LETTRES 1)1 FRÈRE BARTHÉLÉMY
à cette époque, dans la chapelle que les Frères possédaient à Rouen, sur l'emplacement de l'ancienne église Saint-Lô, ils onl été transportés, en 1SSI , dans la chapelle du pensionnai actuel, près Saint- Gervais. C'est là que depuis la béatification, en 1888, ils sont exposés à la vénération des fidèles1.
En peu de jours, la nouvelle fatale parvint à lous les membres de l'Institut. Le ïvive Barthélémy lui-même eut le triste privilège de leur annoncer la douloureuse perte qu'ils avaient faite. La lettre qu'il écrivit à cette occasion, le 13 avril, au frère Gabriel Drolin. nous a été conservée2.
«Mon très cher Frère, La grâce et la paix de Notre- Seigneur soient toujours avec nous! C'est avec un grand sujet de tristesse que je vous écris celle seconde3, pour vous donner avis de la mort de monsieur notre 1res cher
1 Voici l'état des principales reliques. — Les ossements se conservent en majeure partie dans la chapelle du pensionnat de Rouen; ils sont enfermés dans un grand reliquaire de cristal. On y distingue particulièrement le crâne, très bien conservé dimensions : diamètre antéropostérieur, 0,197; diamètre transversal, 0,143). — La maison mère de Paris possède : portion moyenne du sternum, extrémité inférieure de l'humérus droit, crucifix en cuivre, fragments d'ornements sacerdotaux, et de nombreux autographes du Saint: lettres el mémoire pour l'habit des Frères. — Le chapitre de Reims possède le calcaneum gauche; le cardinal Langénieux, un os métacarpien; l'archevêché de Rouen, le calcaneum droit , le radius droit, le cubitus droil en deux fragments, un fragment de cubitus gauche; la maison de Rome, une phalange de la main. — Une certaine quantité d'ossements ont été distribués à Rome à l'occasion des fêtes de la Béatification. (La lisle complète des reliques est aux Archives des Frères, signée de M. Levée, aumônier du pensionnat de Rouen, secrétaire de la commission des Reliques. — La maison d'Athis possède les objets qui furenl à l'usage du Sainl : deux étoles , une chasuble, un manipule, une ceinture d'habit, un mantelet, un camail, une soutane, deux manteaux, quatre disciplines, un cilice , quatre ceintures de 1er. un bracelel de fer, une demi-ceinture de fer, une croix de fer. deux bonnets carrés, une calotte, un collet , un siège pour maître d'école, des cheveux du Saint, divers petits objets. — - Nous prenons celle pièce sur une copie authentiquée en 1862, et conservée aux Archives des Frères. — 3 Jl lui avait écrit une première lettre le 18 février 1718, pour le prier d'adhérer aux actes de l'assemblée tenue en 1717.
père, arrivée le jour du vendredi saint sur les quatre heures du malin, ayant auparavant été administré des m. éléments de l'Église avec beaucoup d'édification du prochain. Il a été malade tout le Carême. Tout Rouen le regrette et le regarde comme un Saint, et il a été l'oil visité le vendredi et le samedi, jusqu'à ce qu'il fût inhumé. J'espère que vous vous donnerez la peine de faire une noie de réponse à noire dernière1. Md1' l'archevêque, Ai. le doyen et M. le premier président nous font la grâce de nous protéger, .le me recommande à vos saintes prières, el je suis, etc... »
En post-scriptum : << Je me lais un devoir de vous envoyer le premier article d\\ testament de noire 1res cher père, qui regarde tous les Frères de notre société, comme la dernière instruction et le dernier ordre qu'il vous a donnés. »
Après eel article du testament, le même (pie nou> avons cité plus haut, le frère Barthélémy ajoute : - Monsieur noire 1res cher père a écrit plusieurs lettres en laveur de la constitution de N. T. S. Père le Pape Clément XI, qui ont fort bien fait-. »
Bientôt arrivèrent au frère Barthélémy (\v> lettres pleines de tristesse el de larmes. Dans toutes les maisons de l'Institut, ce lui un même cri de douleur: des enfants orphelins qui pleuraient leur père. Jamais leur attachement n'avait élé équivoque; dans celte circonstance, il s'aflirmail avec ces accents de particulière sincérité que rendent les cœurs brisés par le chagrin. Quoique personne n'eût l'âme plus profondément atteinte que l'humble supérieur, le frère Barthélémy dut assumer la tâche de consoler ses frères affligés et de relever leur courage. 11 s'était si fortement pénétré de l'esprit du fondateur, que
1 Cela suppose que frère Gabriel n'avail |>;i> encore répondu à la lettre de ITIN. — - Parmi ces lettres esl celle que nous avons citée plus haut, à la «laie du 28 janvier 171'.). Cette remarque «Hait particulièremeni importante pour Rome,
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ses lettres sont animées du même souffle chrétien. Rien de plus touchant que cette page écrite par le iidèle héritier du Saint1 :
a Mon très cher Frère, la grâce et la paix de Notre-Seigneur soient avec nous.
