‹ Histoire de S. Vincent-de-PaulChapitre 4 sur 50 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Pronioiioos de Viuceat«de-PatU aux ordres ecdcsias tique».

Jean-de-PauI , qui entendait dire à tous ses voisins que ce serait un meurtre de négliger les heureuses dispositions de son troisième fils , et qui avait d ailleurs ses vues, dont nous avons déjà dit quelque chose , se détermina à faire tous les sacrifices nécèssaires pour le tirer de la foule ignorante des villageois, et pour le mettre en mesure de faire un jour son chemin dans le monde. Lorsque le jeune pâtre eut atteint sa douzième année et qu'il eut pris, en faisant sa première communion, la rohe virile de l’adolescence , son père , au lieu de lui mettre dans les mains la bêche et le lioyau,le fit monter, un matin, en croupe sur son cheval de ferme , avec

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un bagage d'étudiant, et le conduisit chez les Cordeliers d’Acqs.

D’ordinaire, les jeunes gens de la campagne, dont les pères s'imposent ces sortes de sacrifices, étudient consciencieusement, parce qu’ils sentent qu’ils n’ont , pour leurs études , qu’un temps fort court, et qu’ils savent par quelles privations la petite somme qu’ils coûtent à leur famille est amassée. Vincent-de-Paul , qui ne perdait pas ces deux choses de vue , fit de tels progrès dans la langue latine et montra d’aih leurs tant de belles qualités , qu’un avocat de bonne naissance de la ville d’Acqs , touché des éloges que faisait, de ce jeune élève , le pèregardien, le prit dans sa maison , quoiqu'il eût à peine seize ans , pour en faire le précepteur de ses fils. Le but de cet homme généreux était de mettre Vincent en mesure de continuer ses études, sans être trop à charge à son père. Le saint jeune homme passa neuf ans dans cette position qui est quelquefois pire que la sei'vitude de la glèbe, et qui exige tant de tact, de patience et de labeur. Heureusement il trouva dans M. de Commet un homme de piété et de mérite , qui s’attacha tendrement à lui et qui lui conseilla fortement de consacrer à Dieu des talens que chaque jour voyait grandir, et une vie innocente et pure comme celle des anges. Vincent-de-Paul, qui respectait M. de Commet comme un protecteur et qui l’aimait d’une tendresse toute filiale , se

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conforma à ses avis et reçut la tonsure et les ordres mineurs le 19 septembre iSgô.

Ce n était que le premier pas^ et il restait encore bien du chemin à faire avant d’arriver au but désiré. Jean-de-Paul, heureux et fier du mérite de son enfant, ne recula point devant la dépense qu’allaient lui occasionner ses études théologiques ; mais comment faire pour y subvenir avec quelques arpens de terre, perdus dans un coin des landes arides de Bordeaux? La chose était embarrassante; mais Jean-de-Paul était un homme de résolution : il détela les bœufs de sa charrue , les vendit, et envoya Vincent-de-Paul à Tuniversité de Toulouse où il étudia sept ans la théologie.

On peut se figurer la vie de privations et de travail que s’imposa le pauvre édudiant pour ménager les faibles ressources de son indigente famille, et combien de fois il n’eut, pour nJparer ses forces, qu'un verre d'eau et un peu de pain noir! Il trouva moyen cependant de franchir les Pyrénées et d’aller continuer ses longues études à l’université, alors très justement célèbre, de Saragosse. Comment traversa-t-il l’Espagne? nul ne le sait. Il fit ce long voyage à pied peut-être , en s’appuyant, comme Jacob, sur un bâton de pèlerin et en obtenant , de l’hospitalité des dévots Espagnols, une poignée de paille, au fond de quelque grange , pour s’y . refaire , pendant la nuit , de la marche fatigante du jour.

Enfin il reçut le 27 février et le 29 décembre 1 $98

le sous-diaconat et le diaconat, et le 23 septembre de Tan 1600, l’ordre de prêtrise. Ses amis les plus intimes n’ont jamais pu savoir ni le lieu ni le temps précis où il célébra sa première messe ; seulement on lui a entendu dire qu’il était en ce moment-lù tellement troublé de respect et saisi de crainte , qu’il en tremblait de tous ses membres, et que, n’ayant pas le courage de célébrer publiquement le saint sacrifice, il choisit une chapelle écartée où il n’eut l’assistance que d’un prêtre et d’un servant.

Cette espèce de ten*eur religieuse dura toute sa vie, ainsi que la haute estime qu’il professait pour le caractère sacerdotal, qui impose des fonctions si saintes. Il disait quelquefois que s’il n’avait pas été fait prêtre dans sa jeunesse, il n’eùt jamais pu se résoudre à l’être jamais, tant il s’estimait indigne de cet honneur.

Le siège d’Acqs était alors Vacant, et messieurs les grands-vicaires n’eurent pas plus tôt appris que Vincent-de-Paul était prêtre , qu’ils lui destinèrent la cure de Tilli. Mais cette cure lui ayant été contestée par un compétiteur qui l’avait impétrée à Rome, il n’eut garde de vouloir entrer en procès pour pareille cause, et s’en retourna à Toulouse afin d’y poursuivre ses études.

Le mérite pauvre est semblable à la plante qui s’étiole et languit sous une lourde pierre : il lui faut tant d’efforts, tant d’énergie, tant de patience

pour dégager sa tige frêle et pâle du bloc qui lui pèse sur le cœur , et pour obtenir un peu de cet air qui fait vivre et de ce soleil qui colore , que souvent il meurt à la peine. Nul ne déploya plus de force d’âme et de persévérance dans cette lutte, où l’on a vu succomber tant de jeunes et ardens courages, que Vincent-de-Paul. Il avait déjà employé une foule de moyens honorables pour se soutenir sans être trop à charge à sa famille , èt il lui coûtait le moins qu’il pouvait ; mais son père , qui était un homme de cœur, ne T eût jamais laissé dans un dénùment absolu , et contribuait pour sa part aux dépenses de ses études. Cette ressource lui manqua au moment où elle lui était le plus nécessaire. Jean-de-Paul mourut, et quoique cet homme prévoyant eût formellement déclaré dans un testament, qu’il fit tout exprès , qu’il entendait qu’on prît sur la masse de sa succession de quoi fournir à l’entretien et aux études théologiques de son fik, le jeune prêtre ne voulut pas se prévaloir d’une disposition que sa famille n’eût remplie peut-être qu’avec répugnance , et il préféra prendre , à quatre lieues de Toulouse, la direction de ce qu’on appelait alorsf une régence^ c’est-à-dire d’une petite pension où il instruisait les enfans de quelques gentilshommes du voisinage. La confiance qu’il sut inspirer aux parens de ses élèves lui fit obtenir, quelque temps après, leur agrément, pour transférer son petit établissement à

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Toulouse, et par ce moyen il put continuer ses études théologiques. Il y employa encore sept ans, et fut reçu enfin, après seize ans d’études, bachelier en théologie.

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