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CHAPITRE XX

Accroissemens progressifs de la Congrëgalion de la Mission. — Approbation de TarcbeTéque de Paris. — Lettres patentes du roi.

Dieu ayant regardé d'un œil favorable la congrégation naissante, mit ses soins providentiels à la faire croître et multiplier. Dans ce dessein , il inspira à plusieurs vertueux et zélés ecclésiastiques, le désir de se joindre aux premiers travailleurs, pour. s'employer avec eux à la sainte moisson des âmes. D'abord vinrent deux prêtres du diocèse d'Amiens, MM. François Ducoudray et Jean de la Salle , que suivirent , à peu d'intervalle , MM. Jean Bécu , également d'Amiens , Antoine Lucas de Paris, Jean Brunet de Riom et Jean de Horgny du village d'Estrée , au diocèse de Noyon. Ces prêtres , assemblés sous la direction de Vincent-de-Paul , promirent à Dieu de consacrer toute leur vie , sans distraction et sans relà-

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che, à ëvangéliser les pauvres habitâns des campagnes , et cette promesse , ils la timrent.

Monsiem* l'archevêque de Paris, dont la nouvelle congrégation était en partie Touvrage , et qui la voyait grandir avec une joie toute paternelle, crut alors le moment venu de lui donner son approbation , et c'est ce qu'il fit le 24 avril

La guerre qui éclata Tannée d'après entre la France et l'Angleterre , guerre qui n'avait alors l'honneur d'effrayer personne (i), n'empêcha pas le roi Louis XIII de s'occuper des affaires de la Petite - Congrégation , comme l'appela toujours saint Vincent-de-PauI, lors même qu'elle eut atteint des propcHtions gigantesques; il confirma par ses lettres patentes de Tannée 1627, le contrat de fondation de la compagnie des prêtres de la Mission , auxquels il permit de vivre en com-

(i) On ne sera peut-être pas fâché de savoir ce qu'on pensait alors à la cour de France de cette colossale puissance anglaise qui fait trembler aujourd'hui le monde d'un pôle à l'autre. « L'Anglais , écrivait Malherbe eu i(33B, précisément à propos de cette guern; dont le théâ* tre était la ville forte de La Rochelle; l'Anglais s'attaquant au roi (Louis XIll), est un petit gentilhomme de 5oo livres de rente qui s'attaque à un qui en a trente mille. Je ne sais, monsieur mon cousin, si je vous ay dit qu'il n'y a que deux roys en Europe capables de mener du canon en campagne; si je ne le vous ay dit autrefois, je le vous dis à cette heure; car cela est vray. On ne compte que deni puissances en la chrétienté, la France et l'Espagne; pour les autres , ce sont

leurs suivantes et rien de plus Il me semble qu'un peu de boa

raisonnement doit vous faire rire quand on vous menace des Anglais. Quant à moi je les crains comme je crains cens du Grand-Caire. »

{Lettre xxxyi«.) 15*

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mût! ; de g'établir en tels lieux du royaume que bon leur semblerait et d'accepter tous legs, auliiohes et dons qui leur seraient faits.

Les pierres Tivantes qui devaient fbtmer les fôndemeûs du tiouvel édifice religieux étaieiit assemblées, mais il en fédlait beaticoùp d'autres pour le construire, et un homme moins édairé des lumières de la grâce, que ne l'était saint Yincéntde-Paul , eât fait son possible pour les amasser sans y regarder de trop près. Le supérieur de Saint-Lazare fit le contraire , et loin d'ouinrir à tout venant la porte de sa sainte demeure , il en barricada l'entrée afin de n y admettre que des hôtes envoyés de Dieu. Cest pour cette raison qu'il défendit expressément aux siens de persuader à qui que ce fût d'entrer dans la Congrégation; aU (contraire, il voulait quoii représentât à ceux ' qui en avaient envie , que s'ils embrassaient cet état, ils devaient s'attendre ^ bien souffrir et â bien travailler pour Dieu. Si, après cela, ils persistaient dans leur résolution, on les soumettait à une espèce de probation, à laquelle Vincent-de-Paul avait donné la forme et le nom de séminaire^ et là on les formait pendant deux ans aux vertus et aux fonction? d'une vie vraiment ecclésiastique. Le saint supérieur a laissé écrit de sa main un sommaire des dispositions qu'il exigeait de ceux qui se présentaient pour entrer dans sa compagnie , il est ainsi conçu :

