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té i^parer la perte. Tout autre que Vmeent^t<- Paul eût été effrayé dé voir tbüt un peuple se ré^ füglër àiUsi dans son sein; lui; sané s’épouTantér do nombre de ces émighins; les fit loger dans soh vôisiiiàge; leür procura du pain; du travail; des vétemens , de sorte que ces malheüreux purént attendre avec quelque patience la fin des misères de leur patriei
Parmi ces réfugiés lorrains il se trouvait dés gentilshommes et des femhies üobles; qui se soutihrent quelque temps, sans rien demander, à laide des misérables débris de leur ancienne opulence: lorsque cette ressource fut épüisée , ils s’enveloppèrent fièrement dans leur pauvreté, comme le mendiant espagnol dans les haillons de son manteau , et résolurent de mourir plutôt que de tendre la main. Un seigneur français ayant eu connaissance de ce besoin pressant; en vint parler au supérieur de Saint-Lazare et lui communiqua la pensée qu’il avait d’y porter remède. « Oh! monsieur, s’écria Vincent-de-Paul, oubliant Tépuisement de ses finances dans son désir de soulager une infortune si bien supportée , oh ! monsieur , que vous me faites de plaisir! Oui , il est juste de soulager cette pauvre noblesse pour honorer Notre-Seigncur qui était, lui aussi, très noble et très pauvre. >
Ensuite, ayant recommandé cette affaire à Dieu, comme d’habitude , il prit trois résolutions : la première, de ne pas toucher aux aumônes qui
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devaient incessamment portées en Lorraine, où elles étaient indispensables à des milliers de malheureux ; la seconde , de ne point mettre cette PQuvelle charge sur le compte des dames de son assemblée, qui avaient déjà besoin de toute leur vertu pour continuer ce qu elles avaient si gêné** reusement commencé; la troisième, de former une ossQpiàtion de gentilshommes français , qui fendissent à des hommes de leur caste , les services qu'ils eussent voulu recevoir d^eux en pareille rencontre.
1} s'quyrit de ce dessein à quelques seigneurs dp sa connaissance , et il en trouva sept ou huit tout disposés k seconder son zèle. Le baron de Bepti , ptoit en odeur de sainteté , fut un des plus ardens k sq mettre ^ l’oeuvre et se chargea de découvrir ces nobles misères , qui se dérobaient à la pitié des hommes. Sur son rapport, lesmemr hres de la nouvelle association se cotisèrent, et fournirent ce qu’il fallait pour faire subsister, pendant nn mpiS) les réfugiés de la pauvre noblesse lorraine. Au bout de ee terme, ils se réunirent à ^intr-Laisare» pù \k tfneietii leurs séances, et pOUrvnrePt aui; nécessités dw mois suivant. Saint Vincent sut si bien ménager leurs esprits et entrer tenir leur ardeur pour çette bonne opuvre que , de mois en uiois , elle se continua tant que les gentilshununes réfugias demeurèrent en France , et plus long-temps encore.
