‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 22 sur 214 · CHAPITRE XYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYII

que la situation empire, et que saint Chrysostome ne cesse de grandir en proportion des pièges qu'ils lui tendent et des efforts qu'ils font pour Tanéantir. Ils ne peuvent se dissimuler que de plus longs délais ne sauraient avoir pour conséquence nécessaire que d'assurer définitivement son triomphe. Ils frémissent à la seule pensée que ce triomphe du saint aurait pour effet immédiat de les flétrir eux-mêmes dans l'opinion publique, et de les marquer éternellement du stigmate de honte qui s'attache au nom des plus vils conspirateurs. A cette impasse cruelle, ils ne voient d'issue possible que dans une tentative suprême pour arracher de haute lutte à l'empereur l'expulsion du saint évêque de la ville de Constantinople. Ils se sont placés spontanément entre le crime et la honte ; la honte leur fait horreur : ils optent pour le crime.

Et ces quatre hommes, ces quatre conspirateurs, le cœur chargé de tout le poids d'un attentat contre Dieu, contre l'Église et contre leur conscience, se dirigent d'un pas mal assuré vers le palais de l'empereur. « Seigneur, lui disent-ils, le ciel n'a placé sur cette terre aucun empire au-dessus de votre empire, et toute puissance, à nos yeux, doit humblement courber la tète devant vous. Vous ne connaissez ni ne devez connaître d'autre loi que votre volonté souveraine ; ce qu'elle veut, vous pouvez l'accomplir. Eh bien! seigneur, nous faisons appel à cette volonté toute -puissante; nous nous jetons à vos gerioux; nous plaçons votre justice entre un évêque coupable et les saintes lois de l'Eglise, représentées par les Pères du concile. Les Pères ont frappé : vous ne pouvez plus longtemps attendre. Le ciel ne saurait vous permettre d'affecter plus de mansuétude que les prêtres de Jésus-Christ, ni plus de sainteté que les évêques. Vous pouvez rendre contre nous l'arrêt qu'il vous plaira, mais souvenez-vous de notre déclaration irrévocable ; nous prenons sur nos têtes la déposition de l'évêque Jean, du siège patriarcal de Constantinople. Prenez garde, seigneur, aux conséquences

d'une plus longue temporisation, et n'allez pas, pour le salut d'un seul homme, confondre dans une commune ruine et les évêques assemblés au nom de Jésus-Christ, et l'Église catholique, la sainte épouse du Sauveur. » C'est ainsi que parle l'hypocrisie.

L'empereur fut profondément ému de cette démonstration judaïque. Il se rendit à leurs vœux, mais non sans se sentir bouleversé par la voix vengeresse du remords. Il ne put contenir, en leur présence, le trouble qui l'agitait et le doute qui lui torturait la conscience. « Je suis innocent, leur dit-il, de cette iniquité : qu'elle vous soit imputée à vous seuls ! Cette sentence est votre crime : que la justice du ciel la fasse retomber sur votre tête ! »

Une telle réponse était, de la part d'Arcadius, une manifestation tardive, pusillanime, mais spontanée de sa justice. Il aimait et vénérait saint Chrysostome, malgré les prétendus griefs qu'il s'imaginait avoir contre lui. Mais la faiblesse, la crainte, l'impression des paroles des conjurés, ne lui laissaient plus la libre direction de ses pensées. Dans cette affreuse perplexité, la situation lui parut assez grave pour l'obliger à frapper un dernier coup. Ce coup devait épargner les coupables et ne tomber que sur l'innocence et la sainteté : les vrais coupables n'étaient pas assez purs pour être privilégiés de l'honneur du sacrifice et de l'auréole des victimes.

Mais au moment de consommer le parricide, au moment d'immoler le saint évêque, Arcadius entendit encore un instant le cri de sa conscience : il fut accablé par une profonde douleur. Le trouble, le remords, une amère tristesse de cœur lui firent comprendre qu'il allait porter la main sur l'ami de Jésus-Christ, sur le saint de l'Eglise et sur l'oint du Seigneur. Il mande à la cour le notaire Patrice; il le charge d'aller, en son nom, se présenter à l'homme de Dieu, non point avec l'attitude menaçante d'un mandataire de la justice souveraine, mais avec les égards qu'exigent le respect et la vénération. Il lui recom'

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