VIII
JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE SE DISPOSE A PARTIR POUR PARIS. VAINS EFFORTS DE MAURICE LE TELLIER POUR LE RETENIR A REIMS
Malgré ces pertes très douloureuses au cœur de notre Saint, l'Institut continuait à se développer : le nombre des sujets croissait peu à peu , la ferveur des Frères consolidait l'œuvre.
M. de la Salle n'oubliait pas la promesse faite à M. de la Barmondière. Il avait d'ailleurs les plus grands intérêts à s'établir à Paris, sur la paroisse de Saint-Sulpice. Son éloignement de Reims, où tant de liens de famille et d'amitié entravaient son action, lui apparaissait comme
1 Blaln, p. 257.
une délivrance. Il sentait surtout que jamais son Institut ne trouverai! l'indépendance nécessaire et ne prendrait son plein épanouissement, s'il n'était transporté dans la capitale même du royaume. En effet, à Reims, on le considérerait toujours comme une œuvre diocésaine, et il subirait le contre-coup, dans les idées et les tendances. de toutes les fluctuations des administrations successives. Or l'Institut avait besoin, pour prospérer, d'une certaine autonomie, et cette autonomie, il ne l'aurait jamais dans un diocèse particulier. De plus, pour attirer plus de sujets et pour distribuer à toute la France le bienfait de l'éducation chrétienne, l'Institut devait apparaître comme une œuvre nationale. Ces idées n étaient point, chez M. de la Salle, le fruit de l'ambition. Son zèle aurait sulli à les lui suggérer. Mais il les tenait principalement du Père Barré, dont l'esprit avait laissé dans son âme une trace si profonde, et M. Philbert, le vicaire général de Reims, les partageait.
En depil de ses convictions et de ses désirs. M. de la Salle ne se hâtait pas. Il attendait que le moment providentiel lût venu, et que Dieu, par un signe extérieur, lui manifestât sa volonté. Ce fut au mois de juillet lliST que de nouvelles négociations s'engagèrent.
M. de la Barmondière souhaitait plus que jamais d'avoir des Frères dans son école charitable. Dans les classes de la rue Princesse, plus de deux cents enfants se pressaient sur les bancs. Ils n'avaient pour maître qu'un prêtre deJa paroisse, M. Compagnon, assiste d'un jeune garçon sans expérience. Le curé de Sainl-Sulpiee était désolé du désordre qui régnait dans l'école, et du peu de profil qu'en liraient les entants. Louis de la Salle était alors au séminaire1; M. de la Barmondière alla le trouver, et le pria décrire à son frère pour lui demander un de ses maille- d'école.
1 Blain , p. -S. 286 M p. 86. Lucard, Annales, p. 51.