REGLE DES RECREATIONS
la lecture de table. Mais il - élail promptement convaincu de la nécessité des récréations, laul pour procurer aux maîtres un repos el une détente indispensables, que pour leur donner 1 occasion de pratiquer plusieurs vertus attachées aux relation- sociales. Tout d'abord, il ne régla rien pour ces récréation-, et tout s'y passa avec la plus grande édification. Bientôl après plusieurs défauts - \ glissèrent, comme des cris, des légèretés, (\v< vivacités cl (les saillies d humeur, des entretiens frivoles, qui lui parurent mettre en péril I esprit religieux de ses enfants1. Après avoir mûrement pesé les inconvénients el les avantages des récréations, il jugea bon de les régler. Ce lui en 1694, durant la retraite <le Vaugirard, qu'il prescrivit aux Frères la manière dont ils se comporteraienl en récréation. Il ordonna aux Frères, entre autres chos - » de n y point parler qu ils n aient auparavant salin- le Frère directeur el qu ils n en aient reçu la permission : fie ne parler de personne en particulier que pour en dire du bien : de ne s'informer de rien qui soit curieux ou inutile : de garder le silence dès qu'on se sépare des autres ; de ne faire aucune légèreté, badinerie ou geste indécent; de ne point trop élever la voix, de n'y pas rire avec éclat, de ne point contredire ni improuver ce qui sera dit . [tarée que cela n apparlienl qu'au Frère directeur : enfin de s'entretenir de choses édifiantes qui les puissent portera l'amour de Dieu et à la pratique de la vertu
M. de la Salle attachait à ces prescriptions tant d'importance, qu'il préférait qu'un Frère directeur manquât l'oraison plutôt que la récréation, el qu'il interdisait de recevoir (\c> pensionnaires dan- les communautés, de peur que la liberté de- leurs conversations ne rendît les récréations légères et incompatibles avec le recueillement .
1 Bi.ain, l. Il . p. I '.1-14:!. — - Ibid., p. 136.
.'i7:> DERNIERES ANNEES
Celle règle, austère assurément, pesail à certains Frères. II leur semblail que, dans un exercice fait pour détendre l'âme, il y avait trop de contention d'esprit. Aussi, dans l'assemblée de 1717. ce point vint-il en discussion. Trois ou quatre Frères furent d'avis qu'on en modifiai la rédaction pour en adoucir la rigueur. Après deux séances de délibération, on résolu! à l'unanimité de prendre pour arbitres les supérieurs de diverses communautés : M. de la Salle admit forl bien cet arbitrage, quoique la solution ne lui lui poinl indifférente.
Les arbitres, parmi lesquels était le Père Baudin, directeur alors du noviciat des Jésuites de Rouen, conclurent pour le maintien de l'article tel qu'il était. Une règle, dont les Frères axaient t'ait une heureuse expérience durant vingt-trois ans. et (pie les autres communautés leur enviaient, parut trop précieuse pour être entamée1.
Aux veux du fondateur, le directeur était l'âme de chaque communauté. « Il disait souvent que 1 Institut était entre les mains des Frères directeurs", (pie celait eux qui travaillaient à l'édifier ou à le détruire : (pie sa régularité était attachée à la leur, et (pie la ferveur ne s'y maintiendrait (pic par leur fidélité à la Règle et à leurs devoirs "-'. »
Dans celle pensée, il axait organisé dans l'Institut des prières et des jeûnes pour obtenir de bons directeurs; il se livrait lui-même, dans ce but, à de longues oraisons et à de rigoureuses macérations. Il composa un écrit où tous les devoirs (\v> directeurs étaienl exposés avec détails. Chaque directeur devait en faire la lecture, pour son compte personnel, tous les dimanches cl lous les jeudis; on en ferait la lecture en communauté le premier jeudi de chaque mois, lue telle obligation serrait de près les Frères directeurs. Sans cesse remis en face de leurs obligations, ils ne pouvaient les perdre de xuc;
n. t. II. p. 1 '■::-! '.'.,— - Ibid., t. II. |>. 1 '.:;.
chaque mois ils avaient à subir, en communauté, une sorte d'examen public, qui ne pouvait manquer de les stimuler au bien '.
