‹ Histoire de S. Vincent-de-PaulChapitre 20 sur 50 · IS · texte numérisé non relu

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mérite de cette noble dame sans publier en même temps le sien , il aima mieux les cacher l’un et l’autre sous le voile épais du silence.

Lorsque les restes mortels de la comtesse eurent été portés selon son désir au deuxième couvent des Carmélites de Paris , Vincent-de-Paul eut à remplir la triste mission d’apprendre au général, qui était alors en Provence, que Dieu venait de lui ôter la femme accomplie qu’il lui avait donnée. Or le général des galères était capable d’en mourir de saisissement et de douleur; car il aimait extrêmement sa pieuse épouse, et, retenu depuis deux mois à l’extrémité de la France par les devoirs de son emploi, il savait à peine qu’elle fut malade. Pour émousser les premiers coups qu’il allait lui porter, saint Vincent dissimida prudemment d’abord le motif de son arrivée. Après quelques discours, il mit Fentretien sur les grâces particulières que M. de Gondi avait reçues de Dieu pour lui et pour sa famille. Le comte protesta de sa reconnaissance. Cette reconnaissance, reprit le saint, doit se manifester par une soumission absolue aux décrets du ciel. Êtes-vous dans les sèntimens de Job, monseigneur, et vous sentez-vous la force de bénir Dieu au milieu des épreuves les plus fâcheuses? A quoi tend ce préambule? demanda le comte pâle et agité.

Vincent-de-Paul , en laissant couler ses larmes , lui dit alors , avec des ménagemens infinis , la perte cruelle qu’il venait de faire. L’explo-

sion de la douleur du général fut terrible.

Saint Vincent laissa le champ libre aux premiers mouvemens de la nature; puis il s’efforça de bander cette plaie saignante , après y avoir versé le vin de la force chétienne et Fhuile de la charité. On pouvait dire de lui qu’il avait reçu de l’esprit du Seigneur une grâce particulière pour relever les courages abattus et essuyer les larmes : le général l’éprouva en cette triste circonstance , et lorsque les premiers élans de sa douleur furent apaisés, il tâcha de supporter la perte de sa femme avec une résignation de chrétien ; mais il ne lui survécut guère.

Cependant madame de Gondi avait exigé de Vincent-de-Paul la promesse de ne point quitter le général, ni ses enfans, après la mort de leur père. Elle avait marqué dans son testament quelle suppliait son époux , non seulement de retenir M. Vincent dans sa famille, mais d’ordonner la même chose à ses enfans après lui. Néanmoins, comme Dieu avait destiné Vincent-de-Paul à rendre de très importans services à l’Église , il disposa l’esprit de ce vertueux seigneur à consentir à ce que notre saint quittât son hôtel pour aller s’établir au collège des Bons-Enfans.

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