CHAPITRE XVI
Nouvelle conjuration contre saint Cbrysostome.
Nouveau synode.
Intervention de lempereur. — Attentat conti-e la vie du saint.
Affaire des Thermes de Constance.
Les amis de saint Chrysostome- eussent voulu que clans cette circonstance une sanction auguste vint donner à la pai.K un caractère plus certain de stabilité. Tout l'Orient était attentif : une voix plusieui's fois invoquée se faisait attendre ; c'était celle du patriaixhe d'Occident, du vieillard de Rome, de la sentinelle divine, qui du haut du Capitule, étend son regard sur le monde et pai4e à l'univers entier.
Mais alors, d'autres besoins réclamaient d'un autre côté toute la sollicitude du chef suprême de l'Église. En Espagne, l'hérésie souvent victorieuse, se débattait avec fureur, dans les campagnes et dans les villes du beau pays qu'arrosent le Bétis et le Tage. L'Afrique et l'Asie étaient témoins d'un combat insolite et plein d'intérêt pour la jeune civihsation chrétienne ; saint Augustin et saint Jérôme s'étaient rencontrés avec des idées divergentes sur
l-c toiTuin de la science ecclésiastique, et le bruit de leur querelle remplissait à la fois l'Orient et l'Occident.
Saint Chrysostome était donc seul dans la lutte; et tout semblait annoncer qu'il devait y périr ; car cette solitude d'une part, et de l'autre l'éloignement et le silence du Père commun des chrétiens entraient visiblement dans les desseins de la miséricorde divine. 11 était évident que le saint s'avançait h grands pas vers son calvaire, où l'attendait l'immolation ; et toute intervention active eût pu retarder l'accomplissement de son sacrifice.
A Constantinople, le nom de la paix était sur toutes les lèvres ; mais cette paix avait tous les caractères d'une préparation au combat. Il était facile de comprendre que le repos passager dont le saint paraissait jouir, après son retour du premier exil, n'était pour lui qu'une halte de courte durée sur le chemin du martyre. C'était un moment d'arrêt, pour prendre haleine, relever son courage et lui donner la force de se porter en avant. Il était démontré pour tous, qu'en présence de la faiblesse impardonnable de l'empereur Arcadius, le caractère absolu, despotique et cruel de l'impératrice Eudoxie et l'inflexible rigidité du saint devaient tôt ou tard se heurter dans un conflit suprême, dans lequel la force brutale devait nécessairement triompher de la résistance inotfensive de l'homme de Dieu.
Deux mois en effet s'étaient à peine écoulés depuis le départ de Théophile, que déjà l'on voyait ces tristes prédictions s'accomplir.
Dans ces siècles de transition morale, dans cette lente transformation sociale, où la civilisation naissante se dépouillait péniblement des traditions idolatriques, on voyait souvent les peuples chrétiens associer des instincts aux nuances païennes, avec l'exercice des plus nobles vertus de l'Evangile. Ils semblaient se dédommager de l'absence du culte sensuel de leurs divinités, en se faisant des idoles de leurs maîtres, auxquels il ne manquait bien souvent que