Ce constant l'appel à l'ordre fut-il douloureux à l'amourpropre, ou parut -il lassant à la faiblesse humaine? Toujours est-il que la règle des directeurs était peu à peu tombée en désuétude, el que plusieurs chefs de communautés négligeaient sur ee poinl leurs devoirs. L'occasion était favorable, à l'assemblée de 1717, pour discuter cette grave question. Les Frères néanmoins ne la soulevèrent point, sans doute parce qu'ils ne jugèrent pas qu'une solution définitive pût être prise avec maturité. M. de la Salle, qui respectait, avec une délicatesse scrupuleuse, l'initiative el la liberté i\e<. Frères, ne la souleva poinl non plus; il espérait que la ferveur de ses disciples les \ ramènerait un joui'.' Son attente ne fut point trompée; car, au chapitre de 172o. les Frères firent revivre ces règlements oubliés, et déterminèrent qu'on en ferait, deux t'ois par an, la lecture en public2. Ils oui élé versés depuis lors dans le recueil qui a pour titre la Règle du gouvernement.
La Règle écrite par M. de la Salle n'a subi, depuis 1717. ([ne de 1res légères modifications. Le changement le plus notable, imposé du reste par la Bulle d'approbation, porte sur le chapitre (\v> vouix. Si nous voulons nous taire une juste idée de l'œuvre religieuse de noire Saml. il nous faut maintenant, la Règle en main, tracer le portrait du Frère des Ecoles chrétiennes5.
Le Frère esl un religieux maître d'école4. II a pour mission de donner gratuitement 5 l'instruction aux tildes artisans el de- pauvres6. Par la science humaine
1 Blain, t. II. |>. 145-146. — '-' ll)i<l.. \k 147. — :! Pour plus de commodité, nous renverrons à l'éditi les Règles >•! Constitutions, actuellement en usage parmi le- Frères. — ' C'esl toute l> signification de l'Institut. — "■ Règles, c. i, n" 1. — " Ibid., c. i, u • ES.
mi il distribue1, il prépape les entants de condition modeste à se faire en ce monde une honnête position. Far [es connaissances religieuses qu'il prodigue, et par les habitudes de vertu qui! l'ait naître, il relève dans le présent le niveau moral de la classe ouvrière, et lin apprend à mériter la juste compensation du bonheur céleste2.
Pour être entièrement voué à un apostolat si social el si chrétien, il ne sera ni prêtre ni clerc3; il s'abstiendra des éludes classiques4, el se cantonnera dans le cercle des connaissances où son enseignement doit se mouvoir. Il brisera lous les liens qui l'allachenl au monde5, el ne s'impliquera dans aucune affaire temporelle6'; ses entants le posséderont loul entier.
Le dévouement désintéresse que comporte sa mission d'apôtre, le maître des écoles populaires ne le trouvera que dans l'espril de loi7 el dans Le zèle (\^<> âmes'. c'est-à-dire dans une vie religieuse intense. Quanl à cette vie religieuse, elle est garantie el conservée par la communauté9. Le Frère sera bon maître s'il est d'abord bon religieux '".
Sa personnalité se fond dans la communauté11.
Son nom de famille, <pi il soil illustre ou obscur, est perdu. Le nom nouveau qu'on lui impose ne le distingue point; il devient, comme les autres, un simple Frère dans la famille religieuse '-.
