LE COSTUME RELIGIEUX
fer, semblable à celle que portaient les ecclésiastiques pauvres à la fin du xvif siècle. Pour compléter le costume dans le même esprit de simplicité et de pauvreté, il ajouta le rabat blanc, le chapeau tricorne à larges bords, et des souliers à semelles épaisses, tels qu'en avaient alors les gens de peine1.
Ce costume parut étrange, et il attira aux humbles religieux qui le portaient les plus amères dérisions. Mais, formés par leur chef à la pratique des vertus solides, non seulement ils ne se laissaient point abattre par les insultes et les moqueries dont ils étaient l'objet, mais ils se réjouissaient d'avoir à souffrir le mépris et la persécution pour l'amour de Jésus -Christ. Leur saint fondateur les encourageait en leur rappelant combien l'habit des anciens solitaires avait paru odieux aux sages du monde; à quel point les compagnons de saint François d'Assise , vêtus de leur robe de bure , avaient d'abord été honnis par le peuple ; quelles ignominies avaient dû supporter les capucins, lorsqu'ils apparurent couverts du costume même des galériens d'Italie. Pour partager avec ses enfants les humiliations dont on les abreuvait, il échangea bientôt le manteau pour la capote, et il se montra, dans les rues de Reims, où sa famille avait un rang considérable , sous l'habit pauvre et grossier qui signalait les Frères à la risée publique. Ce vêtement n'a point sensiblement changé depuis deux siècles; mais il a cessé d'être un signe d'ignominie. Il est devenu comme la marque de la vertu austère et le symbole du dévouement désintéressé. Depuis longtemps, l'habit des Frères est salué avec une respectueuse sympathie par les riches et par les pauvres.
Le changement de costume amena le changement de nom. M. de la Salle persuada sans peine à ses disciples
1 Blain, p. 238 à 241. Lucakd, Annales, p. 30, note. Bernard, p. 69. Les Frères servants portèrent d'abord une soutane et une capote de couleur brune; le chapitre de 1810, art. 10, supprima cette différence.
que le nom de mai 1res ne leur convenait pas, parce qu'il exprimait une certaine prétention de supériorité, insupportable à des religieux morts au monde. Le nom de Frères, au contraire, était plus modeste; il dirait mieux l'union qui régnait entre leurs âmes; il ferait moins ombrage aux pauvres gens qui viendraient aux écoles. C'est donc à partir des dernières semaines de 1684 que les disciples de M. de la Salle prirent le nom de Frères des Ecoles chrétiennes*.
L'humilité les conduisit plus loin encore. Désireux de perdre, au profit de l'œuvre des écoles, jusqu'à leur personnalité, ils commencèrent à échanger leur nom de famille pour un nom de religion. Ce nom nouveau, qui cachait au monde leur origine, les avertissait euxmêmes que leur entrée dans l'Institut était comme une nouvelle naissance, et que leurs vœux leur imposaient une complète transformation de vie.