CHAPITRE XXIV. 34o
Quatre siècles de persécutions, à peine interrompues par les règnes du grand Constantin et de ses fils , avaient scindé matériellement le corps mystique de Jésus-Christ, et séparé forcément, dans FEglisc, les membres de leur chef. Et quand l'Epouse du Sauveur put compter désormais sur des jours plus sereins, des espaces immenses, des distances infranchissables séparaient, dans tout l'univers, les fractions isolées, les membres épars de la grande famille chrétienne.
Mais arrivent alors des perturbations terribles , dont le premier résultat est d'abréger les distances, et d'obliger tous les peuples à se donner la main. En même temps des orages s'élèvent, destinés à dégager de ses nuages le beau ciel de l'Eglise. Tel fut le caractère spécial de la tourmente dans laquelle succomba le saint patriarche de Constantinople.
Sans la haine implacable de Théophile, saint Chrysostome eût vécu sans doute la vie d'un saint ; mais , dans la marche paisible de son apostolat, il n'eût peut-être pas eu besoin de porter ses regards vers la ville éternelle, d'appuyer son bras sur le bras du père commun des fidèles et des évoques, des agneaux et des brebis. Il n'eût peut-être pas fait appel au cœur qui reçut de Jésus-Christ la mission et le pouvoir de confirmer ses frères, tandis que , banni de son siège, de son bercail , par l'ambition et la haine de ses ennemis, il présente au monde un éclatant témoignage en faveur de l'autorité souveraine, devenue, par le fait de la parole même de Jésus-Christ, l'apa nage de saint Pierre et de ses successeurs. L'orage a donc aussi , lui , dans la main de Dieu, sa mission à remplir. Au milieu de ces agitations d'une société malade qui cherche à se créer des formes constitutives, et qui , renversée de ses premiers fondements, s'efforce de s'asseoir sur des bases nouvelles, toutes les vérités sociales et catholiques arrivent successivement sous la plume incomparable de saint Chrysostome, et se présentent avec une
précision, avec une clarté, qui rappelle les paroles recueillies autrefois des lèvres du Sauveur.
Dieu. — Les combats incessants du paganisme et de l'hérésie amènent, à chaque instant, le saint docteur à défendre les dogmes chrétiens sur la nature et les attributs de Dieu. Dans un grand nombre de discours, il s'atttache à les venger des cris insultants de ces hommes égarés , agités par tout vent de doctrine, qui ne cessaient de se vautrer dans le cloaque impur de l'ignorance et de la corruption. Quand il parle de Dieu, de ses attributs infinis, de sa toute-puissance, il semble prendre son essor avec les prophètes : « Ecoutons, dit-il, l'accent des oracles célestes; non-seulement ils confessent qu'ils ne sauraient comprendre la substance infinie de Dieu ; mais ils hésitent même et s'arrêtent devant la grandeur incommensurable de sa sagesse.
« Ces hommes, inspirés du ciel, osent un instant plonger leurs regards dans l'océan sans rivages de la sagesse éternelle. Mais le vertige les saisit; l'étonnement et la terreur s'emparent de leurs sens; ils s'écrient : Hommages vous soient rendus, Seigneur ! que votre magnificence est terrible, et que vos œuvres sont ravissantes de beauté ! »
« Nous avons, ajoute saint Chrysostome, la déclaration formelle de l'Esprit-Saint , qui proclame que « la sagesse infinie est incompréhensible à l'esprit de l'homme, car le Seigneur est grand, dit-il, sa puissance est immense et son intelligence sans limites. Donc, elle ne saurait être comprise par l'intelligence humaine. Sa grandeur est sans bornes, et vous oseriez tenter, dit l'Esprit-Saint, de resserrer sa substance dans les étroites limites de votre raison ! »
Dans son enthousiasme, le saint docteur s'élance jusque dans les hauteurs inaccessibles où Dieu déploie sa magnificence , et veut interroger lui-même les habitants du séjour de l'éternité : « Laissons, dit-il , sur la terre, saint Paul et les prophètes et prenons notre essor vers les cieux.