Règles, c. vu, n° i el u° 5. A pari l' enseignement classique, aucune limite, en fait, n'est imposée aux Frères; ils donnent aux enfants le savoir convenable à leur position. — - Règles, c. i, n" 3, 4,6. — 3 Ibid., c. i, n" 2. — '' Ibid.,- c. wiii en entier. Il csl défendu aux Frères d'enseigner le latin el le grec pour deux raisons : !" la connaissance du latin pourrai! leur donner la tentation d'entrer dans le clergé; 2° par l'enseignemenl classique, ils s'adresseraient à une classe de la société pour laquelle ils n'onl pas été créés. In décrel de la Propagande, approuvé par le Pape le 6 janvier 1900, confirme la règle qui défend :iu\ Frères d'apprendre el d'enseigner le latin. — '■ Règles, c. \i\ . m : — ' 11m. !.. .i" 10. ' Ibid., e. n, n- 2. — s Ibid., n" 9. — " Ibid., c. m, n1 I. — !" Telle n été la pensée qui a porté M. de la S;ille à grouper les maîtres en un< Congrégation. — " Règles, c. m. — IS Ibid., ci, n I .
L'habil séculier fait place au vètemenl uniforme de la religion : une robe de serge noire, descendant jusqu'au talon, fermée jusqu'à la ceinture par dc< agrafes de fer, puis cousue jusqu'au bas1; une capote d'étoffe commune , de même longueur que la robe, avec <\e> manches pendantes jusqu'à (\v\\\ pieds de terre2; un rabal de toile blanche ;. un chapeau à larges bords4, el des souliers à ('■paisses semelles '.
Le Frère n'a plus d'autre famille, plus d'autre pays que sa communauté6. Tous ses mouvements s'opèrenl dans ce milieu religieux . égalemenl préservateur el fécond.
Les exercices se fonl tous en commun, depuis le malin jusqu'au soir. On prie ensemble, on couche au dortoir cl non en chambre particulière; on mange en un réfectoire commun. Les Congés cl les récréations se prennent m communauté: les Frères ne sortent jamais seuls. Le supérieur de l'Institut a seul le droit d'avoir un cabinet pour y écrire". Une école n'a jamais moins de A^\\\ Frères8. Les classes ne sont séparées que par <\v> cloisons vitrées, si bien (pie les Frères se voient les uns les autres, pendant qu'ils enseignenl séparément9. Jusque dans sa piété, le Frère csl astreint à la vie commune: il ne lui est point permis d'adopter dv^ pratiques particulières, ni d'entrer dans une Confrérie ou Congrégation, quelque sainte qu'elle soit '".
Sa Règle, en effet, le saisit durant toute la journée H lui offre tous les secours moraux et religieux dont il a besoin.
11 se lève, en tout temps, à quatre heures el demie. \ ire Jésus d;ms nos cœurs ! tel esl le mol qui lui donne le
Règle du gouvernement, c. u, u° 4. — 3 [bid., n° tj. ' [bid., n" Ib.
— ' Ibid., n" 11.-- '• lbi<]..ii" 20. — " Règles, c. \i\, a0 1 el 3.— : lbid., '•. ni. en entier. — " Bulle, vi°. — ' Règles, c. ix. a°s 12 et 13. — '" Ibid., c. iv, ii" 12. — " [bid., <■. xxix; tout ce qui suit <"-l emprunté i te chapitre du Ht-glement de la journée.
signal du réveil, et il répond : A jamais! A cinq heures, la prière vocale se fait en commun, puis L'oraison jusqu'à six heures. Le dernier quart d'heure peut être consacré à la lecture du Nouveau Testament ou de l'Imitation. La
messe esl à six heures; le Frère y communie au moins deux lois par semaine, le dimanche et le jeudi, parfois plus souvent .
Depuis la messe jusqu'à sept heures un quart, il s'occupe d'études dans la chambre commune. A sept heures un quart, il déjeune au réfectoire et il entend lire, durant ce temps, la Conduite des écoles ou quelque livre d'instruction. Chaque Frère lit à son rang, durant quelques minutes. Le déjeuner fini, on récite, à l'oratoire, les Offrandes à l'Enfant Jésus. — le divin idéal sur lequel le maître doit former ses élèves. — puis trois dizaines du chapelet, et l'on pari pour les écoles.
Les classes commencent à huit heures et finissent à onze, v compris le temps de la messe, si on y conduit les enfants. Après la classe, le Frère étudie le catéchisme. A onze heures et demie, a heu l'examen particulier, puis le dîner.
