‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 80 sur 320 · SEMINAIRE DES MAITRES DE CAMPAGNE · texte numérisé non relu

SEMINAIRE DES MAITRES DE CAMPAGNE

séminaire de maîtres d'école pour la campagne1. Dans cette fondation, comme dans toutes ses œuvres, M. de la Salle ne fit que prêter son concours à la Providence.

Les succès obtenus par les Frères à Reims et dans les villes voisines furent promptement connus. On vanta le dévouement et la méthode des nouveaux instituteurs; le bruit se répandit qu'en peu de semaines ils transformaient la jeunesse. Les curés des villages souhaitèrent d'attirer chez eux des maîtres si habiles. De divers côtés les demandes affluèrent. M. de la Salle, qui eût voulu répondre à de si justes désirs, se trouva dans un cruel embarras. Il manquait de personnel. Mais, eût-il été en possession de sujets nombreux, qu'il eût néanmoins rejeté toutes ces requêtes..

En effet, il avait résolu de ne jamais envoyer un Frère seul dans aucune école. Cette règle, dont il ne se départit jamais, était fort sage. Car un religieux, sans vie de communauté , sans témoin qui le stimule et le surveille , tomberait infailliblement dans le relâchement. Or, dans les villages, l'instituteur est fatalement isolé. Il y a trop peu d'enfants pour occuper deux maîtres. D'ailleurs, on a peine à trouver des ressources pour en nourrir même un seul.

La vivacité de leurs désirs inspira aux curés des villages une ingénieuse solution. Si M. de la Salle ne pouvait pas leur donner des Frères, il pourrait du moins leur former des maîtres. C'est alors que chacun de ces curés choisit, dans sa paroisse, le jeune homme qu'il jugea le plus habile et le plus pieux, pour le confier aux soins de M. de la Salle. Celui-ci, toujours docile aux indications providentielles, reçut avec bonté ces jeunes gens dans sa maison.

« Ils n'ont point d'autre habit, dit-il lui-même, que celuy qu'on porte ordinairement dans le monde , hors

1 Blain , p. 278-279. Maillkfer. p. 84. Bernard, ]>. 85.

qu'il est noir, ou du moins fort brun, et ne sont distinguez des autres Laïques que par un rabat et des cheveux plus courts. Ils y sont instruits à chanter, lire et écrire parfaitement, logez, nourris et blanchis gratuitement; et ensuite on les place dans quelque bourg ou village pour y faire l'office de clercs; et, lorsqu'ils sont placez, ils n'onl aucun rapport à la communauté, sinon de bienséance. Ils y sont cependant receus pour faire retraitte '. »

Celle école normale, la première de toutes-, compta jusqu'à trente élèves à la l'ois. Destines à être les auxiliaires des curés et à tenir le lutrin, ces maîtres apprenaient le plain-chant, en même lemps que la lecture, l'écriture et le calcul. Un Frère, préposé à leur éducation, les formai! à la piété et aux vertus chrétiennes, si bien que ces jeunes instituteurs, revenus dans leurs paroisses, répandaient l'édification et travaillaient en apôtres zélés. Plusieurs d'entre eux, attirés par les charmes de la vie religieuse, ne voulaient plus sortir de la communauté. L'Institut acquit ainsi plusieurs sujets de grande valeur.

Ces vocations étaient une juste récompense des sacrifices que faisait M. de la Salle, car aucune pension ne lui était pavée pour ces maîtres de campagne. Il avait à pourvoir à leur entretien comme s'ils eussent été ses propres enfants. Mais jamais il ne se délia de la Providence. Depuis qu'il avait vendu et distribué tous ses biens, il s'en remettait à Dieu du soin de nourrir et de vêtir les soixante personnes qui composaient les trois communautés. Dieu ne lui manquait point. Plusieurs de ses parents cl des bienfaiteurs dévoués veillaient avec

sollicitude SUT les besoins de lu-livre.

1 Tiré du Mémoire sur l'habit des Frères. — - Lucard, Annales, p. 33,

nme les plus anciennes écoles normales. Des Roches ru fonda mie

:'' Bruxelles en 1687. Frédéric II en fonda une en Prusse .mi 1748. lin 1753, ^ Guillard, marchande de draps i Dunkerque, donna huit mille livres à la commune de Saint-Waasl (Pas-de-Calais . pour y fonder un novicial eu se formeraient îles maîtres d'école pour les garçons.

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