« Ce n'a pas été sans grand sujet que vous avez versé des larmes, apprenant la mort de monsieur notre très cher père; je ne crois pas qu'aucun de nos Frères ait pu empêcher ses yeux d'en verser, cela étant si naturel. Mais, après tout bien considéré, mon cher Frère, il faut avouer que telle a été la sainte volonté de Dieu. qui. nous l'ayant donné aussi longtemps qu'il lui a plu. nous la ôté pour le récompenser de ses. travaux et de sa sainte vie; il faut nous soumettre, et nous conformer à son divin vouloir. Les saints Apôtres de Notre -Seigneur étaient aussi fort tristes d'être privés de la présence sensible de leur divin Maître, qui, pour les consoler, leur dit : Il vous est utile que je m'en aille; car si je ne m'en vais, le Saint-Esprit ne viendra point vers vous. Notre très cher père n'est pas perdu. Il est, selon toutes les apparences, au nombre des saints dans le ciel; il peut beaucoup auprès de Dieu, puisqu'il a tant obtenu de grâces sur la terre, pour lui et pour tant d'âmes qu'il a aidées à se convertir et à se donner à Dieu. Nous admirons à présent ses grandes vertus : sa pureté angélique ; sa grande propreté dans les ornements de l'Église et ses habits sacerdotaux, pour lesquels il n'épargnait rien ; sa grande libéralité envers les pauvres, quoiqu'il fût lui-même nécessiteux, étant avec nos Frères; son zèle pour le salut des âmes, qui lui Ht prendre d'abord le dessein de permuter son canonicat a\ec une cure, pour avoir occasion d'exercer son zèle ; son humilité, sa patience, son obéissance, son grand abandon à la divine Providence, et bien d'autres héroïques vertus. Je le crois au rang des vierges, selon ce que j'ai appris de sa conduite, par rapport à la chasteté cl virginité. Non. mon cher Frère, je ne veux pas prier le bon Dieu pour qu'il vous retire de ce monde : je le prierai de tout mon coeur qu il vous
1 Conservée dans Blain, I. II. p. 480.
y conserve encore autant qu'il lui plaira pour sa gloire, pour le salut des âmes et pour votre plus grand bien ; je vous défends de mourir , sinon à votre propre volonté et à votre propre esprit.
« Monsieur notre cher père n'est pas mort sans permission ; je crois qu'il serait mort il y a longtemps, s'il en avait eu la permission. Ne vous attristez donc plus mal à propos : car celui que vous pleurez comme mort est vivant, et il est dans la paix, que personne ne lui pourra jamais ôter. Soyez en paix, conservez -vous dans l'union intime qu'il nous a recommandée et dans la pratique des autres vertus; n'attristez point l'Esprit de Notre-Seigneur, qui est en vous, par votre tristesse démesurée au sujet de monsieur notre cher père. Je ne sais comme je suis : je suis triste et joyeux tout ensemble: l'odeur que j'ai de sa sainte vie. jointe au souvenir de plusieurs choses extraordinaires, arrivées au temps et au sujet de sa mort, me consolent. Soyez donc plus gai. car la tristesse qui ne vient pas du mouvement du Saint-Esprit est dangereuse et a <le lâcheuses suites, etc. »
Le frère Barthélémy étail d'autanl plus forl pour ranimer ses Frères, qu'il recevait lui-même Les plus consolants témoignages de bienveillante sympathie. Il avait la joie de constater que, si sou bien -aimé père avait été combattu duranl sa vie, du moins il avait gagné l'estime e1 l'admiration du grand nombre. La lettre suivante. écrite par un prêtre de Saint- Nicolas -du- Chardonnet, a été conservée par les biographes 1 , comme un monument à la gloire du serviteur de Dieu.
« Mon cher Frère, c'est avec bien de la douleur que j'ai reçu votre lettre touchant la mort de votre très honoré père, M. de la Salle, que M. de la Vertu m'avait déjà apprise. J'ai fait part de cette l liste nouvelle, et je l'ai recommandé aux prières de notre communauté, avec le détail que vous m'avieï marqué par l'honneur de votre lettre. Vous ne doute/ point
1 Nous l'empruntons à 1 > i vin, i. II. p. 17'.'.