Pendant le dîner, le Frère entend lire : I" un passage du Nouveau Testament; 2" la vie (Vun saint: 3° un livre de piété; i" un verset de I Imitation.
La récréation se prend en commun jusqu'à une heure: puis les Frères se réunissent à l'oratoire pour réciter le Répons à saint Joseph el trois dizaines de chapelet.
La classe (\\\ soir commence à unv heure el demie et finit à cinq heures. A quatre heures, le Frère l'ail le catéchisme pendant une demi-heure: il fait ensuite réciter la prière du soir, posément el distinctement, puis chanter quelques versets de eau lu pies spirituels. Il renvoie
ensuite ses éeoliers.
De cinq heures à cinq heures el demie, il examine les fautes qu'il a pu commettre et s'occupe d'études. A cinq heures et demie, il fait la lecture spirituelle, précédée de la coulpe cl d une lecture du Nouveau Testament.
A six heures, il consacre une demi-heure à l'oraison; puis il vaque à une élude religieuse, jusqu'au souper, qui est à sept heure-.
Pendant le souper, il entend lire : 1° un passage du Nouveau Testament; 2° un chapitre de l'Histoire sainte; 3° un livre de piété; 4° quelques versets de l'Imitation.
La récréation se prend en commun jusqu'à huit heures et demie; elle est suivie de la prière du soir et de la lecture du sujet d'oraison. A neuf heures sonne la retraite; le Frère se rend alors au dortoir, et il doit être couché à neuf heures un quart.
Si le règlement subit certaines variantes en diverses circonstances, ces modifications sont minutieusement prévues1, de sorte que jamais le caprice individuel ne trouve son compte dans cetle existence régulière.
Prisonnier en apparence d'une règle qui le saisit à toute heure, le Frère jouit en réalité de la vraie liberté des enfants de Dieu. La règle délivre sa volonté au lieu de l'enchaîner; car cette volonté agit dans la pleine possession d'elle-même. Elle agit au début de la vie religieuse, lorsqu'elle accepte les observances; elle agit dans tout le cours de l'existence, parce qu'elle se soumet librement et joyeusement à tous ses devoirs. Affranchie par la règle du joug dune multitude de passions, elle trouve aisées, en religion, des vertus que les mondains ne comprennent pas.
La foi s'y maintient pure par la vigilance des supérieurs -'. Elle est vivante et active dans les âmes, grâce aux lectures et aux études religieuses qui en entretiennent la flamme 3; elle s'avive principalement dans les exercices de la piété K L'oraison quotidienne, la communion fréquente, la con-
1 Les règles particulières à certains jours remplissent les chapitres xxx-xxxvi de la Règle. — 2 A l'exemple du fondateur, les supérieurs de l'Institut ont toujours été très zélés pour garder la pureté de la foi, en 6'attachant aux décisions de l'Eglise et des Souverains Pontifes. — ! Règles, c. n , n«>s 2,3,4. — ' Ihid.. c. m.
578 DKRNIERES ANNEES
fession hebdomadaire , les nombreuses prières vocales. autant de moyens infaillibles pour assurer la vie de foi. Le silence1, gardien du recueillement, lient l'âme constamment unie à Dieu et réfléchie sur elle-même. Hors le temps des récréations, le frère ne parle pas sans nécessité ni sans permission. Soit en allant aux écoles, soit en traversant les rues de la ville, d garde Le silence et dit son chapelet. II possède ainsi ce que le fondateur avait appelé les quatre soutiens intérieurs de l'Institut2 : l'oraison , la présence de 1 )ieu. l'esprit de foi. le recueillement intérieur. Son activité morale est sans cesse tenue en haleine par la mortification3. Aucune macération corporelle ne lui est Imposée par la règle'. Mais, en dehors des pénitences prescrites par l'Eglise, il se soumet à certaines abstinences, et il jeûne le vendredi de chaque semaine5, Pour mortifier l'esprit par l'humiliation, il fait chaque soir la coulpe des fautes qu'il a commises dans la journée, et en reçoit la pénitence6. Une fois par semaine, la coulpe se fait en commun . et chaque Frère dit les défauts extérieurs qu'il a remarqués dans ses Frères7. Chaque semaine aussi, le Frère rend compte au directeur de la maison de toute sa conduite s. Fnfin, tous les ans. les Frères se demandent mutuellement pardon des peines qu'ils se sont causées les uns aux autres0. La reddition de compte de conduite, la coulpe journalière, l'avertissement dv^ défauts sont, avec la manière de bien passer la récréalion, les soutiens extérieurs que le fondateur a donnés ;i <nU Inslilul '".