Cette muvrç de charité envers la noblesse lor-
raine réfugiée^ subsista environ huit ans. On Fao compagna de tous les égards que des hommes bien nés ont le droit d’attendre les uns des autres, lors meme que la détresse abaisse les rangs et fait cacher les vieux blasons. Pénétrés de respect pour leurs malheureux protégés, les seigneurs de l’association ne se contentèrent pas de fournir régulièrement chaque mois, à ces pauvres gentilshommes, de quoi subsister, ils leur firent de temps en temps des visites d’amitié , leur portèrent des paroles d’espérance, d’encouragement, de consolation ; s’employèrent de bonne grâce dans leurs affaires, et leur rendirent enfin tous les services qui dépendaient d’eux. De son côté , Vincent-de- Paul n’échauffait pas moins le cœur de ces messieurs par ses exemples que par ses discours; car il n’était pas de ces hommes qui n’ont que la théorie de la charité , et qui laissent [pratiquer aux autres les vertus qu’ils prêchent. Un des membres les plus distingués de cette association en a rendu un témoignage conçu en ces termes:
« M. Vincent était toujours le premier à donner, « il ouvrait son cœur et sa bourse, de sorte que « quand il manquait quelque chose , il contribuait « tout du sien, et se privait des choses qui lui <c étaient nécessaires, afin d’achever l’œuvre corn* « mencée. Une fois même que pour parfaire une M somme considérable, il était besoin de trois « cents livres, il les donna aussitôt; et l’on sut a que c’était des deniers qu’une personne chari-
« table lui avait donnés, pour avoir un autre « cheval meilleur que le sien, qui était diverses « fois tombé sous lui de faiblesse, étant *extréme- « ment vieux. Mais il aima mieux se mettre en « péril d'étre blessé , que de laisser des person- « nés qu'il croyait dans le besoin, sans les as* « sister. »
Il arriva une autre fois, qu'après qqe toute rassemblée se fut cotisée , il s'en fallut d'environ deux cents livres que la somme nécessaire à la subsistance des gentilshommes réfugiés fût complète; saint Vincent fit appeler le prêtre qui était procureur de la maison de Saint-Lazare , et l'ayant tiré à l'écart , il lui demanda tout bas avec anxiété , combien d’argent il avait entre les mains. Tout juste ce qu’il faut pour faire vivre demain notre nombreuse communauté , répondit le procureur, et pas une obole au-delà. Mais enfin, dit le supérieur en insistant, combien y a-t-il?... — Cinquante écus, répondit l’autre. — Cinquante écus ! répéta Vincent-de-Paul avec tristesse... Est-ce qu’il n’y a réellement dans notre maison que cinquante écus? — n n’y a pas autre chose , je vous l’assure , répondit le prêtre. — Eh bien, ajouta très bas le supérieur-général , allez les chercher. Le pauvre procureur leva siu* saint Vincent un regard étonné, joignit les mains et obéit en silence. La petite somme fut ajoutée à la contribution volontaire des seigneurs ; mais l'un d'eux, qui avait entendu quelque chose de V aparté ^ et deviné le reste,
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HISiïQIKE
ayant enminuniqué aux autres ce trait cbapitabla, ils en furent si touchés , qu’ils envoyèrent le lendema’in matin, sous le voile de l’anonyme, une aumône de mille francs à la maison de Saintliazaro. Enfin les troubles de la Eorraine s’apaisèrent, et la plupart des réfugiés nobles s’en re^ tournèrent dans leur patrie. Vincent-de-Paul ne les laissa pas partir les mains vides ; non seulement il les défraya pendant leur voyage , mais U leur fournit encore de quoi subsister pendant quelque temps , après leur retour au pays natal* A l’égard de ceux que la perte totale de leurs biens, op leurs affaires domestiques retenaient è Paris , il continua toujours de les assister.
