ELOGE DU SAINT
que chacun ne se soit uni à vous pour prier pour ce cher défunt, cpue chacun, et moi en particulier, regardons comme un saint qui prie pour nous dans le ciel. Je ne crois pas que votre communauté puisse jamais manquer, avant un tel protecteur auprès du Seigneur. Vous savez mieux que personne la sainteté de sa vie. et les contradictions qu'il a essuyées pour votre établissement, marque évidente que c'est L'ouvrage de Dieu, dont j'espère raffermissement par ses prières et votre correspondance.
« Nous avons eu le bonheur d'être édifiés de sa présence pendant près de six mois qu'il nous a fait l'honneur de demeurer parmi nous, et je crois que Dieu l'v avait envové pour y prêcher notre jeunesse par son exemple . et nous retirer nous-mème de notre relâchement : sa vie v était des plus humbles et des plus mortifiées ; il dormait peu et priait beaucoup. Notre excitateur m'a dit plusieurs fois qu'il le trouvait toujours levé en allant éveiller même pendant les froids de l'hiver, durant lequel il n'a été au chaufïbir que quand je Y y conduisais de force, ce qui arrivait rarement, mes heures ne concourant pas avec les siennes. Il faisait régulièrement tous les jours au moins trois heures de méditation ; il s'était rendu plus régulier que le moindre de tous les séminaristes, obéissant avec une promptitude édifiante au premier son de la cloche qui appelle aux exercices : il était si soumis, qu'il fatiguait M. le préfet à force de lui demander des permissions qu'on n'exige pas même des séminaristes : comme pour parler à ceux qui le venaient demander, pour les conduire à sa chambre, ainsi que vous l'avez expérimenté vous-même plusieurs fois, et pour sortir les jours de congé. et même pour écrire des lettres, n'en ayant jamais écrit une sans une permission expresse. Il acceptait si volontiers les prières qu'on lui faisait, pendant les récréations, d'assister aux convois de charité, ou de faire des enterrements d'enfants, qu'il semblait que cela lui fût un sujet de grande satisfaction : en un mot, la retraite, l'oraison, la charité, 1 humilité, la mortification, la vie pauvre et dure, étaient toutes ses délices.
c Pour moi et toute ma patrie, nous lui aurons des obli-
gâtions éternelles. Il a eu la charité de m'élever, pour les écoles. ;ui faubourg- Saint-Marcel, quatre jeunes hommes qui sont sortis de chez lui si bien formés et si zélés, que s'ils avaient trouvé dans les ecclésiastiques du pays de quoi cultiver les bonnes dispositions où il les avait mis , ils auraient établi une communauté des plus utiles dans la province. »
Ces témoignages de vénération, nous dirions presque de culte anticipé, soûl les plus précieux parce qu'ils sont les premiers. Depuis <k-u\ siècles, chaque génération est venue apporter, sur le tombeau de l'humble prêtre, son Irilml d'hommage. Les écrivains et les artistes oui exalté sa mémoire; son nom est béni chez tous les peuples où ses enfants ont porté le bienfait de son œuvre. Pressée par les vœux de tous les chrétiens et rassurée par le signe des miracles, l'Eglise a mis sur son front la glorieuse couronne des Saints. De celle physionomie vouée à l'immortalité, nous devons maintenant recueillir et graver les traits caractéristiques '.
Jean-Baptiste de la Salle était d'une taille un peu audessus de la moyenne; son tempérament, fort délicat dans la jeunesse, devint assez vigoureux, dans l'âge mûr. pour se prêter aux rudes macérations de la pénitence et supporter les plus douloureuses privations. Sa démarche, grave et aisée tout ensemble, annonçait l'homme de bonne maison. Il tenait la tête légèrement inclinée en avant; celait le résultai de son recueillement habituel. Son visage, d'abord clair et un peu coloré, puis basané par suite des fatigues et des voyages, présentait dv^ lignes délicates, prèles à exprimer l'affabilité; le front. large, étail couronné d'une chevelure toujours abondante, qui fut blanchie par la vieillesse; le ne/ était régulier, les lèvres doucemenl saillantes, et les plis de la
1 Nous nous servons du portrait Laissé par Blain, I. Il, |>. 174-177, cl par Maillefer, \k 300. Non-, \ avons ajouté les traits d'ordre intellectuel et moral qui caractérisent le mieux sa vie.