IV
Lorsque les conférences de Gactc s'ouvrirent (30 mars 1849)' entre les plénipotentiaires de la France, de TAutriche, de Naples et de TEspagne, la réaction conservatrice n'avait pas encore triomphé sur toute la ligne, et l'Europe était agitée parla démocratie.
La France, à laquelle une émeute triomphante avait imposé la forme républicaine, était tourmentée par le socialisme» mot vague, mais qui résume toutes les utopies anti-religieuses et anti-sociales. Le combat n'était pas terminé entre le principe de Tanarchie et de la licence et le principe de l'autorité et de la liberté. Les préoccupations de la défense intérieure de la civilisation n'arrêtèrent pas les puissances catholiques, qui comprenaient que le premier pas dans la voie de salutaire réaction contre l'esprit révolutionnaire et contre ses actes était la restauration de la papauté, source de toute autorité.
La situation de la France était la plus difficile, et le ministère ne semblait pas décidé à appuyer une intervention armée. M. ie duc d'Harcourt, peiné de ces dispositions, comprenant que des lenteurs compromeLlraieut davantage la position, tomba d'accord avec les autres plénipotentiaires de Gaëte sur ces questions : nécessité de rétablir au plus tôt le souverain Pontife dans ses États; impossibilité d'y arriver par les moyens pacifiques; urgence d'une intervention armée.
Les diplomates se séparèrent après avoir proclamé ces vérités. Restait à décider le prince Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française, à adopter cette grande politique, conforme aux traditions catholiques et monarchiques
de la France, conforme h l'intérêt du repos de l^Europe. Ce ftit le Père Vaures qui s'en chargea. Il vint à Paris, ftit reçu par le prince, au palais de TÉlysée, et parla à sa raison et à son cœur le langage de la vérité. Il lui rappela que le pape Grégoire XVI Tavait absous des erreurs politiques de ^a jeunesse et lui avait dit ces paroles, appelées à devenir prophétiques :
-^ c Ha bénédiction portera bonheur au jeune prince et lui permettra de rendre un immense service à l'Église ! »
Le prince Louis Bonaparte n'hésita pas, à ce pieux et touchant souvenir, à mettre l'épée de la France au service de fa papauté:
Cette résolution ne pouvait trouver qu'une adhésion sympa* thique en France, dont le peuple, malgré ses erreurs, n'avait jamais cessé d'être profondément religieux. Cet attachement à la foi était si vif, que les républicains eux-mêmes avaient été contraints, pour se maintenir quelque temps au pouvoir par eux usurpé, de compter avec lui. C'est ainsi qu'ils avaient appelé les bénédictions du clergé sur leurs arbres dits de liberté ; c'est ainsi encore que le général Cavaignac lui-même, suivant les nobles traditions de la monarchie, avait massé au pied des Alpes une armée prête à s'élancer en Italie.
Le général Oudinot de Reggio fut placé à la tête de cette armée, composée de (rois divisions d'infanterie de ligne, comprenant trente-quatre bataillons, d'une division composée dé trente-six escadrons et de neuf batteries d'artillerie. Deux autres divisions vinrent augmenter la force et le nombre de ces troupes, que la propagande socialiste, avec la théorie de la libre discussion pour les soldats» n'avait pu détourner des devoirs de la discipline, cette force suprême des armées.
La division expéditionnaire, réunie à Marseille et à Toulon, en avril 1849, était ainsi composée :
Le général de division Oudinot de Reggio^ commandant en chef;
Aide-de-camp : Espiveût, chef d'escadron d'é|at-indjor;
Officiers d'ordonnance : Fabar, capitaine d'artillerie^ et Charles Oudinot, capitaine d'infanterie;
Le général de division Regnault de Saint-Jean-d'Ângély, commandant les troupes ^ ayant pour aide^-camp le capitaine d'état-major Durand ée Vilîers; le lieutenant-colonel de Vaudrimey, chef d'état-major général ; le chef d'escadron de Montesquiou-Fezensac, sous-chef d'état-major général.
Étaient attachés à Tétat-major général , les capitaines Poulie, Castelnau et Osmont.
MM. Dutheil, sous-intendant militaire de l^^ classe, et Cbarcot» adjoint de l'« classe, faisaient partie de l'expédition.
Venaient ensuite :
ÉTAT-MAJOR DE l'aRTILLERIE.
Le lieutenant-colonel Larchey, commandant l'artillerie; Le chef d'escadron Bourdeau, chef d'état-major ; Le capitaine Luxer.