MORT DE NICOLAS ROLAND
maîtresses d'école ne vînt à périr. Pour en assurer l'existence , il fallait obtenir l'assentiment du conseil de ville et les lettres patentes du roi. Le conseil présentait de graves objections contre le projet de M. Roland. Cependant celui-ci put constater que l'opposition ne serait pas invincible, si l'archevêque se prononçait en faveur de la nouvelle Congrégation. Résolu d'obtenir l'agrément et l'appui de Maurice Le Tellier, le pieux fondateur quitta Reims vers la fin de novembre 1(577, et il se rendit à Paris, où l'archevêque devait passer l'hiver.
Aucune fondation religieuse n'est durable, si elle n'est faite d'un ciment pétri de larmes. M. Roland, dont l'œuvre était voulue de Dieu, n'échappa point à cette loi providentielle. Il subit d'abord de pénibles rebuts. Du cornent des Carmes, où son cœur avait cherché le recueillement de la solitude, il se rendait souvent au palais de l'archevêque. Il passait des journées entières dans les antichambres, attendant vainement des audiences qui n'étaient point accordées, n'ayant pour repas qu'un morceau de pain qu'il mangeait, comme un pauvre, au coin des salles. Mais aucune humiliation n'abattit son courage.
La froideur de l'archevêque finit par se dissiper. Frappé de la vertu courageuse de son théologal, le prélat l'accueillit avec bonté, approuva son dessein et promit d'en hâter l'exécution. Ce fut donc l'âme pleine d'espérances que M. Roland rentra à Reims, le 7 avril 1078.
Il était à Reims depuis douze jours, il avait eu le temps de prodiguer les consolations surnaturelles à ses religieuses atteintes d'une fièvre contagieuse, il avait assisté à l'autel son bien -aimé disciple Jean-Baptiste de la Salle, il avait eu une conférence fort satisfaisante avec les délégués du conseil de ville, lorsqu'il tomba gravement malade.
Personne ne fut plus assidu que Jean -Baptiste à visiter et à secourir le saint malade. Plein de gratitude
pour la forte direction qu'il en avait reçue depuis six ans, profondément affligé de la perte qu'il allait faire, il s'empressait de recueillir ses derniers avis et de régler avec lui son plan de vie sacerdotale1. Dans ces entretiens de la dernière heure, la conversation roula principalement sur l'œuvre des écoles, si chère au cœur de M. Roland. Le zélé théologal rappela à son disciple la nécessité de s'appliquer à l'éducation des pauvres; il lui recommanda l'œuvre encore inachevée du Saint-Enfant- Jésus, et lui lit promettre de travailler lui-même à son établissement légal. Au dire de Maillefer, il laissa entrevoir à Jean-Baptiste qu'il était destiné à créer des écoles chrétiennes pour l'instruction des garçons2.
Après huit jours de douloureux combats, Nicolas Roland rendit son àme à Dieu dans le calme et la joie, le ~~ avril 1678. Il y avait dix-sept jours seulement que M. de la Salle avait dit sa première messe.
Le testament de M. Nicolas Roland désignait comme exécuteurs testamentaires Jean-Baptiste de la Salle et Nicolas Rogier. Toujours fidèle à prendre la parole de son directeur comme l'expression de la volonté de Dieu, le chanoine de la Salle accepta le fardeau. Quelque lourdes que lussent par ailleurs ses affaires domestiques, quelque répugnance qu'il éprouvât à l'égard des démarches extérieures qu'imposait l'établissement d'une Congrégation, il se mil généreusement à l'œuvre, heureux de donner au père de son àme une marque certaine de sa tendre affection et de sa parfaite docilité3.
Il fallait avant tout gagner les bonnes grâces de l'archevêque. Jean- Baptiste en Ira donc sans retard en relation avec lui. Déjà Maurice Le Tellier était bien disposé en faveur de l'œuvre de M. Roland. Les démarches polies de M. de la Salle ne firent qu'accentuer ces bonnes dispositions. L'archevêque lui parla avec estime et allec-
1 M.ui.i.i nu . p. 13. — '-' lliid.. p. 11. — :! Maillefer, p. 14.