CHAPITRE XXVIII
en ce jour poui' nous des trésors de la bonté divine. Nous venons de célébrer les fêtes de la Croix , de la Passion et de la Résurrection du Sauveur; aujourd'hui nous sommes arrivés à la plus grande des solennités chrétiennes. Contemplez en effet cette sollicitude divine et cet amour immense qu'aucune langue humaine ne saurait exprimer. Avant ces quelques jours, Jésus-Christ s'est enlevé dans les cieux ; il est allé s'asseoir à la droite de son Père sur son trône royal, et voici qu'en ce jour il nous envoie son Esprit saint, et, par son Esprit, les biens incalculables du ciel. « L'éclat de cette fête resplendit sur tous les instants de notre vie et peut se célébrer chaque jour. Quel est, en effet, son objet? Elle a pour but d'honorer la descente de l'Esprit de Dieu , qui vient habiter le cœur de l'homme. a Mais celui qui m'aime, dit Jésus-Christ, observe tous « mes préceptes. Et moi je prierai mon père, et mon père, « à ma voix , fera descendre du ciel un autre consolateur, a l'Esprit de vérité, qui demeurera dans vos âmes pour « l'éternité. » Puisque Jésus-Christ affirme du Saint-Esprit que sa présence en nous est perpétuelle, la Pentecôte est donc une fête que nous pouvons célébrer chaque jour. »
Tel est l'enseignement du saint patriarche de Conslantinople sur les plus importantes des solennités chrétiennes. De grandes fêtes étaient instituées pour rappeler les plus grands bienfaits de Dieu ; puis des fêtes secon • daires, consacrées aux saints, avaient pour but de raviver parmi les lidèles le souvenir des vertus évangéliques dont ils avaient laissé l'exemple aux générations à venir.
Pendant ces jours, les travaux étaient suspendus; les chrétiens quittaient leurs demeures pour venir entourer la chaire de leur évêque, soit dans l'enceinte des basiliques, soit en dehors des villes sur les tombeaux des martyrs; là, sur les cendres de leurs pères, ils s'animaient au souffle inspirateur de la parole divine , qui leur rappelait
4SX .SAINT CHRYSUSTOME.
le souvenir et les vertus de leurs modèles et qui les enflammait de l'héroïsme de leur martyre. Ces froides dépouilles elles-mêmes leur faisaient entendre une voix plus puissante que le cri délirant des passions ; la parole du pasteur se revêtait de l'éclat d'un accent divin ; elle avait toujours pour les chrétiens un écho céleste , qui semblait sortir de la tombe et révéler les pensées du ciel.
Cet enseignement du tombeau n'emprunte point sa puissance irrésistible au sentiment de la tristesse et de la douleur, aux étreintes de cette main froide de la mort qui passe sur le cœur et qui le ravit aux impressions de la terre , pour l'ensevelir dans de sombres pensées comme dans un crêpe de deuil, non. Cet enseignement avait un caractère plus suave et plus fort ; c'était la parole silencieuse de l'âme qui repassait par sa dépouille mortelle, pour se manifester encore une fois par la poussière du tombeau.
De la tombe de Jésus-Christ, en effet, sont sorties plus de merveilles qu'il n'en avait opéré pendant tout le cours de sa vie mortelle. C'est du tombeau qu'il s'est élevé vers le séjour glorieux de son éternel repos ; c'est aussi de sa tombe que rejaillirent pour l'humanité toutes ses espérances de félicité future. Que de prodiges, après lui, n'ont point semé sur leur passage les restes inanimés des martyrs !
Saint Chrysostome lui-même a fait entendre de sa tombe une voix plus persuasive et plus puissante que celle qui faisait retentir d'applaudissements les basiliques de Saint-Paul d'Antioche et des Saints-Apôtres de Constantinople. Quand un ordre de l'empereur Théodose fit transporter dans la ville impériale la dépouille récente du patriarche martyr, la guerre du schisme s'apaisa , toutes les inimitiés s'effacèrent, les haines les plus invétérées s'évanouirent, de tous côtés les partis s'embrassèrent pour inaugurer une ère de fusion et de paix , et ce que ni son éloquence, ni son autorité . ni sa vertu n'avaient pu rétablir pendant sa vie, il l'opère par sa seule présence après sa mort.