CHAPITRE XXVII
Institutions. — OEuvres. — Pratiques de la religion chrétienne.
Institutions monastiques. — Dans le grand livre de la vie de saint Chrysostome, du plus brillant apôtre de l'Orient, est tracée à grands traits toute l'économie de la religion chrétienne : l'efficacité des bonnes œuvres, la sainteté des pratiques pieuses, la puissance de la prière, les obligations du peuple et les devoirs de la vie privée , toute l'organisation divine de l'Église de Jésus-Chi^st est là. Parcourons encore quelques-unes des pages de ce livre vivant que les siècles chrétiens ont placé sur nos autels. Saint Chrysostome, dans sa retraite, avait longtemps médité les vérités , les devoirs et les conseils renfermés dans la doctrine du Sauveur. Tous ses écrits, dans leur plus bel éclat, ne sont qu'un pâle reflet des sublimes méditations de cette intelligence privilégiée. Il avait lui-même embrassé la plus austère des institutions de l'Église, où ces devoirs et ces conseils reçoivent sur la terre leui' plus magnifique développement. Il passait souvent de la contemplation des beautés du Ciel et de l'organisation des choses célestes à la considération des combats de la terre et des misères des sociétés humaines.
Il voyait avec une véritable douleur la vie monastique, la manifestation la plus complète de la perfection évangélique, dont il avait fait ses délices, sans cesse attaquée par
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l'ignorance et sans cesse en butte aux railleries de l'incrédulilé. Ce beau génie descendait souvent des hauteurs de la science divine pour se replier contre les détracteurs de la vie solitaire du désert. Son Livre au moine Démélrius, son Exhortation à Stagire, les trois Livres de la vie monastique, et la Comparaison d'un moine et d'un roi , forment un magnifique témoignage de sa sollicitude et de son affection pour la vie religieuse, pour cette fleur immortelle du champ de l'Eglise, du vrai paradis terrestre depuis Jésus-Christ.
Il démontre que les institutions monastiques s'élèvent au-dessus des institutions humaines, autant c|ue les régions célestes sont élevées au-dessus de la surface de la terre. La condition des moines est bien sans doute, sous un certain aspect, une condition terrestre, mais elle constitue un état de perfection digne de la sainteté du Ciel, et qui ne le cède en rien à la perfection de la nature angélique. Il prend ensuite un souverain, revêtu de tout le prestige de sa puissance, et le place en présence du plus humble chrétien allant ensevelir son existence dans l'ombre du monastère. Chose étonnante! A ses yeux l'éclat de la majesté royale pâlit et s'éclipse devant l'imposante supériorité des privilèges divins de la vie solitaire. « C'est ajuste titre, s'écrie-t-il, que vous devez accorder au moine les honneurs de la royauté, plutôt qu'au simple mortel qui, revêtu de la pourpre et du diadème , vous apparaît assis sur un trône étincelant d'or. »
C'est ainsi que se trouvent préconisées les institutions monastiques , et cela par l'une des plus pures et des plus brillantes gloires de l'Église, et par un des plus puissants génies dont l'humanité s'honore.
C'est ainsi que nous voyons passer dans les œuvres et dans les mœurs du peuple les paroles et l'enseignement de saint Paul : « Je veux que vous demeuriez tous , ainsi « que moi, fidèlement soumis à la loi de la continence, car « il est avantageux à l'homme de se garder du contact de
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« la femme. » Enfin c'est ainsi que s'accomplissent les conseils du Sauveur : « Il est des eunuques qui se sont « séparés de la condition commune des hommes, pour s'as- « surer la possession du royaume des cieux. »
Œuvrer. — En exaltant la vie du monastère, le saint évêque à son insu ne faisait que rendre hommage à ses propres vertus. Son existence, en effet, est un prodige constant de cette austère mortification qui prépare le martyre. Quelle vie jamais, même parmi les premiers anachorètes, proclama plus haut la nécessité d'une coopération, par les bonnes œuvres, au puissant bienfait de la grâce du Sauveur? Et quelle parole, après celle des apôtres en fit mieux comprendre l'importance? lorsqu'il rappelle ces derniers enseignements de .Jésus-Christ à ses apôtres : « Ne vous livrez point à la joie de ce que la puissance divine, le don de Dieu, soumet les puissances des ténèbres à votre empire ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont gravés au Ciel, dans le livre de vie. » Il ajoute : « Si les hommes n'ont dii leur puissance et leur grandeur qu'à la grâce de Jésus-Christ, sans le concours de leur coopération personnelle, quel obstacle peut s'opposer à ce que tous les hommes soient élevés à l'honneur d'un semblable privilège ? »
Nécessité. — a Si la grâce divine, en effet, ne réclamait point notre coopération active, elle serait également répandue à profusion dans tous les cœurs ; car Dieu ne saurait faire acception de personne. Mais il n'en est point ainsi, car elle a besoin pour son efficacité du concours persévérant de notre volonté; voilà pourquoi son action, puissante et conservatrice dans quelques âmes , en abandonne d'autres à tous les périls de leur isolement et de leur faiblesse.
« Dieu tend la main sans doute pour la défense de notre âme et pour la protection de nos cœurs ; mais à quoi bon toutes ces grâces et tous ces bienfaits du ciel, si le mérite des bonnes œuvres no vient point s'ajouter à l'action de
la libéralité divine? Quand même notre âme serait embellie de tous les dons de la foi , serait favorisée de la connaissance approfondie des saintes Ecritures , si cette âme est vide et nue de toutes les œuvres qui font la perfection de la vie, aucun obstacle ne pourra retarder sa chute dans la fournaise de la justice vengeresse , dans l'océan éternel et sans limites des flammes inextinguibles de l'enfer.
« Voyez ce ser^"iteur injuste et cruel qui ne fut pas en mesure de payer sa dette à son maître ; que nous représente le Sauveur dans ce malheur et cette détresse ? C'est que l'âme de cet homme méchant n'était qu'un désert, où le regard du Seigneur ne pouvait découvrir aucun fruit de pénitence, aucune bonne œuvre qu'il pût offrir en compensation de ses méfaits ; car elles nous sont imputées, nos bonnes œuvres, elles nous sont imputées toujours à mérite pour notre justification , pour la rémission de nos péchés, comme la foi nous est imputée à justice.
« Non, il ne vous suffit pas de posséder le don delà foi, si cette foi n'est accompagnée des œuvres qui forment la parfaite régularité de notre vie. Si les tribulations de la terre, les maladies, les inflrmités et la mort que nous n'allons point chercher nous-mêmes, mais que nous subissons malgré la résistance de notre volonté, nous sont imputées à richesses pour la rançon de nos péchés , quels ne seront donc point le mérite et la puissance des œuvres saintes que notre âme, dans le calme de ses sens, s'efforce de rechercher et d'accomplir avec tant d'ardeur? » Ainsi les bonnes œuvres, les œuvres selon la foi, sont nécessaires, efficaces, méritoires; et Dieu réclame cette coopération de notre âme à la grâce qu'il nous envoie pour soutenir notre faiblesse dans le chemin du ciel.
Aumône. — Saint Chrysostome ne se borne pas à recommander les œuvres, à les enseigner d'une manière sommaire, il les spécifie; et ces œuvres, qui prolongent dans les justes, sur la terre, la mission réparatrice du Sauveur, forment un des plus beaux aliments de son éloquence et