‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 156 sur 214 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Voyons s'il nous sera donné de rencontrer dans la cour céleste, une seule de ces intelligences sublimes qui puisse comprendre la substance de Dieu. Mais encore, quand même Dieu se laisserait comprendre par Tun de ces esprits bienheureux, qu^en faudrait-il conclure? Ils n'ont rien de commun avec notre nature, car il existe un abîme entre les anges et les hommes. Eh bien ! néanmoins, pour nous convaincre, avec une surabondance de lumières, que, même au ciel , il n'existe aucune vertu qui soit favorisée de ce privilège de comprendre l'infini, prêtons l'oreille à la voix des anges. Mais, quoi donc! allons-nous les entendre disserter sur la nature divine, et débattre entre eux la question de l'immensité de Dieu? Non, non, ils glorifient, ils adorent, ils prolongent dans les cieux l'harmonie de leurs hymnes mystéiieux et de leurs chants de triomphe. Les uns s'écrient : Gloire à Dieu dans les hauteurs des cieux! (Luc, ii, 4.) Les séraphins leur répondent : Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu des armées ! (Isaïe, vi, 3.) Et les chérubins : Bénie soit sa gloire dans sa demeure éternelle ! (Ézéch., m, 12.) Loin de nous pourtant la pensée que Dieu puisse occuper dans l'espace une demeure ; car il ne peut posséder ni forme extérieure ni visage. Mais le langage humain nous oblige de parler ainsi de lui dans cette circonstance, quelque part qu'il habite, ou de quelque manière qu'il puisse être, si toutefois encore il est possible de tenir un tel langage avec sécurité sur la substance divine. Mais , enfin, nous n'avons, pour nous servir, que la parole de l'homme, et nous sommes condamnés à ne pas en répudier l'usage.

« Que la nature divine soit donc, sous un certain aspect, inaccessible à l'esprit humain, cela peut être, direzvous; mais qu'elle le soit même à l'intelligence des esprits célestes, « c'est chose bien plus étrange. » Eh bien! Ecoutez le témoignage d'Isaïe , ou plutôt la pensée de l'Esprit de Dieu lui-même : J'ai vu le Seigneur dans sa

gloire ; les séraphins se tenaient autour de son trône ; ils se voilaient les pieds et le visage de leurs ailes. (Isaïe, vi, 1, 2.) Pourquoi donc, je vous prie, étendre leurs ailes et se voiler le visage devant le Tout-Puissant? Oui, pourquoi? si ce n'est parce qu'ils ne peuvent supporter les rayons de lumière et la splendeur qui jaillissent de son trône. Aussi Dieu, pour se laisser entrevoir à leurs yeux, est-il obligé de tempérer l'éclat de sa lumière ; comment donc auraient-ils pu contempler sa substance, puisque en lui tout doit ainsi s'amoindrir pour devenir accessible à leurs regards? Car Dieu ne se manifeste point tel qu'il est dans la grandeur de son essence ; mais il condescend et s'accommode à rimperfection des esprits auxquels il se révèle, et ne se découvre à leurs yeux qu'avec un tempérament et des proportions compréhensibles à leur intelligence.

« Ce tempérament » dont Dieu daigne se servir en feveur de la faiblesse des êtres sortis de ses mains créatrices, se révèle dans ces paroles du prophète : J'ai vu le Seigneur assis sur un trône, dans les régions supérieures des cieux. (Isaïe, VI, 1, 2.) Mais la divinité ne saurait s'asseoir; cette attitude ne peut être que celle des corps tirés de la matiçre ; sw un trône, ajoute le livre sacré; mais Dieu ne peut être circonscrit aux limites d'un trône, car la substance divine est infinie. » Dieu semble donc ainsi s'amoindrir à des proportions limitées, pour se laisser entrevoir à la faiblesse humaine.

Dieu donc, dans l'enseignement de saint Chrysostome, est un esprit immense, incompréhensible dans son essence et dans ses attributs divins. La raison et la foi se donnent la main et s'identifient dans cet hommage qu'elles offrent de concert à l'incomparable majesté du créateur. Comment en effet concevoir qu'une substance limitée puisse embrasser et comprendre la substance infinie? « Et comment l'esprit humain oserait-il affecter l'orgueilleuse présomption de comprendre la substance divine qui se dérobe à nos yeux dans une lumière inaccessible, quand la nature

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