des secours à la pauvre noblesse lorraine duraient encore , lorsque d’autres gentilsbommes étrangers, qui ne le cédaient aur Lorrains ni en naissance, ni en infortune, vinrent demander è la France , dont l’hospitalité généreuse n’a jamais été funeste à personne , un abri contre les tempêtes politiques qui menaçaient leurs vies, leur croyauce et leur liberté : c’étaient des lords an?glais , demourés fidèles è la religion de leurs pères, des lairds d’Écosse et des chieftains de la verte {rlande, qui préféraient l’exil à l’apostasie , et dont quelques nus fuyaient de devant la fapo de Cromr well qui vendait, après ses victoires, les prisonniers delà haute aristocratie anglaise aux planteurs d’4mérique comme des nègres, donnant à meilleur marché les catholiques que les autres. Ou résolqt ,
DE SAINT VINC|iÊIT-ÜE-PALL. m
dans réunion des seigneurs assemblés sous If pt*ésidence de Vipcent-de-Paul, de faire pour noblesse anglaise ce qu pn avait fait pour la nqblesse lorrain^. ILe pieux b^on de Renti se c\^r gpa dfî }a distribution des aninopes. Il les permit ^Dus lesînoisàpie4, seql pour rprdin^i|*e , quartiers les plqs éloignés. La fnprt qui ppleiiiÿ çe digne seigneur à la fleur de son âge , l’association de ses largesses et de ses soins an moment où ils lui étaient le plus nécessaires; cfir il mounit la même année que Charles et, à cette époque , la terfjble persécptiop qpi éçlato en Irlande contre |as prêtres catholiques, 4onj: les têtes étaient à prix pomn^e cel|es 4^^
loups, pnpt feflueren Franpp un gran4 qnj se virpnt sans ressource pt sans paip i 4fifts nn pays 4pnt ils ignoraient cpniplétempnt la langue. ^int Vinppnt se cl^argea 4 p ppqrvpir pnppif^f an^t besoins dp ces nopvpaux réfugiés , qni q’^r taipnt pas moips h plaipdrp qWP les aptrpss ft dont quelques ups a^aiept lopg-rtemps erré 4p paverne ep caverne pt de piarais ep marais , avapt d’abandonner leurs ouailles opprimées, tan4is que les sicajres de Crppiwell, alléchés par l’pr qpe chaque capture leur valait, les traquaient comme 4ps bétps fauvps. Ces prêtres exilés yipr rent s’abriter sous Taile protectrice dp cp|pt qni était le père des pauvres et le recours des pial^ heureux; et ce secours qu’ils iipplpraient pe leur ht pas faute, l^e supérieur de Saipt-I^arar®
toutes les personnes de sa connaissance à les assister, et lui-méme leur fit une large part des aumônes de sa maison. Enfin il en envoya bon nombre , bien recommandés , dans diverses provinces de France, où il les adressait à des personnes charitables , qui les faisaient entrer dans les séminaires, et il leur donnait, en partant, une somme suffisante pour les défrayer pendant leur voyage.
Comme ceux qüi avaient voulu demeurer à Paris, passaient leur temps à ne rien faire , saint Vincent redoutant pour eux les suites, toujours à craindre, de l’oisiveté, pria un prêtre de sa congrégation, qui était leur compatriote, de les porter à se réunir certains jours de la semaine, afin qu’ils pussent traiter ensemble des choses qu’ils devaient savoir et pratiquer, pour vivre ecclésiastiquement. « Nous pourrons , dit-il, trouver un moyen plus efficace encore de les assister quand ils s’assembleront de la sorte, parce qu’on les verra en disposition de se rendre utiles et de se montrer exemjplaires. — Monsieur , répondit le Lazariste irlandais en secouant la tête, j’ai grand’peur d’échouer; vous savez que , par votre ordre, ces assemblées ont été commencées et même continuées pendant quelque temps , mais que ces esprits difficiles et divisés entre eux , ainsi que le sont les provinces de leur pays , sont entrés en défiance et en jalousie les uns des autres ; qu’ils se sont même méfiés de vous , monsieur} qui leur
avez fait tant de bien; qu’ils s’en sont plaints , et qu’ils ont été assez inconsidérés pour vous dire à vous-méme et vous faire écrire de Rome, de ne vous plus mêler , en aucune façon , de leurs personnes , ni de leurs affaires. Or il semble, monsieur, que leur ingratitude mérite que vous ne leur fassiez plus aucun bien. O monsieur , que dites-vous, répondit saint ViDcent-de-Paul , c’est justement pour cela qu’il le faut faire ! » Il passa des paroles aux effets, et continua, tant que dura sa vie, à les assister de tout son pouvoir.