1 Régies, c. \.\n. — - Ibid.. c. xvi, n° 8. — 3 Ibid., c. v. - ' Ibid., no 1. — " 11,1(1.. h- I e1 2. ' I Intl.. ii" ',.-'■ fbid., n" 10. — 8 Ibid., h- li. Ibus la Règle de 1717. eette reddition de compte comprenait toute la conduite tant intérieure qu'extérieure, et se faisait suivant un questionnaire très détaillé qu'on trouve dans les anciennes éditions du llcciici/. Depuis te décret du 11 décembre 1890, qui réserve expressé ment l'intérieur pour la confession, la Elégie dit que la reddition au Kr.' iv directeur n'est obligatoire que sur ■ l'observance et sur l'emplc Le «leerel se trouve a la lin des Règles, édition de 1895. ' Règle de 1717. e. v. lin. — "' Règles, c. xvi, u" s
La mortification saisi! l'âme sous diverses formes, et la maintient dans la dignité morale et dans la ferveur
religieuse. Par la pauvreté11, elle dégage le Frère de toute attache aux biens de la terre; elle ne lui laisse rien en propre, pas même les habits et les li\res; elle ne lui permet pas de disposer de quoi que ce soi! sans autorisation du directeur. Par la chasteté -, elle en lait un ange dans la chair, elle lui interdit non seulement ce qui blesse la pureté ou la pudeur, mais aussi toute familiarité et tout laisser-aller qui deviendrait un péril. Par l'obéissance3, elle tient la volonté librement captive de l'autorité : c'est Dieu même que le Frère vénère et entend dans notre Saint-Père le Pape, dans les décisions de l'Eglise, dans le supérieur de l'Institut, dans le directeur de la maison qu'il habite.
Et comme la vie surnaturelle relève et sanctifie la nature sans la détruire, le Frère prend grand soin de faire briller en lui-même les vertus qui sont l'ornement dune vie humaine.
Il sera discret4 : il s'abstiendra de parler des maisons de l'Institut, particulièrement de la maison où il vil. Il ne parlera d'aucun des Frères, pas même de ceux qui ne sont plus dans la Société. Il gardera le silence sur son pays, sur sa famille, sur son passé; il évitera de poser à d'autres des questions indiscrètes, principalement sur ce qui se passe dans les autres maisons de l'Institut.
Sa tenue5, toujours irréprochable, sera digne et grave; - - habits, simples et modestes, seront constamment propres. Il ne tournera point légèrement la tète, et prendra garde de ne manifester dans ses regards aucune dissipation; son visage rayonnera dune douce gaieté. sans perdre l'empreinte du recueillement intérieur. Dans la conversation, il évitera de regarder fixement son inter-
1 Règles, c. xix. — - Ibid., c. xx. — :i Ibid., c. xxi. — * Lbid., ■ -. xxn. du Silence. — ' Ibid.. c xxm. de la Modestie.
locuteur; ses lèvres ne seront ni trop serrées, ni trop ouvertes; les mains ne seront ni pendantes, ni dans les poches, et les pieds ne seront point croisés. Sa démarche sera posée, ni lente, ni précipitée, sans affectation ridicule comme sans agitation indécente. Il parlera avec modestie, ni trop haut, ni trop précipitamment, mais comme un homme bien maître de sa parole. Par l'observation de ces règles de modestie, le Frère honore, aux yeux des hommes, son caractère de religieux, et gagne des sympathies qui sont précieuses pour son ministère d'instituteur.
