‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 219 sur 320 · PROCES CONTRE LE SAINT · texte numérisé non relu

PROCES CONTRE LE SAINT

Mais il comptait sans la trahison. S'il pouvait tout craindre de l'abbé de Saint-Calais. devenu son ennemi, il avait du moins le droit d'espérer en ses amis. Ses amis eux-mêmes lui manquèrent.

L'abbé de Saint-Calais mit. à livrer le serviteur de Dieu, autant de zèle qu'il en avait déployé pour K- gagner à ses desseins; car il recouru! à l'intrigue pour intéresser à sa cause les amis de son père. Le 17 lévrier, il reçut de la chancellerie des lettres de rescision annulant, sous prétexte qu'il n'était pas majeur , tous les engagements qu'il avait signés. Trois jours après. 20 février, il présentait au Ghâtelet une requête pour que ces lettres de rescision fussent entérinées, et pour rentrer en possession des sommes d'argent qu'il avait . de son plein gré, versées à l'œuvre de Saint-Denis.

De son côté, Rogier, cet ami intime dont M. de la Salle invoquait le témoignage et à la loyauté duquel il avait foi, Rogier trahit aussi sa confiance. Au lieu d'identifier sa cause avec celle de l'accusé, comme l'amitié lui en faisait un devoir, il se porta partie civile dans l'affaire, et demanda, au mépris de toute justice, dans sa requête du li mars, que la maison de Saint-Denis lui fût adjugée en vraie propriété.

Enfin les personnes de crédit auxquelles M. de la Salle avait remis son Mémoire el les pièces à conviction, pour servir à sa défense, l'abandonnèrent à leur tour. Elles confièrent le dossier à des avocats prévenus qui se tournèrent contre l'accusé . el elles ne lirenl aucun usage de leur puissante influence pour le sauver d'une si grande iniquité. Il était évident que. dans une cause pourtant 81 juste, le serviteur de Dieu était la victime de manœuvres secrètes, et que le ressentiment d'ennemis dissimulés trouvait son compte dans l'accusation portée par les Clément.

M1"' M. 'le la Salle arriva ;'i Avignon vers la lin du Carême 1712. Blain,

t. II. p. 81.

Un jugement rendu dans ces conditions, en l'absence de l'accusé , sous Faction de tant d'influences coalisées contre lui, ne pouvait être que défavorable. Il fut à la fois humiliant et injuste.

Par sentence du 31 mai1, le tribunal du Châtelet annula définitivement tous les actes signés par l'abbé de Saint-Calais, obligea M. de la Salle à lui rendre la reconnaissance des cinq mille deux cents livres, puis le condamna à restituer deux mille trois cents livres que le jeune Clément avait versées à deux reprises différentes en faveur du séminaire des maîtres. L'arrêt se terminait par cette phrase : < Faisons défenses audit sieur de la Salle d'exiger des enfants mineurs de pareils actes et de l'argent, et d'user de pareilles voies, et le condamnons aux dépens. »/Ce n'était donc pas assez, pour l'abbé de Saint-Calais, d'infliger une perte de sept mille cinq cenls livres, sans compter les frais du procès, à un homme qu'il avait supplié à genoux de se prêter à ses désirs: il lui fallait outrager sa mémoire et perdre son honneur, en faisant déclarer par le juge qu'il était homme à suborner des mineurs et à extorquer de l'argent.

C'était par ce honteux procédé que l'abbé de Saint- Calais débutait dans la vie. La suite répondit à ces commencements. En effet, quelques aimées plus tard, l'abbé Clément fut condamné à mort pour des crimes d'Etat, dans la liquidation de la compagnie des Indes; la peine fui toutefois commuée en prison perpétuelle.

Une autre sentence l'ut prononcée au Châtelet. le 1") juin, en faveur de llogier contre M. de la Salle2. En voici les termes : « Ordonnons que la maison sise à Saint-] >enis, qu'il a acquise par contrat du 2i octobre I 708 de la demoiselle Poignant, lui appartiendra en pleine propriété, de laquelle luv avons permis de disposer

1 Archives nationales, Y. 5556, sentence du ->1 mai. — - Archives nationales, Y. 5556, sentence du 15 juin.

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