NOVICIAT ET PETIT NOVICIAT
gieuse et pédagogique. Alors même qu'il ne voyait dans sa maison qu'une pépinière de maîtres destinés à vivre libres et isolés, il lui en coûtait de les mettre trop hâtivement dans les écoles; il avait conscience que ces instituteurs ne produiraient de fruits sérieux dans les âmes, qu'autant qu'ils auraient eux-mêmes été exercés à la vertu et bien instruits dans les lettres humaines. C'est pourquoi, en 1082, il avait fallu lui faire une sorte de violence pour qu'il consentît à donner des maîtres pour quatre fondations à la fois.
Mais, lorsqu'il eut précisé son œuvre dans son esprit, lorsqu'il eut créé l'Institut et qu'il en eut uni les membres par le vœu d'obéissance, son noviciat devint pour lui l'objet d'une préoccupation constante et des soins les plus assidus. Durant cette période de préparation, il combinait dans une sage mesure les exercices de la vie religieuse et les éléments de la vie intellectuelle. Ce noviciat n'était point canoniquement constitué. Les novices formaient une seule communauté avec les Frères des écoles, et souvent la nécessité les jetait dans l'enseignement après quelques jours de retraite.
Parmi les sujets qu'attirait la réputation de sainteté de M. de la Salle, plusieurs étaient trop jeunes pour diriger une classe. Touché de leurs bons désirs, le Saint n'osa point cependant leur fermer la porte. Il les accueillit avec bonté et créa pour eux une nouvelle communauté. Ce séminaire préparatoire ou petit noviciat fut confié à un Frère des plus anciens, et placé dans une partie complètement isolée de la maison '.
« On élève aussi, dit M. de la Salle, de jeunes enfants qui ont de l'esprit et de la disposition à la piété, lorsqu'on les juge propres, et que d'eux-mêmes ils se portent à entrer dans la communauté. On les y reçoit dès l'âge de quatorze an- et au-dessus. On les forme à l'oraison et
1 Maillefeu , p. 84.
aux autres exercices de piété; on les instruit dans toutes les matières du catéchisme, et on leur apprend à lire et écrire parfaitement. Ces sortes de personnes, qui sont formez el élevez dans cette communauté, ont maison, oratoire, exercices, table et récréation séparez; et leurs exercices sont différents et proportionnez à la portée présente de leur esprit, et à ce qu'ils doivent faire dans la Miitted. »
Pour ces enfants, le régime avait été adouci; les exercices de piété étaient moins longs. Chacun d'eux gardait l'habit qu'il avait apporté. Ils ne se distinguaient des jeunes gens du monde que par le rabat et les cheveux courts. Chaque jour ils récitaient le chapelet et psalmodiaient le petit office de la sainte Vierge. La plupart communiaient tous les dimanches. Quand ils atteignaient l'âge de seize ou dix-sept ans, M. de la Salle les faisait passer dans la communauté des Frères et les employait aux écoles-.
Il n'avait point de plus grande consolation que de visiter ces enfants et d'être le témoin de leur ferveur. Le jour de Noël surtout, il se rendait parmi eux et les assemblait dans leur oratoire. Là, devant une image de Jésus-Enfant, il prononçait un acte de consécration que tous les petits novices répétaient après lui. Il régnait dans celle communauté d'enfants tant de piété, de modestie, de retenue, que le biographe Blain, qui les avait vus à Paris, eu parle avee admiration3.
En ellet, lorsque INI. de la Salle eut quitté Reims, il ne tarda pas à rappeler près de lui, à Paris, cette chère communauté de petits novices. C'est là que nous les retrouverons1.
Dès L'année 1684, une troisième communauté fut établie dans l'immeuble de la rue Neuve : c'était un
1 Du Mémoire sur l'habit des Frères.— s Blain, p. 280.— :1 [bid.,p. 281. — * Iliitl.. p. 281. Ce petii novicial comprenait à Reims une quinzaine d'enfants.