Une vie si parfaite serait fort douloureuse à la nature, si la volonté n'était aidée et comme portée par de nombreux auxiliaires : elle y est formée dans un noviciat, elle s'y attache par des vœux, elle y est sans cesse stimulée* par l'autorité.
L'enfant vient de bonne heure1 contracter des habitudes qui allègent le poids de l'effort; à seize ans il peut être reçu au noviciat-. Durant une année entière, il s'instruit de ses devoirs de chrétien et de religieux; il s'accoutume à observer, par des actes (Tune volonté libre-! meut soumise, des règles qu'on ne doit jamais garder par pure passivité ou inertie de caractère.
A dix-huit ans3, s'il le désire et si les supérieurs le jugent à propos, il est admis à des vœux annuels; à vingttrois ans, sil a cinq années de vie de communauté, il pourra prononcer des vœux triennaux. Quant aux vœux perpétuels, il ne les prononcera qu'après vingt-huit ans accomplis, et après avoir passé par l'épreuve des vieux annuels et des vœux triennaux. La demande des vœux est spontanée de la part du Frère; ils ne lui sont, jamais imposés. El . de peur que sa ferveur ne présume trop de
1 Les enfants sont désormais reçus, à partir de treize ans, dans les petits noviciats. — 2 Règle du gouvernement, c. iv. — :! Règles, c. xvn, <les Vtriix.
sa faiblesse. s;i demande fail l'objel d'un 1res sérieux examen. L'Institut ne garderait pas cependanl . d'une façon indéfinie, le Frère qui ne ferait pas la demande des vœux.
Jusqu'à la Bulle de Benoîl XIII1. le Frère faisait vœu seulement d'association, de stabilité el d'obéissance8. La Bulle a réglé que les vœux seraient < de chasteté, pauvreté, obéissance et persévérance dans l'Institut, et d'enseigner gratuitement les pauvres' ».
Ainsi voué à Dieu, comme un objet sacré, le frère est confié à la garde dune autorité.
La première autorité de l'Institut est impersonnelle : c'est la Règle4. La Règle, rédigée par le saint fondateur, approuvée dans ses articles essentiels par le pape Benoît XIII, à peine retouchée en des point- accessoires par les chapitres généraux, la Règle règne en souveraine. Le supérieur général, élu à vie par le chapitre, en est le fidèle et vigilant gardien 5. Douze assistants, qui résident près de lui et ont été élus par le chapitre, forment son conseil6. Les visiteurs le représentent périodiquement près de chaque communauté7. Dans chaque maison enfin, le directeur incarne la Règle. Rien ne se fait sans lui; mais lui-même ne prend aucune détermination sans en référer au supérieur général8. Ainsi, dans ce puissant organisme, l'arbitraire et l'imprévu sont également écartés.
Formé dans cette école de fortes vertus, encadré comme un soldat dans cette armée où règne une exacte discipline, le Frère est un religieux prêl à tous les sacrifices et à tous les dévouements. C'est l'apostolal de l'éducation, principalement dans les écoles populaires, qui absorbera sa vie : pour ce labeur toujours dur. souvent ingrat, ce n'est pas trop de la trempe vigoureuse qu'il a reçue.
1 Du mois de janvier I72;> : voir à la lin do Règles, édition de 189S.
— - Voir la formule à la iin de la Règle de 1717, |». 110. — ' Hullr, ,v
— ' On lit un chapitre de^ Règles le soir des dimanches el fêtes. — ' Règle du r/ouvernemenl, c. vu cl xi. — ' Ibid., •'. xin. — ll>id., c. xvn.
— s Ibid., c. xix et x\ , cl Règles, c. su.
Le Frère instruira donc les fils des artisans et des pauvres, et il le fera gratuitement : c'est l'essentiel de sa mission1. Accessoirement, et pour préparer à leurs carrières les enfants sortis de ses petites écoles, il peut les recevoir encore et les instruire dans des écoles supérieures et dans des pensionnats2.
