FONDATION" DE L'ECOLE SAINT-MAURICE 6S
Dieu du bon accueil qui lui avait été fait, il en informa M"" Maillefer, qui vit dans ces heureux débuts le gage assuré du succès à venir. Ainsi Dieu ne permit pas que, dans ce grand ouvrage des écoles chrétiennes, un seul pas lût fait sans le conseil et sans l'intervention active de celui qui en devait être rame.
M. de la Salle commença par consulter Dieu dans l'oraison. Très défiant de ses propres lumières, il rechercha les conseils des hommes les plus saints et les plus éclairés de Reims. 11 s'adressa d'abord à dom Claude Bretagne', alors prieur de l'abbaye de Saint - Rem v. et à son directeur de conscience, Jacques Gallon2, supérieur du séminaire. Les difficultés parurent, si grandes, que M. de la Salle résolut de tenir une assemblée des ecclésiastiques les plus zélés, les plus discrets et les plus sages de la ville, afin que la question fût plus mûrement discutée 3.
Il parut bien, dans cette conférence, que la grâce de fondateur reposait sur le chanoine de la Salle. En effet, les avis qu'il présenta furent trouvés les plus sages et unanimement adoptés. Il proposa d'abord de mettre les écoles « sous la protection d'un curé assez zélé pour s'en charger, assez discret pour n'en point trahir le secret, et assez généreux pour en soutenir l'entreprise. Comme il a le pouvoir de faire instruire ses paroissiens, et que son titre de pasteur l'autorise à leur donner des maîtres capables de leur enseigner la doctrine chrétienne, personne n'est en droit de l'empêcher4 ». C'était, en effet, une coutume reçue alors que les curés pouvaient fonder pour les pauvres, sans dépendre de l'écolâtre, des écoles de charité; cette coutume devait être, vingt ans plus tard, expressément reconnue par les parlements5. On
1 Claude Bretagne devint plus tard prieur de l'abbaye de Saint-Germain, à Paris. — - Jacques Callou, l'un des prêtres les plus estimables de Reims, avait été choisi en 1674 par Maurice Le Tellier pour relever son séminaire ; il mourut en odeur de sainteté en 1714.- ; l'i un, p. 163. — '• Blain, p. 163. — 5 Cf. Pompée, Rapport..., p. 143.
vit bientôt combien avait été sage ce choix du terrain légal : quand les oppositions de l'écolàtre se firent jour, on se trouva en mesure d'échapper à ses coups.
D'ailleurs, le curé que M. de la Salle proposa aux suffrages de l'assemblée était un homme de tête, capable de soutenir ses droits. M. Dorigny, curé de Saint-Maurice, était, en effet, un prêtre zélé, tenace dans ses desseins, assez indépendant de caractère pour n'être point intimidé, et en même temps si pondéré, qu'il avait l'estime des autorités civile et religieuse. Le chanoine de la Salle fut chargé de le pressentir et même de lui faire des propositions.
La Providence conduisait évidemment toute cette affaire : car M. Dorigny avait formé le projet de créer dans sa paroisse une école de charité, et il travaillait à attirer un ecclésiastique dans sa maison pour y ins- Iruire les pauvres de Saint-Maurice. Les avances du chanoine parurent trop avantageuses au curé pour n'être pas acceptées sur-le-champ. « La seule condition qu'on vous demande pour ce marché, dit M. de la Salle, est de paraître l'auteur de cette école, et de lui prêter votre nom. Presque tous vos paroissiens sont pauvres, vous leur devez une instruction qu'ils ne peuvent se procurer; vous la leur donnerez par la bouche de M. Nyel et de son petit compagnon, que nous vous présentons pour faire l'office de maîtres d'école. Prenez-les pour vôtres, et, dans l'occasion, paraissez les avoir mis en œuvre pour l'instruction de vos paroissiens '. »
Le curé de Saint-Maurice ne soulfrit point de relard dans l'exécution d'une œuvre qu'il souhaitait si ardemment. H offrit dé loger sous son toit et de recevoir à sa table M. Nyel et son jeune compagnon. La pension de cenl écus servie par M Maillefer suffirait à la pension des deux maîtres. Ainsi protégé par le curé de Saint-
1 Blain, p. I 6 i .