de Brie. — ; Cerf, Maison où dut naître /■■ bienheureux, de la Salle, p. 10. Brochure, Reims, 1870. — •' Il m' l';nii pas 'confondre ce Lancelot, aïeul de noire saint, avec un autre Lancelot, son parent sans doute, protestant , qui était gouverneur de Navarrenx en 1620, et rendit la place à Louis XIII. C'est nue erreur commise par l'auteur de l'inscription «lu livre d'Heures conservé aux archives de la maison mère des Frères. A cette époque, plusieurs membres de la famille de la Salle, suivant l'exemple de trop nombreux gentilshommes, étaient protestants. — ' Jadart, art. de 1892, dans «la Revue de Champagne et de Brie.
LA FAMILLE MOEÏ DE BROUILLET XXXV
chevrons brisés d'or1. » Plusieurs de ses proches parents, obligés de faire leurs preuves pour entrer en diverses charges, montrèrent vers la même époque que la race était de noble extraction. Nous citerons entre autres2 : Lancelot. chevalier de Malte; Eustache , exempt des gardes du corps du roi Louis XIV; Simon, conseiller du roi, maitre des comptes à Paris, reçu le 24 janvier 1688; Louis, écuver, conseiller secrétaire du roi, 1697: Jean-Remv. son propre fils, procureur du roi en la monnaie de Reims. Il est du reste qualifié de noble homme dans son acte de décès, en 1672. Il s'allia avec une famille d'antique noblesse en épousant, en 1650, Nicolle Moët , fille de Jean Moét , seigneur de Brouillel.
IL LA FAMILLE MOET DE BROUILLET
Nicolle Moët appartenait à une noble famille de Champagne3. La pièce la plus ancienne du chartrier de famille, faite au nom de Jean Mouët, remonte à 1293. Depuis Colart Mouët, échevin de Reims, en 1351, la filiation ne présente aucune lacune. En avril 1446, les deux frères Jehan et Nicolas Moët furent anoblis par Charles VII ; les titres de noblesse ayant été reconnus par l'intendant Caumartin . la famille fut inscrite au Nobiliaire de Champagne*.
Ce fut en 1555 que Nicolas Moët acheta la terre de Brouillet et en devint seigneur. Mais la famille Moët ne s'y fixa point alors ; à peine y avait- elle un pied- à- terre. Un siècle après seulement, Jean Moët se réservait la maison de Brouillet
1 Biblioth. nat., ms., Armoriai général de France, dresse par Charles René d'IIoziki: , juge d'armes de la noblesse de France, en vertu d'un édit du loy Louis XIV, du mois de novembre 1666. Registre Paris, t. II, p. 658, n° 298. — 2 D'après le tableau généalogique, dressé au milieu du xvm" siècle par Bertin du Rocheret, généalogiste rémois. Bibl. nat., m--., carrés de d'Hozier, livres bleus, La Salle. — 3 Pour tout ce qui concerne les Moët de Brouillet, voir la brochure de M. le vicomte du Fin ut; la Gi érivière : les Aïeuls <lu bienheureux J.-Il. de la Salle à Brouillet, brochure in-8«, Reims, Michaud, ÎS'.IT. — ' Le 9 août 1668. Jean Moët obtient de Caumartin une maintenue de noblesse. Ibid., p. 64.
pour l'habiter : la réserve en est faite expressément dans les baux de 1662. Bien des fois sans doute, Jean-Baptiste de la Salle accompagna son vénérable aïeul à la campagne du Brouillet, e( v reçut de lui les leçons et les exemples de la piété. Jean Moët, né en 1599, épousa Perrette Lespagnol, dont il eut quinze enfants. Huit d'entre eux moururent en bas âge ; les sept autres, au nombre desquels était Nicolle , la mère de Jean- Baptiste, furent élevés par leurs vertueux parents dans le plus pur esprit de foi. Jean Moët était dans la magistrature ; il tenait une place de conseiller au présidial. Comme il habitait la paroisse Saint -Hilaire1, il était à peu de distance de l'hôtel de la Cloche, où vivait Lancelot de la Salle. Les deux familles, de rang à peu près égal, étaient unies par d'étroites relations. En 1650, Jean Moët donna en mariage sa plus jeune (ille, Nicolle, au second fils de Lancelot, Louis de la Salle.