Cependant saint Vincent voyait de trop près les maux affreux que la guerre traîne à sa suite , pour n’en être pas affligé jusqu’au fond du cœur ; les sacrilèges dont les hérétiques se rendaient coupables en pillant les lieux les plus saints , la désolation des provinces , et cette multitude de peuple, réduite à la plus complète indigence, qui pleurait devant Dieu contre ses ennemis et même contre ses alliés, qui souvent ne valaient pas mieux, lui inspirèrent le désir d’aller demander un peu de relâche à celui qui faisait réellement, dans le rojaïune de saint Louis, la paix et la guerre. Plein de cette idée , il se renditun jour résolument à ce Palais-Cardinal que gardait un piquet de soldats d’élite que Louis XIII avait donnés , et non sans cause, à Richelieu pour gardes du corps (i) , fut admis parle gentilhomme
(i) Richelieu , qui déracina de set mains Yigoureuses Tarbre de la fë<^alité, et qui réduisit les seigneurs à être les sujets et non les égaux
qui avait (a charge de renvoyer les importuns (i) et pénétra dans le cabinet où le cardinal , pâle et malade , travaillait , aux dépens de sa vie , à mettre la France à la tête du monde chrétien. Il estimait fort saint Vincent-de-Paul et lui fit uq signe de tête bienveillant lorsqu’il le vit entrer. 11$ étaient seuls; le saint, malgré l’invitation du ministre, resta debout, et après lui avoir chaleureusement, mais respectueusement, exposé le$ SQuffraqees du pauvre peqple, et tous les désor^ dres causés par la guerre , il se jeta à ses pieds et lui dû avec cet accent pénétrant et jusfe qui part du c<eur , et qui se fait toujours écouter : Monseigneur, ayez pitié de nous , donnez la paix à la France 1 Bichelieu avait Tàme noble et haute,
monarqiie , qianqua plutienrs fois d’étre assassiné et du,t prendrf de^ précautions extraordinaires pour s'en garantir. *. Ce rçy c|ui If « voit mal voulu de tous ceux qqi aiment le désordre, dit Malherbe , « a désiré qu’il ait des soldats pour le garder. C'est chose que tout % antca ^ût demandée ayec passion, et npaptipotn* vous ne fçauriex « croire la peine qu’il a eue à y condescendre. Une spnle raison l’y ^ • obligé; il avait tout plein de parens qui, pour le soin qu’ils avaient « de ui conservation, ne le voulaient jamais abandonner. Cette assi* «. dui^é ne pptivaU continuer saps qqa \eprs alfairps d»pies^que« ep « fussent incommodées; il |evr a pap ce moyen os^ Iç ^rélçxte, ^t « leur a fait trouver bon qu’ils se retirassent en leurs maisons. Quoy 9 que c'en soit, s'il n’a été assez hardi pour contredire en cela tout 4 « fait à la volpq|ë du roy, il a esté ^ssez généreup poqr n’y consept^r ■ qu’à la condition d’entretenir ces soldats à ses dépens. » ^Lettre i8*.)
(i) « Sa Majesté, au soin qu’elle a eu de le(Richeliea) délivrer des n mécbans , dit encore Malherbe, a délivrer des im-
« portuns, et pour cet effet a mis auprès de luy un gentilhomme « avec charge expresse de indifféremment faire fermer la porte ^ ceux « qui pour lenrs affaires le viendront persécuter. » (Meme lettre.)
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il fut touché et le laissa voir, a Cette paix , §’écriat 41 ,ia F^ahèeraükiajj’y travaille; thâis elle tteclépend pas de moi seul , il y a des factieux au dedans et des ennemis au dehors , qui ne la veulent pas. » Et puis, Armand de Richelieu, regardant le supérieur de Saint-Lazare avec un fin sourire, ajouta: « Ce repos que vous demandez si instamment pour les autres , quand vous l’accorderez-vous à vous-méme, monsieur Vincent?» Le saint secoua doucement la tête : « Monseigneur, dit-il, le temps de se reposer ne vient jamais pour nous autres missionnaires, parOe que le temps de la moisson dure toujours. •
A quelque temps de là , le 4 décembre 1642, le chœur de la chapelle de Saint-Lazare était drapé de nOir et Vincent-de-Paul , sincèrement affligé, ju'iait avec les siens pour Pâme d'Armand du Plessis^ cardinal et duc de Richelieu. Le grand ministre était allé au lieu d® repos étemel. Quatrevingts ans après, le czar Pierre de Russie, pensivement arrêté en face de sa tombe, s’écriait : « Ah ! RicheUeu, que n es-tu encore au nombre defe vivans ! je te donnerais la moitié de mon vaéte empire pour m’apprendre à gouverner l’autre, i