LE SAINT MAINTENU SUPERIEUR
la sainlc messe chaque jour devant les Frères, entendait leurs confessions, leur donnai! des conseils de direction, et leur faisait, les dimanches et jour- de fête, une instruction religieuse d'une demi-heure. C'est ainsi qu'il vécut, toute une année, jusqu'à son dépari pour Sain f - Ion. moteur invisible de la vie de l'Institut.
La situation était fort délicate à l'égard (\i\ supérieur ecclésiastique. NI. de Brou, tout en prenant garde de ne rien régler sans lui, ! observait avec une certaine défiance. Il s'étonna de le voir confesser les Frères, après son retour, simplement, comme si rien n'eût été changé par son absence. Il fallut lui montrer les pouvoirs étendus et illimités que le cardinal de Xoailles avait accordés depuis longtemps au vénérable fondateur.
M. de Brou s'inquiétait surtout de la succession d< M. de la Salle. Il lui adressa un questionnaire assez insidieux : << Quels seront, ci-après, les supérieurs de la communauté des Frères? Quels en seront les vœux? A ([in s adressera-t-on . lorsqu on voudra faire des établissements? De combien sera la pension? Quelles seronl les Règles de la Société l?
Comme ces questions n étaienl pas de la compétence de M. de Brou, M. de la Salle aurait pu se dispenser d'y répondre. Avec une condescendance inspirée par le désir de la paix, il répondit cependanl au questionnaire. La première question, seule, fui passée sous silence. Mais c'é/tail précisément celle qui intriguait le plus M. de Brou. Pour obtenir de force une réponse, il lil suspendre le payemenl de la pension due aux Frères. Devant ce procède de siège. M. de la Salh ne capitula point. S'il se lui. les Frères donnèrent à -a place une réponse évasive , donl M. de Brou se contenta, parce qu'il dut comprendre, à la réflexion, qu'il était sorti de- bornes de la discrétion. Lorsqu'il appril la solution donnée, le
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serviteur de Dieu ne put s'empêcher de dire aux Frères: « Ah! mon Dieu, ([ue vous m'avez ôté de dessus le cœur un poids pesanl ' ! »
C'est vers la fin de l'année 1714 que se place la singulière histoire du chevalier d'Armestai -. Brillant officier de famille allemande, avant servi dans les années de l'empereur sous 1rs ordres du prince Eugène, le chevalier d'Armestai passail à Lyon, lorsque la curiosité le porta vers uni' possédée célèbre qu'on exorcisait. Dès qu'il mil le pied dans l'église, la possédée l'apostropha vivemenl el lui dil : « Tu ne crois pas qu'il y ail des démons, mais lu éprouveras un jour leur fureur. » Frappé de ces paroles, le jeune chevalier résolut d'abjurer le luthéranisme. En peu de temps, il se fil instruire de la foi catholique et prononça son abjuration entre les mains de l'archevêque de Lyon.
Etant venu à Paris, il prit pour directeur un prêtre de Saint-Sulpice, qui lui conseilla de se retirer dans la communauté de M. de la Salle. Le serviteur de Dieu le reçut en efl'el avec bonté le S octobre 1714. et l'appliqua, dès le lendemain, aux exercices du noviciat.
Le nouveau converti avait à peine mis le pied dans la maison, qu'il souffril d'un mal étrange: les plaies de ses anciennes blessures se rouvrirent, des visions effrayantes vinrent l'assaillir; tantôl il s'agitait violemment comme pris de fureur, tantôl il exhalait sa douleur en longs soupirs et en profonds gémissements, puis il perdait connaissance durant plusieurs heures, (.es crises extraordinaires épouvantaient les Frères, el, chaque fois qu'elles se renouvelaient . ils croyaient le malade prêl à rendre l'âme. I ne première fois, ils lui firent administrer l'Extrème-Onction ; dans un autre accès, il recul le saint Viatique.
I ■ près i '■! vin, I . II. p. 125-127 , <■! Maillefeh,
LE CHEVALIER D'ARMESTAÏ
La malheureuse victime pensa qu'elle sérail guérie, si on lui accordai! la faveur du saint habit. L'habit de Frère contenta le malade, mais ne le sauva point de nouvelles attaques.
Après avoir examiné avec attention le cas de l'infortuné novice. M. de la Salle le traita comme un possédé, et il eut recours aux prières que l'Eglise prescrit pour In délivrance dv> énergumènes. Trop sage pour faire de l'éclat à propos de celle affaire, le Saint s'enferma dans la chambre du malade pour faire sur lui dv> exorcismes. Par la bénédiction qu'il donna aux prières de son humble serviteur, Dieu délivra entièrement le jeune homme de l'esprit mauvais qui le tourmentait.
Il ne persévéra pourtant point dans sa vocation. Soit infidélité à la grâce, selon Blain, soil pour obéir à des gens qui le crurent impropre à l'œuvre <\c^ écoles. d'après Maillefer, le chevalier d'Armestat rentra dans le monde.