CHAPITRE XVIII
Mort de madame de Gondi.
IVIadame de Gondi avait vivement désiré de pouvoir fonder, pendant sa vie, l’œuvre de la Congrégation de la Mission. Cette grâce lui fut accordée, et l’on eût dit que Dieu n’attendait plus que cet acte de munificence , qui comblait la mesure des bonnes œuvres d’une femme sainte , pour terminer son exil sur la teiTe. Elle était jeune encore , car elle n’avait que quarante-deux ans; mais si sa vie était courte, elle avait été pleine, et Dieu regarde au poids bien plus qua la longueur.
A peine deux mois s’étaient-ils écoulés depuis la signature de son acte de fondation , que la comtesse fut atteinte d’un mal dont elle devait mourir. Sa constitution, exténuée par des maladies
précédentes aussi bien que par les fatigues quelle avait subies en travaillant avec tant de courage à la vigne de Jésus-Christ, ne put résister à la violence d’une fièvre aiguë, et cette belle àme , blanche et pure comme la neige, se dégagea de son enveloppe périssable pour aller jouir du repos éternel dans le sein de Dieu.
Au dire d’Abelly , les bonnes actions de cette femme vertueuse auraient pu remplir un volume qui eût contribué grandement à l’édification du prochain. Pourquoi n’ont-elles pas été publiées alors? Le grand monde a besoin de ces modèles-là pour se rassurer contre ce crédit et cette opulence qui rendent, selon Jésus-Christ, la route du ciel si scabreuse aux riches de la terre. Il est bon que la vertu , comme la rose , laisse après elle un peu de son parfum lorsque le vent de la mort l’a flétrie; car ce parfum éveille dans les cœurs bien nés des émotions saintes et généreuses.
Pourquoi donc Vincent-de-Pauln’a-t-il pas révélé a la terre les bonnes œuvres de Marguerite de Gondi? Parce que, répond son premier historien (i) qui le savaitpar cœur, il craignait d’attirer à soi une partie des louanges que le monde lui eût données, et que ne pouvant faire connaître le
( I ) Louis Ahclly, d abord curé de Paris et ensuite évêque deRhodez, conipagnoD des travaux apostoliques de Vinceiit-de-Paul , dont il a écrit la vie et avec lequel il eut des relations très particulières. Après s'étre démis de son évêché , il se retira à Saint-Lazare , et vint terminer sa carrière où son illustre aipi avait fini la sienne.