‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 270 sur 320 · DERNIERS SACREMENTS · texte numérisé non relu

DERNIERS SACREMENTS

se prosterner devanl son Dieu cl de s'anéantir en présence de son Juge. Ce mouvement de ferveur fui si prompt, qu il donna le change aux assistants, et que plusieurs s'étonnèrent qu'on t'ii communier en viatique un homme qui paraissail encore plein de forces. La joie qui rayonnai! dans ses traits donnai! d'ailleurs à son visage l'illusion de la santé.

Seul, noire Saint ne se méprenait pas sur son état. Aussi demanda-t-il l'Extrême -Onction pour le lendemain, jeudi saint. Le curé de Saint-Sever vinl de bonne heure et lui fit le> onctions saintes. Ainsi muni de tous 1rs sacrements el armé pour le dépari . le saint malade entra dans un profond recueillement et resta silencieux durant sept heures, uniquement occupé des -races (pu- Dieu venait de lui prodiguer. Dans l'après-midi, pi de questions par ceux de ses enfants qui entouraienl son lit, il répondit à tous, se prêta à tous leurs désirs, donna à chacun les avis dont il avait besoin. A plusieurs d'entre eux il révéla ce qu'ils avaient de plus secret. Frappé de celte pénétration, un homme du inonde l'interrogea à son tour el, lui demanda ce qu'il pensait de lui. « Il ne tient qu'à vous de vous sauver, lui répondit le Saint; car Dieu vous comble de ses grâces, mais vous n'en profitez pas. Vous n'allez pas à lui comme vous devriez: vous enfouissez les talents qui vous oui été donnés. » Ainsi percé à jour, le témoin avoua que tel était bien l'état de son âme.

Sur le soir, la parole devint pins difficile, la voix s'affaiblit. Voyant qu'il allait entrer en agonie, les Frères se jetèrent à genoux pour recevoir sa bénédiction. Le frère Barthélémy, au nom de Ions, le pria de bénir, non seulement les assistants, mais aussi ions les Frères de l'Institut. Après un instant de résistance, tant l'humilité demeurait vive en lui, il leva au ciel les yeux el les mains, en disant : ■ Que le Seigneur von- bénisse tous ! Les Frères éclatèrenl en sanglots; l'heui

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redoutée était venue, ils allaient rester orphelins; ils avaient besoin de toute leur foi pour se résigner à une telle séparation.

Bientôt le malade perdit connaissance, puis ses paroles parurent sans suite. Les Frères récitèrent alors les prières des agonisants. Mlles étaient à peine terminées. que le malade redevint maître de lui-même, et, recueillant ses restes de Force, il lit à ses enfants cette dernière recommandation : « Si vous voulez vous conserver et mourir dans votre état, n'ayez jamais de commerce avec les gens du inonde; car, peu à peu. vous prendrez goûl à leur manière d'agir, et vous entrerez si avant dans leurs conversations, que vous ne pourrez plus vous défendit', par politique, d'applaudir à leurs discours, quoique très pernicieux; ce qui sera cause que vous tomberez dans l'infidélité, et, n'étant plus fidèles à observer vos règles, vous vous dégoûterez de votre état, et enfin vous l'abandonnerez. »

Ces paroles lui coûtèrent un tel effort, qu'une sueur froide l'interrompit, et il entra en agonie. De minuit à deux heures, il demeura en proie aux angoissantes douleurs de la fin. Vers deux heures, il y eut un instant de relâche. Le Frère Barthélémy en profita pour suggérer au pieux moribond quelques saintes pensées, et l'aida à réciter la prière qu'il aimait à dire chaque soir : Maria, Mater gratiae, etc. Puis il lui demanda s'il n'acceptait pas avec joie les peines qu'il souffrait : « Oui, répondit-il, j'adore en toutes choses la conduite de Dieu à mon égard. »-

Ces paroles, où se résumait sa vie, Furent les dernières tombées de ses lèvres. A trois heures l'agonie recommença, et, malgré les secousses (\u dernier moment, sou visage ne perdit pas un instant le rayonnement (\i\ calme et de la confiance. A quatre heures, le Saint lit un effort comme pour se lever et aller au-devant de quelqu'un. Il allait au-devant du Christ: car. ayant

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