CHAPITRE XVir
« h nous chasser de notre siège, sans production de mé- « moires, ni de libelles, et sans nous confronter avec nos «accusateurs, que l'on nous donne des juges conscien- (( cieux, incorruptibles, et que l'on rende un arrêt. Nous « leur exposerons notre cause ; nous parlerons à leur con- « science, et nous démontrerons notre innocence com- « plète sur tous les faits calomnieux qui nous sont imputés. « Mais nous protestons, du fond de notre âme, contre la 0 procédure et les excès de nos ennemis, parce qu'ils sont « une violation flagrante de tous les usages anciens, et de « toutes les règles de la discipline présente de l'Église.
K Mais pourquoi parler des lois de l'Église? Jamais " énormité si criante n'a paru, dans les fastes judiciaires « des peuples, entacher les jugements des tribunaux pro- « fanes, même chez les nations barbares. .Jamais ni Scy- « thés, ni Sarmates, n'ont rendu d'arrêt capital, après « l'audition d'une seule des parties, en l'absence de l'ac- « cusé, malgré son appel constant à des juges intègres , « malgré ses protestations d'innocence, et son désir de « défendre sa cause même en présence de l'univers entier, « enfm malgré sa confiance absolue de pouvoir démontrer « jusqu'à l'évidence , qu'il est étranger h tous les faits a dont il est accusé.
« Que votre charité, désormais informée de toutes ces « infamies, par le témoignage des très-pieux seigneurs « les évêques, nos frères, daigne leur accorder l'objet de « leur démarche et de leurs pressantes sollicitations. Ce « ne sera pas seulement une grâce dont nous recevrons la « consolation et la faveur, ce sera surtout un bienfait si- « gnalé pour tout le collège apostolique des évêques. Et « vous aurez acquis des droits h la récompense du Dieu « qui s'est livré lui-même h la mort pour la paix et la « prospérité de son Église.
« Que ce Dieu vous soit en aide, et dans vos oblations, « très-saint et très-vénéré Père, daignez aussi vous sou- « venir de moi. »
Ainsi saint Chrysostome plaidait énergiquement la cause commune de TÉglise et de la justice ; mais sa voix devait rencontrer assez d'obstacles pour que la réparation ne se fit jour qu'après sa mort. Sa lettre fut également adressée à Vénérius de Milan, ainsi qu'à Chromace d'Aquilée.
Pendant qu'il traduisait ses persécuteurs au tribunal suprême du souverain Pontife; près de lui, des cœurs pleins de force et de générosité luttaient avec succès contre la violence, et rendaient un éclatant hommage à la cause de la vérité. Ces athlètes de la sainteté persécutée, portaient bien haut le drapeau de l'indépendance ; ils ne savaient ni se laisser abattre sous les instruments de tortures, ni reculer devant les menaces de mort. C'étaient les diaconesses, qui rachetaient la fragilité de leur sexe par un courage digne des âges apostoliques. L'Eglise , inspirée par .Jésus-Christ, les avait placées près des évêques comme des anges subalternes destinés au service des autels. Elles avaient un attrait instinctif pour les choses divines; elles étaient douées d'une intuition surnaturelle pour la sainteté. Celles de Constantinople demeuraient en communion avec saint Chrysostome. Elles s'honoraient de partager avec lui la haine implacable de ses persécuteurs.
Olympiade était à la tête de ces nobles femmes , l'honneur de la religion. Liée autrefois d'estime et d'affection avec Nectaire, elle était devenue son conseil pendant toute la durée de son épiscopat. Après Nectaire, le génie supérieur et le zèle de saint Chrysostome avaient rencontré , dans cette âme d'élite, une coopération puissante : Olympiade lui présentait un fonds inépuisable de dévouement , d'héroïsme et de charité. C'en était assez déjà pour-mériter l'honneur de figurer sur les listes de proscription des schismatiques. Mais Sévérien, Antiochus et les autres conjurés avaient contre elle d'autres griefs et nourrissaient contre elle, au fond de leur cœur, d'autres motifs de ressentiment. Sur les instances de saint Chrysostome , elle s'était faite la pi^ovidence des grands frères et des re-