‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 41 sur 320 · ARRIVEE DE NYEL A REIMS · texte numérisé non relu

ARRIVEE DE NYEL A REIMS

Les instructions les plus précises lui furent données : il se présenterait d'abord à la supérieure de Y Enfant -Jésus et lui exposerait ses projets: il irait loger chez le frère de Mme Maillefer, et il prendrait sur toutes choses les sages conseils du chanoine de la Salle. Des lettres de recommandation devaient lui ménager partout le meilleur accueil.

Xvel sonnait à la porte de l'Enfant -Jésus, lorsque M. de la Salle arriva. Sans échanger aucune parole, tous deux entrèrent ensemble à la communauté. Françoise Duval avait connu à Rouen Adrien Xye"î : elle avait apprécié son zèle pour les écoles. Aussi le reçut-elle avec bonté, heureuse d'avoir à prêter son concours dans l'établissement des écoles charitables de garçons. Mais autant elle désirait l'œuvre, autant elle en- craignait l'échec. Son conseiller ordinaire. M. de la Salle, était dans la maison; elle le fait venir et prie M. Nyel de lui exposer le motif de son voyage.

Le pieux chanoine saisit du premier coup les difficultés de l'entreprise. Sans doute, il redoutait peu l'opinion; un courage persévérant triomphe toujours de l'apathie des faibles, des critiques des malveillants et des oppositions de l'intérêt. Mais l'écolâtre. jaloux de son autorité, ne mettrait-il pas obstacle à l'installation de nouveaux maîtres? Les magistrats , si vigilants pour empêcher des fondations nouvelles, n'écarteraient-ils pas le projet comme une charge onéreuse pour la ville? L'archevêque enfin, qui avait usé de tout son crédit pour établir l'œuvre de M. Roland , voudrait-il encore une fois prêter l'appui de sa haute autorité, au risque de lui faire subir un échec ?

Malgré ces graves raisons qu'il avait d'hésiter, M. de la Salle ne découragea point Xvel. Par égard poulies vertus de Mme Maillefer, sa parente, en souvenir de M. Roland, qui lui avait légué la réalisation de ses desseins, il promit à Nyel de prendre en main son

affaire et d'y travailler de concert avec lui. Cette première réponse à la grâce de sa vocation l'engageait pour quarante ans dans une série de labeurs qu'il ne soupçonnai! pas.

En attendant qu'on eût réfléchi, qu'on eût avisé aux moyens de succès, que deviendrait Nyel? M",e Maillefer lavait prié de se retirer chez son frère, M. Dubois1. Rien n'eût été plus imprudent que cette démarche; elle eût tout compromis. En effet, la présence de Nyel chez M. Dubois eût éveillé l'attention ; on n'eût pas manqué de pénétrer ses desseins. Un envoyé de Mme Maillefer, habillé en clerc comme un maître d'école, eût été promptement découvert comme le délégué de son zèle pour quelque ouvre apostolique. Une fois dévoilé, le projet eût été irréalisable. Pour ne point laisser dans l'embarras cet homme simple, M. de la Salle lui dit avec une généreuse charité : « Venez loger chez moi ; comme ma maison est un hospice, où viennent souvent des curés de la campagne et des ecclésiastiques de mes amis, elle est toute propre à vous loger et à celer votre dessein au public. Sous les apparences de votre extérieur, qui sent le prêtre de campagne, on croira que vous en êtes un... Chez moi, en repos et inconnu, sans que personne se mette en peine de vous, vous y pourrez passer huit jours. Ce temps fournira matière à de plus amples réflexions, et il suffira pour l'arrangement de vos desseins, aussi bien que pour concerter les mesures propres à Le faire réussir. Ce temps expiré, vous pourrez partir pour Noire-Dame de Liesse, où votre piété vous appelle, et an retour tenter l'ouverture des écoles2. »

Charmé d'une" si gracieuse invitation, Adrien Nyel se retira chez M. de la Salle, avec le jeune homme de quatorze ans qui l'avait accompagné. Dès qu'il eut remercié

1 En disanl son frère, el non s, m père, nous suivons frère Bernard, M \n 1 1 m h el Mi ain. — - Blain, i. I . p, 162.

Page 1