‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 220 sur 320 · CONDAMNATION DU SAINT · texte numérisé non relu

CONDAMNATION DU SAINT

comme bon luy semblera. Ce faisant, ordonnons que ledit sieur de la Salle, ou les Frères de L'école qu'il y a mis , seront tenus d'en sortir pour le terme de la Saint- Jean, sinon les meubles mis sur le carreau. Condamnons ledit sieur de la Salle à payer au demandeur les loïers de ladite maison jusqu'au jour qu'il sortira des lieux. Si mieux n'aime le deffendeur acquitter le demandeur de la somme de huit mille livres et arrérages de laditte somme deùe à laditte Poignant, à laquelle il s'esl obligé pour luy faire plaisir; comme aussi de lui rendre la somme de cinq cent vingt-cinq livres, contenue en sa promesse du 27 juin 1710, dans trois jours au jour de la signification des présentes, sinon notre présente sentence exécutée purement et simplement. Avons pareillement condamné le défaillant d'acquitter le demandeur de toutes tes sommes et demandes des sieurs Clément et fils, et auxquelles il a été condamné par sentence du 11 juin dernier l, qui enthérine les lettres de rescision qu'ils ont obtenues. »

Cette sentence blessait à la fois les délicatesses de l'amitié et les droits de la justice. L'amitié, en effet, faisait un devoir à Rogier de partager la mauvaise fortune de son ami ; elle lui commandait du moins de ne pas l'accabler de ses propres exigences. La justice lui défendait de se faire attribuer une maison, dans l'acquisition de laquelle il n'avait que prêté son nom, pour laquelle son ami avait versé la somme de cinq mille deux cents Livres. Il est vrai qu'il proposait de la rendre à M. de la Salle, si celui-ci consentait à donner les huit mille livres cl les arrérages qui restaient à payer. Mais, de fait, la maison lui demeura, et il se trouva ainsi détenteur dr> cinq mille deux cents livres de son ami. De plus, ses procédés étaient indignes. Il ne donnait aux Frères que

1 Nous n'avons pas pu mettre la main sur celte sentence du I I juin. parmi les pièces du Châtelet.

trois jours pour se décider, lorsqu'il savait que M. de la Salle c'-lail à deux cents lieues de Paris; huit jours pour évacuer la maison, sinon les meubles seraient mis sur le carreau.

Revenu à lui-même, Rogier dut trouver sa conduite étrange. Dans son teslamcnl.il donna, en effet, des signes non équivoques de regrel ; car, pour réparer l'injustice commise, il légua trois cent soixante livres de rente à M. de la Salle, en ajoutant ces mots : pour raison de conscience. Au lieu de la rente, le serviteur de Dieu put avoir le capital, cl ce lui fui alors d'un grand secours pour acheter, en 1718, la maison de Saint- Yon.

Les assignations et les sentences étaient transmises à M. de la Salle absent, à mesure qu'elles étaient présentées aux Frères. Le frère Barthélémy, avec une simplicité dont il ne soupçonnait pas les conséquences, envoyait Ion les les pièces dans leur teneur, sans leur faire subir aucune correction. Or ces pièces étaient rédigées dans des termes fort injurieux à la personne du supérieur des Frères. On avait affecté de ne pas le designer comme supérieur des Frères de Paris. Dans la sentence du 31 mai, il était appelé : « sieur de la Salle, prestre, se disant supérieur général des Frères de l'écolle chrestienne de la ville de Rheims. » La sentence du 15 juin était plus sèche encore; elle le nommait simplement : « prestre du diocèse de Rheims. »

Cette désignation lui prouvait une ibis de plus que ses adversaires n'avaient pas désarmé : ils avaient en assez d'influence pour lui enlever officiellement le titre de supérieur des Frères de Paris. Mais dans celle lutte, qui durait depuis dix ans. il avait été du moins console par l'affection de ses enfants. Or, voilà que les Frères euxmêmes acceptaient sa déchéance, puisqu'ils lui envoyaient, sans protestation, des pièces qui supposaient qu'il n'était plus leur supérieur. Tant de fois on avait essaye'' de les séparer de lui ! 11 lui sembla que la séparation était enfin consommée cl acceptée.

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