ETABLISSEMENT DE L'ENFANT-JESUS
il donnait la maison de Landève et la somme de I i IHIO livres.
Des hommes soucieux des vrais intérêts de la ville ne pouvaient qu'applaudir à des déclarations si élevées et accepter les avantages qu'on leur offrait. Profitant des bonnes dispositions de l'assemblée, M. de la Salle la pria de reconnaître la communauté des Sœurs de l'Enfant- .lésus comme une congrégation de filles séculières, ni cloîtrées ni voilées, ne faisant pas de vœux solennels, capables néanmoins de posséder et d'administrer leurs biens, pouvant atteindre le nombre de trente personnes, sans jamais le dépasser, avec la charge de continuer, dans Reims, l'exercice des écoles gratuites et d'élever constamment dans leur maison trente orphelines1.
Quand le lendemain, 12 août, le lieutenant général recueillit les avis, tous les membres de l'assemblée dirent « unanimement et concordamment, qu'ils estimaient que l'établissement de ladite maison et communauté de filles séculières, sous le nom du Saint-Enfant-Jésus, pour tenir des écoles gratuites et instruire les pauvres filles, et les élever en la crainte de Dieu, leur apprendre à lire et à écrire, serait très utile et avantageux au public2 ».
L'archevêque, heureux d'une si prompte décision, prit en main la cause des Sœurs, et la porta lui-même devant le roi. L'œuvre des écoles gratuites le touchait à tel point, qu'il voulut ajouter, à la puissance de son crédit près de la cour, les ressources de son immense fortune. Malgré les préoccupations qui divisaient alors l'attention du roi, il obtint que les lettres patentes fussent délivrées au mois de février 1()79. Dès le 17 du même mois, elles fuient enregistrées, par ses soins et à ses frais, au parlement3.
En moins de dix mois, Jean-Baptiste de la Salle avait donc conduit à bonne fin la délicate mission que lui avait
1 Hannesse, p. 207-298. — 2 Ibid., p. 290. — :i Los lettres patentes donnaient la personnalité civile cl la capacité de posséder.
confiée Nicolas Roland. Un succès si prompt et si complet faisait autant d'honneur à son habileté dans les affaires qu'à son zèle sacerdotal. La maison de l'Enfant- Jésus, qui devint dès lors si florissante, n'oublia jamais ce qu'elle devait de reconnaissance au chanoine de la Salle1. De son côté, Jean-Baptiste continua de s'intéresser à l'œuvre de M. Roland.
Il semblait que M. Roland, en le désignant comme son héritier, l'eût aussi désigné comme son successeur. Cependant l'archevêque ne jugea point à propos de le nommer supérieur de la communauté. Soit qu'il le trouvât encore jeune et inexpérimenté, soit que l'humilité de M. de la Salle l'eût conjuré d'en choisir un autre, il donna pour supérieur à la Congrégation Guillaume Roffier, ami intime de M. Roland, très instruit de la pensée du saint fondateur2. En écartant Jean-Raptiste du gouvernement dune communauté de femmes, l'archevêque était l'instrument de la Providence, qui réservait notre Saint pour une plus grande entreprise.
Déchargé du soin des religieuses, Jean-Raptiste se remit avec simplicité à ses chères études et à ses devoirs de chanoine. Il ne négligeait point de travailler au salut des âmes. Dès le mois de juin, il était muni des pouvoirs de confesser et de prêcher dans tout le diocèse3. Le '2'2 décembre 1678, l'archevêque le déléguait pour recevoir l'abjuration d'une protestante, Susanne Peicrez, originaire du diocèse de Chàlons '*. Cette conversion nous révèle l'heureuse activité qu'il déployait dans l'exercice du ministère sacerdotal.
Chaque malin il célébrait la sainte messe dans la chapelle de l'Enfant-^Jésus. Les Sœurs aimaient à s'édifier du spectacle de son angélique piété. Témoins des communi-
1 M wii m lis. p. 10. — -' Hannesse, p. 292. — :1 La feuille de pouvoirs, datée 'lu 29 juin, esl valable jusqu'au 18 octobre 1080 : nous croyons qu'elle doit être rapportée à I07S. — ■'• La feuille de pouvoirs se conserve, avec la précédente, à l'archevêché de Paris.