CHAPITRE XL
Organisation des Missions* — Mission» de France.
Lorsqu'il était décidé qu^il y aurait mission dans une paroisse, le curé en faisait lui-même Fouverture, en publiant au prône le mandement ëpiscopal qui l'autorisait, et en appelant les fidèles à la pénitence. Quelques jours après , on voyait arriver, sous la conduite d'un chef de mission ^ une petite troupe de Lazaristes qui se mettaient aussitôt à l'ouvrage. Les exercices de la mission consistaient principalement à prêcher, faire le catéchisme , entendre les confessions , visiter les malades , réconcilier les ennemis , pacifier les différends , faire cesser autant que possible les scan-dales, sans oublier toutes les œuvres de miséri*corde et de charité qui se présentaient d'ellesmêmes.
Comme il était essentiel de ne point dëtoumer de leurs travaux les habitans de la campagne, qui les commencent de fort bonne heure, la première prédication avait lieu au lever du jour. A une heure de l'après-midi , heure où Ton fstit la sieste en été à l'ombre des arbres, les mission* naires faisaient un petit catéchisme aux enfans du hameau, et le soir, au coucher du soleil, un grand catéchisme à Fusage de tout le monde. •
Les sermons devaient rouler sur des sujets solides et appropriés au champêtre auditoire qui les écoutait. On y traitait de l'importance du salut , de l'énormité du péché , de Fendurcissement du cœur, des fins dernières, de la médisance, de l'envie, du pardon des injures, de la probité, de la restitution , de Tintempérance , du bon usage des afflictions et de la pauvreté , de la dévotion envers Dieu et envers la sainte Vierge, de la fréquentation des sacremens ; en un mot , on prêchait contre tous les désordres qui se glissent le plus communément parmi les populations villageoises , et l'on disait tout ce que doit faire un pauvre paysan pour être plus heureux après sa mort qu'il ne Fa été dans le cours de sa rude et laborieuse vie.
Le grand catéchisme avait pour objet Fexplication des principaux articles de la foi. On y traitait des mystères, des sacremens, du symbole, de Foraison dominicale et des commandeméns de Dieu et de FÉglise. L'exposition de ces différentes
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matières se réglait sur la durée de* la mission et sur rintelligence des auditeurs. Chacun de ceux qui avaient travaillé à leur salut, se mettant en état de leur dire en les quittant ce que disait saint Paul aux fidèles de Milet : Je vous prends à témoin que je suis innocent de votre perte, et que j'ai fait tout ce qui dépendait de moi pour l'empêcher.
Dans le petit catéchisme on parlait aux enfans d'une manière proportionnée à leur jeune capacité. On tirait des principes de la foi des conséquences propres à former ou à rectifier leurs mœurs ; on les animait par des récompenses , et cet important exercice était terminé par des chants pieux.
On voyait quelquefois au milieu de cette assemblée enfantine , assis sur un banc de pierre au bas de l'église , un missionnaire simplement vêtu et n'ayant d'autre signe de puissance que ses cheveux blancs. Cet humble ouvrier du Seigneur, qui instruisait les enfans du village avec un plaisir et un soin tout particulier, c'était Thomme dont la voix était écoutée dans les conseils des princes; celui que les évéques appelaient leur maître, et que les cardinaux eux-mêmes consultaient quand la religion était en péril , Vincent-de-Paul.
Dès que le peuple paraissait instruit et touché, on se mettait au confessionnal où Ton passait quelquefois jusqu'à neuf heures par jour. Et lorsque la mission touchait à sa fin , des processions so-