CHAPITRE XXXIII
Mort de Lonit XIU.
La garde qui veille aux barrières du Louvre ne sauve pas les rois de la mort, avait dit un jour Malherbe en jetant son brillant regard de poète sur Tantique et fécÉiale demeure du fils de Henri IV. La mort y visait effectivement une proie royale ; et Louis XIII , qui n avait fait que languir depuis la mort de son premier ministre , allait lentement le rejoindre dans le cercueil. 11 voyait venir Theure de son trépas en homme qui s’est occupé de Dieu sur le trône , et n avait pas peur de mourir. Dès le commencement de sa maladie, il avait parlé de la certitude de sa mort prochaine comme d’une chose indifférente, et du voyage de l’éternité comme d’un voyage agréable, dont le terme était le repos. Apercevant de ses
fenêtres les tours royales de Saint-Denis où il devait bientôt aller dormir avec ses pères , il disait quelquefois en les désignant avec un sourire de résignation parfaite : Je ne sortirai d'ici que pour aller là ( i )! Enfin sa fermeté fut telle, qu elle arracha ce témoignage dadmiration au docteur protestant Grotius : « Je ne crois pas qu'on puisse trouver jamais, non seulement un roi, mais un chrétien qui se dispose à la mort avec plus de piété. »
Ce prince qui quittait la vie à quarante-trois ans avec tant de odme , de recueillement et de dignité , voulut avoir près de lui Thomme le plus saint de son royaume et manda Vincent-de-Paul à Saint-Germain-en-Laye. Le supérieur des Lazaristes étant monté à cheval, partit aussitôt pour se rendre auprès de cette majesté expirante et l'ahorda avec ces paroles du sage : Timenti Deum benè erit in extremis. Le roi sourit faiblement et dit en achevant le verset de l'Écriture t et in die defunctionis sucs benedicetur.
Vincent-de-Paul demeura environ huit jours à Saint-Germain où il eut plusieurs fois l'honneur d’approcher le roi et de l’entretenir des paroles de salut et de vie éternelle. Un jour Louis XllI, réfléchissant à certaines nominations qui n'avaient guère contribué à relever la splendeur de l'épiscopat, se prit à dire au saint ; « O M. Vincent, si
(i) Voy. Icf Mémoires de madame de MoUerîUe, t, I, p. 119.
je revénais en santé , les évêques dômeureràietit tî*ois ans en retraite chez vous! »
Vincent-de-Paul était retourné à Saint-Lazare^ mais la maladie du roi augmentant de plus eil plus , on fit venir une seconde fois saint Vincent pour l’assister à ce grand et dernier passage qui fait frissonner toute chair. Le pieux missionnaire revint trois jours avant le décès de Louis XllI et passa presque tout ce temps à aidm* ce prince à élever son esprit à Dieu et à faire in* térieurement des actes de religion propres à le bien disposer à ce dernier moment , duquel dé*» pendrétemilé. Entre plusieurs aspirations pieuses qu’il lui suggéra, Payant invité à louer Dieu par ees paroles de David : Èentditam Dominum m onïm tempore. Louis, tout faible et tout abattu qu’il étàit^ acheva d’une voix fort dévote : semper laus yus in ûre mco# Et puis levant les yeux au ciel, sa belle figure s’anima, et il ajouta avec une ferveur qui surpassait ses forces : Oui, mon Dieu , je le ferai pendant ce peu de temps qui me reste , et si j’a* vais mille vies je les emploierais toutesà vous louer. Quelques momens après , le fils de saint Louis et de Henri IV n’existait plus !
Ainsi mourut ce prince que le duc de Saint* Simon mettait au-dessus de Louis XIV , et dont Malherbe , qui vivait à sa cour, disait : c II a toutes les vertus des rois , sans avoir un de leurs dé> fauts. »
Cette mort arriva le i4hiai i6^3,ettoU8le8aiis,
D£ ^AINT VIP<CE3iT-0B-PAUt. 2B7
B pareil jour, pendant tout le règne du roi son fils, on célébra pompeusement à Saint-Denis son anniversaire. Le duc de Saint-Simon y assista toute ^ vie , et toute sa vie s'y trouva seul ; ce qui lui a arraché quelques paroles pleines d’amertume sur le caractère oublieux et léger des courtisans d’alors : ils se sont sans doute ainendés depuis.
Saint Vincent voyant la reine saisie d’une exr tréme douleur et hors d’état d’étre consolée, revint: à Saint-Lazare où il fit célébrer un service solennel pour le repps de Tàme du roi défunt. Voici comment il annonçait cette mor| illustre à un de ses missionnaires qui se trouvait alors à Rome :
€ Il plut à Dieu de disposer hier de notre « très bon roi; c’était le jour auquel il avait com- « mencé à régner il y a trente-trois ans. Sa Majesté « désira que j’assistasse à sa mort avec nossei- « gneurs de Lisieux et de Meaux , et le R. P. « Dinet son confesseur. Depuis que je suis sur la a terre, je n’ai vu mourir personne plus chrétien- « nement, et je n’ai jamais remarqué en aucun « autre plus d’élévation à Dieu, plus de tranquil- « li té, plus d’appréhension des moindres appaa rences du péché, plus de bonté et plus de ju- « gement dans un pareil état. Le R. P. Dinet lui « ayantditavant-hier que les médecins estimaient « qu’il était temps de faire les prières de la rea commandation de son âme à Dieu , il embrassa « tendrement et long- temps ce bon père , le re-
n merciant de la bonne nouvelle qu’il lui donnait; <f et incontinent après, levant les mains et les « yeux au ciel, il dit le Te Deum laudamus avec K tant de ferveur, que j’en suis tout attendri à « l’heure même que je vpus écris, parle seul sou- « venir que j’en ai , etc. »
Le lendemain de la mort du roi , Vincent-de- Paul fil faire un service solennel dans l’église de Saint-Lazare, et ordonna à tous les prêtres, tant de cette maison que des autres de sa congrégation, d’offrir le saint sacrifice de la messe, pour le repos de Tàme de sa Majesté très chrétienne.