‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 236 sur 320 · SOUMISSION A LA BULLE UXIGENITUS · texte numérisé non relu

SOUMISSION A LA BULLE UXIGENITUS

pape avait suffi, par elle-même, pour fixer ses idées. Déjà il s'était défait du livre de Quesnel. La condamnation qu'en avait faite l'archevêque de Paris, quelques années auparavant, lavait trouvé soumis; car, alors, il avait arraché le livre de sa bibliothèque, et l'avait remis à M. le curé de Saint -Sulpice, tant il était délicat sur 1rs questions touchant la foi! Mais, une fois la Bulle publiée, il crut remplir un devoir sacerdotal en poursuivant avec Bêle les doctrines réprouvées.

Il réunit les Frères de Grenoble, leur lui et leur commenta la Bulle avec la lettre pastorale de l'évêque, expliqua les cent une propositions extraites du livre de Quesnel, et, de la sorte, immunisa leurs âmes contre le venin subtil de ces mauvaises doctrines.

Il ne rougit point de manifester ses sentiments au grand jour; et ce fut une grande joie pour les fidèles catholiques de Grenoble de se voir appuyés par l'exemple d'un homme dont la sainteté éclatait aux yeux de Ions. I ne remontrance sévère, faite à une personne de dévotion qui gardait le livre condamné, fut connue du public : " Quoi! lui dit-il, vous gardez un livre que l'Eglise vient de proscrire ! Les anathèmes lancés contre ceux qui le détiennent n'ont-ils rien de quoi vous effrayer? La lecture de ce livre... et l'exemple de l'auteur... vous ont-ils appris à rire, comme tant d'autres, de ces terribles foudres de l'Eglise, el à vous délivrer de cette peur eomme d'une peur chimérique1?» l)cs paroles si fermes réveillèrent la conscience de cette chrétienne abusée: elle remit le livre à M. de la Salle, qui le brûla.

Son zèle lui suscita des haines du cote du parti: niais les calomnies qu'on répandit contre lui n'eurent aucune prise dans une ville qui appréciait sa vertu personnelle, et qui admirait >Hu œuvre dc< écoles.

Il semblait sortir de ses habitudes de calme et de

1 Bi.ain. I. II. p. 221-222.

réserve lorsqu'il s'agissait des intérêts de la foi; il sacrili;ii( même de légitimes espérances plutôt que de faire des concessions sur ce point. D'après une déposition du frère Bernardin1, il refusa un évêché que des appelants lui offraient pour le gagner. A Rouen, il renonça à une somme d'argent, dont il avait un besoin extrême, de peur de donner par là des gages suspects au bienfaiteur appelant qui la lui offrait. L'année même de sa mort, il protesta, par une lettre très vive que nous citerons en son lieu2, contre l'abus qu'on avait fait de son nom en l'inscrivant à Calais sur une liste d'appelants. Lorsqu'il fut rentré à Paris, en août 1714, il s'abstint de rendre visite au cardinal de Noailles, dont les sympathies lui étaient pourtant bien connues, parce que cette visite eût pu passer pour une adhésion au malheureux appel interjeté par le prélat3.

Ses lettres et ses ouvrages portent la trace de cette vigoureuse intrépidité à défendre la foi. Il écrivit à sœur Louise pour qu'elle entrât dans ces sentiments de zèle, et qu'elle conjurât, par ses ardentes prières, la crise dont souffrait l'Eglise. « J'apprends avec bien de la joye, manda-t-il un jour à M. Gense, le zèle que vous avez pour maintenir la religion, qui es! si troublée présente-; ment dans ce royaume; vous voulez bien, monsieur, que je m'unisse avec vous pour la même fin, puisque Dieu m'a fait la grâce de m'y employer jusqu'à présent. Je ne manquerai pas de le prier instamment qu'il donne à votre zèle sa bénédiction et un heureux succès, afin qu'il soil comiiK' une barrière contre tout ce que le démon enlreprend, dans le temps où nous sommes, pour ôter la paix à l'Eglise '. »

Les instructions qu'il donnait à ses disciples sonl résumées dans cette maxime du^lvre du Recueil5: ■< Alla-

1 D'après mu- copie que nous trouvons aux archives dos Frères. — Voir plus loin. p. 601.— ! Bi un, p. -2-2:1. — « Ibid., p. 228. — 5 Recueil de différents petits traités, p. 154. Édition de 1711; Avignon.

Page 1