11 suivra fidèlement, tant pour le programme que pour la méthode, les règles dont le code détaillé lui a été donné dans la Conduite des écoles 3. Mais il se souviendra qu'il donne les connaissances humaines pour avoir l'occasion d'enseigner aussi la doctrine chrétienne. Chaque jour, il fera le catéchisme durant une demi-heure, et. les dimanches et fêtes, pendant une heure et demie*.
A l'égard des écoliers, il sera d'un désintéressement absolu; il n'en recevra ni argent ni cadeau, pas même de leurs parents5; il ne leur imposera aucune corvée6.
Il aura pour tous une affection égale; les familiarités et les privautés lui sont interdites; il ne leur adressera la parole en particulier que rarement et par nécessité. Par son extérieur et toute sa conduite, il leur donnera l'exemple de la modestie et de toutes les vertus7.
S'il est obligé de punir les écoliers, il le fera rarement et modérément8, en observant avec soin les règles prescrites à ce sujet par la Conduite des écoles*. Il s'abstiendra surtout de les injurier, de leur donner k\v^ appellations humiliantes, de les tutoyer, de les frapper de la main on de les pousser rudement. Tout, dans la Règle. l'invite an respect religieux de l'enfant.
1 Règles, c. i. n° I et c. vu, n° I. — - Le texte de 4717 défend de recevoir «les pensionnaires dans les maisons d'école; mais il permet expressément d'ouvrir, pour les pensionnaires, «les maisons spéciales, si le supérieur Je juge à propos (chap. xiv, lin). — ;i liègles, c. vu, n" 5. Aux chapitres \n-\i «le-- Règles, on trouve une sorte de résumé de la Conduite. — ' Règles, c. vu, n° 6. — ' Ibid., \\" M. — 6Ibid., n" 19. — "' Ibid., n"- 13, I i. 15. — B Ibid., c. vm. — ;l Les différentes ('•dit ii mis de ce livre présentent des variantes notables : car les punitions corporelles étaient en usage au dernier siècle, tandis qu'elles ne le sont plus aujourd'hui.
Le silence esl la grande force disciplinaire du maître d'école; pour que ses élèves le gardenl avec fidélité, il l'observera lui-même scrupuleusement. Hors les cas de nécessité, il usera du signal plutôt que de la parole1.
Son travail de maître es! contrôlé sans cesse par des inspecteurs. Le Directeur de chaque établissement en inspecte toutes les classes constamment 2; le Visiteur, à son tour, s'assure que tout se passe selon Tordre 3. Les classes peuvent être visitées aussi par des ecclésiastiques, surtout par le curé de la paroisse'. L'entrée en est interdite aux personnes de différent sexe, sauf aux dames de charité qui viendraient, en compagnie du curé, pour visiter les enfants pauvres s.
Telle est, en résumé, la Règle à laquelle s'assujellil le Frère des Écoles chrétiennes. Elle ne se dessaisit de lui à aucun instant du jour et de la nuit; du moment, qu'elle a pris possession de lui dans le noviciat, elle le porte, comme une mère dans ses bras, jusqu'au terme de sa vie. Jusque dans la mort, elle l'assiste par les suffrages des Frères. Elle n'est jamais dure pour lui. mais elle est toujours forte. Loin d'anéantir sa volonté, elle l'excite et la pousse. Si l'obéissance y esl parfaite, l'initiative n v est point éteinte.
Du reste, depuis deux siècles qu'elle existe, elle a Bail ses preuves; elle subsiste toujours, sans avoir été entamée. Parce qu'elle est. forte, d'aucuns diraient austère, elle a été féconde: cent, Avux Frères la pratiquaient dans vingt-trois communautés, en 1717: l'an 1900, quinze mille Frères vivent de son influence en quinze cents communautés. La bénédiction du nombre a été égalée par la multiplicité des œuvres. Sans rien perdre de -;i primitive rigidité, la Règle trouve un rajeunissement perpétuel dans sa facilité d'adaptation aux exigences (\r> temps nouveaux.
1 Régies, c. vni, nosi, '.'», t',. — - Ibid., c. xi. — 3 Règle <lu gouvernement, c. xvii. — '• lii-fjlrs, c i\. n" I&-20. — ' fbid., n° 2t».
§ IV