€ Quiconque veut être admis dans cette Con-

t grégation , doit se résoudre à viyre comtnë un € pèlerin sur la terre; à se faire pauvre pour

* Jéstls-Christ ; à changer de mœurs , à mortifier é toutes ses passions , à chercher Dieu puremeni; c à s'assujettir à chacun , et à se considérer 4 comme le moindre de tous. Il doit se persiia-i é der qu'il est Venu |)oùr servir et lioh jpout* gotii < verner; pour souffrir et travailler, et noii pouf € vivre dans les délices et dans Toisiveté. Il doit à savoir que Ton y est éprouvé comme For daîii k la fournaise , et qu'on ne peut y persévérer, èl k Ton ne veut s'humilier pour Dieu; mais il peut c aussi s'assurer qu'en le faisant j il aura un véric table contentement en ce mondé , et la vie

* étemelle en l'autre. >

On ne sait pas au juste le nombre des missions ^e Vihcent-de-Paul àUâ fai^e en personne pendant les sept ou huit premières années de là Ccîrigrégation; mais il est constant qu'il en fit dàâ^ toutes les terres dépendantes de la maison de Goiidi, qui avait en propre plusieurs villes et près de quarante villages et bourgades. Oiitré eelles-là, il en fit encore en beaucoup d'autre^ lieux.

Depuis la naissance de la Congrégation, qui eut lieu Fan 1625 jusqu'à Fan i652 qu'elle s'établit à Saint-Lazare , il effectua , par lui ou par les siens, au moins cent quarante missions. Ils s'y értiployâient tous de si bon courage, et la cÉtû* pagiie était si bien leur fait , que lorsqu'ils réia-

traient à Paris, il leur semblait iju'ils allaient être écrasés sous ses lourdes portes.

Quand venait l'approche de la moisson, chaque ^lissionnaire , prenant son bâton de voyage, se dirigeait à pied vers le centre commun , c'est-àdire vers la capitale du royaume , et Vincent-de- Paul se trouvait au milieu de tous ses enfans* Ces vacances spirituelles étaient consacrées à se retremper Tâme aux sources de la dévotion, à préparer les enseignemens de la future campagne religieuse, à écouter une doctrine pure, haute et sainte, qui respirait le mépris des richesses et même de la vie,. ou à méditer seul, dans le silence de l'oraison , afin de travailler à sa perfection intérieure. Vincent-de-Paul disait souvent que la vie d'un missionnaire devait être celle d'un chartreux à la maison, et d'un apôtre à la campagne. C'est dans ces sentimens qu'il écri* vait alors à un de ses prêtres :

c Nous menons une vie presque aussi solitaire t à Pai'is, que celle des Chartreux; parce que ne c préchant, ne catéchisant, et ne confessant point c à la ville, presque personne n'a affaire à nous» c et nous n'avons aussi affaire à personne; et < cette solitude nous fait aspirer au travail de la € campagne, et le travail à la solitude. »

Enfin , Vincent-de-Paul qui voulait que le bien qu'opéraient ses missionnaires s'enracinât profondément, leur recommandait de ne point faire leur travail en gens qui ont hâte d'en finir. 11

voulait qu^ils s'arrêtassent dans un même lieu jusqu'à ce que tout le peuple fût bien instruit et mis en état de se sauver : cinq ou six semaines , par exemple , dans les petites yilles , trois semaines ou un mois dans les bourgades , et quinze jours dans les villages les moins populeux.

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