LES IDEES DE M. DE LA CHETARDYE
M. de la Salie cl M. de la Chétardye étaient également sincères cl zélés : avec une égale loyauté, tous dvux suivaient leur idée. Ce n'est pas la première lois que deux hommes de grand mérite diifèrenl dans la conception dune même œuvre; ers divergences n'impriment aucun déshonneur à la mémoire de ceux qui suivenl leur conscience. Dans le cas présent, ce lui l'idée de M. de la Salle <|iu triompha. Il était juste que l'Institut demeurai Ici que son fondateur l'avait conçu. D'ailleurs, la suite lui donna raison: car c'est dans l'unité de son organisation que 1 Institut trouva sa puissance de conservation cl de développement.
Deux jours avant sa mort. M. de la Chétardye avait résigné sa cure en laveur de M. Langue! de Gergy, homme actif et dévoué, ami des Frères, qui, depuis 1706, avait la charge de veiller spécialement an recrutement des enfants des écoles.
M. de la Salle, après avoir rapidement traversé Lyon el Dijon, arriva à Paris le 111 aoù! 1714. 11 se présenta, moins en maille qui veut commander qu'en inférieur prêt à obéir, aux Frères qui l'avaient appelé. < Me voici arrivé, leur dit-il, (pie voulez- vous de moi? » Ce qu'ils voulaient de lui. leur lettre l'avait exprimé clairemenl : c'était qu'il reprît le gouvernement général de l'Institut. Ils avaient assez souffert de son absence, et ils redoutaient trop les modifications qu'on menaçait de faire subir à leurs règles, pour ne pas le conjurer d'agir en 'oui. et seul . comme leur supérieur.
Telle n'était point la pensée de M de la Salle. Danson humilité, il se croyait désormais nuisible à 1 Institut ; il souhaitait que. pour reparer ce qn il appelait ses fautes, un autre supérieur lût élu. D'ailleurs, une considération d ordre majeur lui paraissait imposer sa démission En effet. l'Institut ne garderai! -on autonomie et -es traditions, que -il axait un supérieur général choisi parmi les Frères: celle conviction était >i profondément cura-
cinée dans son esprit, que, dès 1694, il avai . i des Frères le vœu de n'élire, après lui, qu'un Frère pour supérieur. Or le moment semblail venu de mettre à exécution ce point fondamental i\c> constitutions : c'étail possible alors; plus lard, ce sérail peut-être impossible. C'étail possible durant sa vie, parée que, du dehors, personne n'osai! s'immiscer pratiquement dans les affaires de l'Institut. Mais, après s;i mort, ne serait-ce poinl impossible.? Les compétitions el les intrigues des étrangers n'aboutiraient- elles poinl a leur faire donner un prèlre pour supérieur? Il étail important que la tradition s'établîl de son vivant; il sérail plus facile, après sa ip.ol'I . di- la maintenir.
Ce raisonnement étail forl sage; mais les Frères n'en goûtèrenl poinl la conséquence. Ils partageaient assurément la pensée de leur père sur le fond de la question; mais ils n'étaienl pas d'avis qu'on en précipitât 1 application. Pour sortir définitivement de la longue el redoutable crise qu'ils venaient de traverser, il fallait (pie M de la Salle prît en main le pouvoir et le gardât jusqu'à ce que l'opinion lui redevenue sympathique à l'organisation de l'Institut. Les Frères refusèrent <\<>uc de décharger M. de la Salir de la supériorité; ils le supplièrent, à genoux cl ci! larmes, de les gouverner encore.
Le serviteur de Dieu n'insista poml: l'heure provi*dentielle n'était pas venue. Mais il se comporta de telle sorte, que la situation nouvelle servît de transition entre I ancien état <Lc choses et le terme définitif auquel il tendait. Le frère Barthélémy continua d'expédier les affaires courantes, el les Frères prirent l'habitude de dépendre de lui. M. de la Salle était là. sans doute, prêt à résoudre les difficultés, s'il en était survenu; mais d se tenait caché, il s'abstenail même de présider les exercices de communauté. Son temps se partageait en l'oraison el la composition d'ouvrages de piété. li die