IMPRESSION PRODUITE PAR I.A MORT DU SAINT
;ES FUNÉRAILLES ET SON rOMBEAU. — LETTRE DU FRÈRE BARTHÉLÉMY PORTRAIT DU SERVITEUR DE DIEU
Dès le matin , le bruit se répandit . dans Saint- Seyer et dans Rouen, que M. de la Salle était mort. La triste nouvelle . par les sentiments de regret el d'admiration qu'elle provoqua partout, révéla l'estime et l'amour qu'avait Rouen pour le vertueux fondateur dv> Frères. Hier encore, tandis qu'il était vivant, il semblait méconnu; il traversait les rues sans recueillir aucun témoignage de sympathie; il passait comme nu pauvre prêtre ignoré. Aujourd'hui, à peine la morl vient-elle de le loucher, qu'il apparaît déjà dans la gloire: il n'y a personne qui ne le connaisse, qui ne le vénère: chacun célèbre ses mérites et ses œuvres : le nom de Saint court sur toutes les lèvres. Celui-là même qui. trois jours auparavant, le frappait d'une peine disciplinaire, dépasse tous les autres dans l'éloge qu'il en t'ait : « C'est un saint, dii-il. le Saint est mort '. »
L'émotion gagne tous les rangs de la société: dans chaque maison, on se sent en deuil, connue si on avail perdu un membre de lu famille. Les ouvriers cl les pauvres pleuraient en lui un père; les grands admiraienl
1 Blain, I. II. p. 169.
cet homme qui, volontairement descendu du plus haut rang, avait consacré quarante années de sa vie à une si grande œuvre sociale; les prêtres perdaient en lui un frère, leur modèle par l'humilité et par le zèle. Tous l'avaient aimé, sans doute: mais Ions se reprochaient alors de l'avoir trop peu honoré. Aussi vit-on se produire' un mouvement instinctif, irrésistible, qui entraîna la multitude vers Saint-Yon. Chacun voulul voir encore une fois l'homme de Dieu ; chacun voulut déposer près de sa couche funèbre, avec une dernière prière, un hommage de respecl et de reconnaissance.
Les Frères, malgré la douleur qui les oppressai I . se prêtèrenl volontiers à ces pieux désirs de la foule. Après avoir revêtu des ornements sacerdotaux la précieuse dépouille de leur bien-aimé père, ils confièrent à i\u Phly, peintre de Rouen, le soin de prendre son portrait*. Mais, dès l'après-midi du vendredi saint, ils exposèrent le corps dans hi chapelle de Sainl-Yon. Ce fut alors, pendant un jour entier. \\\\ défilé ininterrompu de gens de toute condition, qui venaient voir le Saint, prier pour lui et plus encore se recommander à lui.
Sa physionomie n'avait rien que de calme cl d'attrayant. Les traces des dernières soull'rances s'étaient effacées; la paix, (pie son cœur n'avait jamais perdue, rayonnait pour toujours dans ses traits. Dans le portrait que du Phly nous a Laissé, oti le Saint esl représenté les mains jointes et les yeux fermés, la vie n'est pas absente, mais seulement suspendue: les membres ne sont pas saisis par la .rigidrté de la mort, ils attendent plutôt la tin d'un sommeil qui ne peul durer toujours.
l'rès de ces pestes sacrés, le peuple fui pris d'une telle vénération, que tes visiteurs se disputaient le bonheur de posséder quelque chose i\u Saint. Mais qu'avaii ee pauvre prêtre à partager entre tani d'admirateurs? son
1 Lucard. Annales, t. I! . p.
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crucifix, son Nouveau Testament, son Imitation, son chapelet, c'était toul son avoir. On se partagea du moins ses habits, e( chaque- Lambeau fut dès lors traité comme une relique. Les plus osés coupèrent quelques mèches de ses cheveux *.
Pour ses disciples, aucun souvenir ne parut plus précieux et plus cher que son testament : on en lit decopies, qui furent distribuées à tous les Frères présents ou absents.
Les funérailles eurent lieu dans l'après-midi du samedi saint. Les solennités liturgiques du service funèbre lurent, renvoyées au lundi de Quasimodo; mais l'affluence du clergé et du peuple compensa amplement la simplicité commandée par le temps. Le cercueil, porté par six Frères, était précédé dc> piètres de la paroisse Saint- Sever, auxquels étaient venus se joindre des religieux de divers ordres et de nombreux prêtres séculiers de Rouen; il s'avançait au milieu d'une foule compacte cl recueillie, qui faisait une digne escorte à cet ami des pauvres; les Frères cl les pensionnaires de Saint- Yon suivaient, les larmes aux yeux, la dépouille mortelle de leur père et de leur bienfaiteur.
M. du Jarrier-Bresnard, curé de Saint-Sever, savait de quel prix serait pour son église le corps du Saint. Il lui avait fait creuser une tombe dans son église, devant l'autel de la chapelle Sainte -Susanne; Jean-Baptiste de la Salle y fut inhumé le samedi saint, S avril 171'.). Sur la pierre du tombeau, le curé de Saint-Sever lit graver l'inscription suivante2 :
1 Blain, l. II. [i. 177-178. — - Cette inscription, incomplète dans Blain et Maillefer, a été reproduite intrgralcment par Lucard , Annales, t. II. p. 391.
Hu:
EXPECTAT RESURRECTIONEM