CHAPITRE X^•I
des autels. Tous ces abus inloléral)les entraient clans les Imbiludca de la population de Constantinople. Les fidèles eux-mêmes n'étaient pas inaccessibles à ces influences pernicieuses ; ils payaient volontiers leur tribut à ces aberrations. Les évéqucs avaient travaillé longtemps à leur imprimer des sentiments plus en harmonie avec la foi chrétienne ; mais le mauvais instinct remportait toujours.
Deux mois après le retour de saint Chrysostome, sous le consulat de Rumoridc et de Théodose le jeune, au mois de septembre de Tan 403 de 1ère chrétienne, époque où commence la première indiction de Constantinople, un grand événement remplit l'Eglise et l'empire de deuil et d'agitation. L'empereur, pour flatter la vanité puérile d'Eudoxie, lui fit ériger au centre de la ville, une statue monumentale.
Auprès du palais du sénat s'étendait une place magnifique, entourée des plus beaux monuments de la capitale. De l'autre côté de la place, en face du palais sénatorial, s'élevait majestueusement la basilique de Sainte-Sophie, dédiée à la sagesse éternelle. Ce temple, une des merveilles du monde, était l'œuvre de la munificence des empereurs. Chaque souverain se montrait jaloux de graver son nom sur ce monument sans rival, par des libéralités dignes de la majesté du trône. C'était l'église métropolitaine. C'est là que se faisait entendre chaque jour la voix puissante de saint Chrysostome. Une large rue centrale, également éloignée du temple et du palais, laissait apercevoir au loin le centre de la place qui séparait les deux monuments.
C'est en ce lieu, devant la face méridionale de la métropole, que l'on éleva la statue de l'impératrice. Elle était d'argent pur, et revêtue de la chlanide des augures romains. Un piédestal, orné do reliefs et surmonté d'une colonne de porphyre, sur laquelle elle était posée, lui donnait l'aspect d'une divinité païenne.
4 WAINT CHRYSOSTOME.
Le prclet de Constantinople, homme rétrograde, et sectateur de la hideuse doctrine de Manès, n'avait rien oublié, pour imprimer aux réjouissances qui devaient en accompagner l'inauguration, un caractère d'hostilité flagrante contre les sentiments chrétiens. Cet homme était imbu d'opinion singulières, également éloignées de la perfection évangélique et de la stupidité païenne. Il ne pouvait pardonner à saint Chrysostome la guerre incessante et toujours victorieuse par laquelle il battait en brèche et livrait aux mépris ses prédilections hérétiques. Il s'empressa donc de saisir cette occasion pour donner cours à sa haine et se venger du saint.
En conséquence, il déploie une activité sans égale. Il surexcite dans la multitude , l'imagination, les sens et le goût des plaisirs ; il organise des fêtes fabuleuses ; il établit en permanence, devant la porte même de la métropole, des danses lascives et des spectacles de bateleurs. Tout le peuple y prit une part active. La population tout entière était debout, avide d'émotions et de plaisirs. Les passions et les sens étaient en ébullition; le torrent avait rompu ses digues. Ces réjouissances demi-païennes occupaient les jours et les nuits. Les applaudissements, les cris, les sons perçants des instruments retentissaient jusque sous les voûtes de la basilique et rendaient impossible le recueillement du service divin. C'était bien là ce que s'était proposé l'apôtre de l'hérésie.
Saint Chrysostome, troublé dans son ministère sacré, ne pouvait demeurer impassible spectateur de cetfe recrudescence idolatrique. Il ne pouvait tolérer que sous le voile menteur d'un faux zèle, l'hérésie vînt, au nom vénéré du chef de l'État, troubler la paix du sanctuaire et porter l'effervescence et la dissipation jusqu'aux pieds des autels. Il se met donc en mesure de repousser le scandale. Il élève la voix ; il flétrit avec énergie l'insolence des perturbateurs. Il rappelle aux chrétiens que ces plaisirs licencieux sont incompatibles avec une foi sincère, comme