‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 94 sur 320 · DÉPART POUR PARIS · texte numérisé non relu

DÉPART POUR PARIS

Le sainl fondateur reçut deux lettres à la fois : l'une de son frère Louis, l'autre de M. Compagnon. Ce dernier le suppliait de venir au plus tôt le décharger d'un poids sous lequel il fléchissait. Cette demande allait droit au cœur de M. de la Salle. Mais on ne lui demandait qu'un seul Frère , et il s'était imposé la règle de ne jamais placer moins de deux Frères ensemble dans une école. Sans opposer à la supplique un refus formel, il se contenta d'exposer l'embarras où le jetait la demande d'un Frère isolé. Espérant vaincre ses hésitations, M. Compagnon partit pour Reims. Il ne trouva point le supérieur, alors occupé à visiter les écoles de Rethel, de Guise et de Laon ; mais il put étudier la belle organisation des classes de Reims, et ce qu'il vit ne lit qu'accentuer son vif désir d'attirer un Frère dans les écoles de Saint- Sulpiee '.

L'archevêque fut bientôt mis au courant dc^ pourparlers qui préparaient le départ de M. de la Salle. Maurice Le Tellier, bon administrateur et excellent juge du vrai mérite, appréciait le fondateur des Frères; il pressentait tout ce que le nouvel Institut pourrait faire de bien dans son vaste diocèse. Il résolut donc de fixer à Reims le centre de l'œuvre et de la limiter à son diocèse. Dans ce but, il promit à M. de la Salle toute sa protection pour le recrutement des sujets, et une part de son immense fortune pour assurer l'existence de l'Institut. Il favoriserait la fondation de nouvelles écoles, et il établirait des Frères dans toutes les bonnes villes de son diocèse.

Une offre si généreuse ne tenta point le fondateur. Il avait trop fait de sacrifices, et la Providence avait trop bien montré sa sollicitude pour lui. pour qu'il cédât à la séduction dv< avantages temporels. D'ailleurs, ses meilleurs amis de Reims, M. Pliilbert à leur tête, étaient

1 Maillefeb . p. 87.

d'avis qu'il devait transporter à Paris le siège central de son Institut. M. Callou, son directeur, était le seul à conseiller encore un délai.

Mais M. de la Barmondière s'accommodait mal d'un délai dont souffrait son école. Il voulut savoir de Louis de la Salle lui-même, alors revenu de vacances, pourquoi son frère ne se décidait pas. Le jeune séminariste, très au courant des idées de son frère, lui répondit que Jean -Baptiste ne consentirait pas à donner un Frère isolé, mais que, si on l'agréait, il en enverrait deux et viendrait lui-même avec eux. Trop heureux de posséder le fondateur lui-même, le curé de Saint-Sulpice accepta de si avantageuses conditions.

Ce fut M. Compagnon qui écrivit pour terminer L'affaire. Mais M. de la Salle, toujours prudent, estima qu'un intermédiaire n'avait poinl assez de responsabilité pour conclure dans une question pratiquement si grave. Soit pour avoir nue marque plus explicite de la volonté divine, soit pour se mettre pins sûrement à couvert des incertitudes de l'avenir, il attendit qu'un ordre lui vînt de M. de la Barmondière lui-même. Le curé de Saint- Snlpiee n'eut point de peine à se prêter à eetle sage exigence, cl il pria M. Baudrand, alors directeur du séminaire, d'écrire et de s'engager en son nom.

Cette lettre officielle triompha de toutes les hésitations. M. Callou conseilla le départ: l'archevêque même, d'un sens toujours droit, l'approuva.

Notre Saint pours ul an gouvernement des communautés de la nie Neuve et le confia aux soins de frère Henri L'Heureux. Puis, prenant avec lui Aeux des Frères les plus instruits de sa communauté, il partit à pied pour se rendre à Paris, où il arriva le '1 î février IliSS.

L Institut était tonde; il n'avait qu'à grandir et à s'organiser. A Paris comme à Reims, il se développera au milieu des contradictions des hommes, mais avec la bénédiction de Dieu.

Page 1